Journal #4

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21 décembre 2020

La dernière entrée de mon journal d’auteur remonte au 27 décembre de l’année passée ! Entretemps, pour écrire mon quotidien, je me suis rabattu sur mon journal intime & sur des formes poétiques, inédites à cette heure. La raison de mon désintérêt est évidente : cet exercice était né d’une envie de m’affranchir des réseaux sociaux & de rapatrier sur mon blog une partie de ma communication. 2019 fut une année propice à cela, car j’ai peu écrit & publié discrètement, sans trop y croire. Or, 2020 fut marqué par un retour de mes ambitions littéraires, & toutes mes résolutions se sont dissipées sitôt que j’ai eu un produit à vendre : je me suis retrouvé à en faire la réclame sur tous les réseaux.

Cette année, j’ai d’abord écrit deux livres-jeux, les numéros 4 & 5 de ma série « Mauvais Sorts ». La Nuit du seum a paru en juillet, Pour l’honneur de Patte-de-Bouc sortira sans doute en février. J’ai entrepris leurs rédactions respectivement aux confinements de mars et d’octobre, &—même si mon stress a parasité le processus—force est de constater que ces circonstances m’ont amené à écrire avec plus de régularité que je ne l’avais jamais fait auparavant (le schéma ci-dessous en témoigne). Je reste loin de certains modèles en écriture (Ray, Simenon et cie.) mais cela me redonne confiance en mes capacités. D’autre part, j’ai également beaucoup travaillé à mon prochain recueil de poésie : je voulais réunir au moins 40 pièces avant d’envisager la moindre soumission à des éditeurs, j’en ai présentement 39 à disposition & suis globalement satisfait de leur qualité.

Premiers jets de mes livres-jeux (mots cumulés par jour). N.B. : de fortes augmentations peuvent être expliquées par l’utilisation de copier/coller, courante dans les livres-jeux.

Néanmoins, même si des parutions sont à venir, je souhaite en finir avec mes démarches de promotion sur les réseaux sociaux (ou, si je ne suis pas assez résolu pour y renoncer, au moins leur adjoindre un support plus pérenne & réfléchi, qui ne s’inscrive dans leur culture de l’immédiateté). La première raison est que je reste convaincu de leur nocivité—cette opinion s’est même renforcée, par exemple à la lecture du blog de Ploum. La seconde raison est que toutes mes tentatives se sont encore soldées par des échecs.

Mes efforts de promotion lors de la sortie de La Nuit du seum se sont révélés particulièrement décevants. Certes, le canal des réseaux n’est pas seul en cause, car j’ai également bénéficié d’une couverture dans la presse régionale (couverture somme toute modeste, mais encore inédite dans ma « carrière »), sans effet également. À mon regret, je commence à partager les désillusions exprimées par beaucoup à l’encontre du format EPUB. Si je maintiens que c’est un outil formidable, dont j’apprécie particulièrement l’ergonomie & la sobriété, force est de constater que son accès demeure cantonné à un cercle restreint d’usagers, consommateurs (& souvent eux-mêmes producteurs) de littérature indépendante, tandis que le grand public y est trop étranger pour qu’on puisse se garantir un succès via une publication uniquement numérique.

Ces raisons justifient mon regain d’intérêt pour mon site personnel—intérêt qui se maintiendra, je l’espère, dans la durée. Je le retrouve en friche, n’ayant même pas pris la peine de rédiger des billets pour signaler mes rares parutions de l’année écoulée (outre mon livre-jeu, j’ai publié trois poèmes dans une anthologie intitulée À vol d’oiseaux. Poésie depuis la ZAD de la Sablière & deux articles consacrés à Marie Gevers dans le webzine Faunerie, peu avant qu’il ne soit mis en pause).

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant qu’à l’heure où j’écris ces lignes, seules deux personnes aient fait la démarche de s’inscrire pour recevoir une alerte via courrier électronique à la parution d’un nouveau billet. À elles, merci. Aux autres, si vous aussi êtes dégouté des grands réseaux, n’hésitez pas à me laisser votre adresse : je promets de ne publier par ce biais que des contenus ponctuels, sans rechercher ni l’immédiateté, ni la facilité d’assimilation qui caractérisent désormais ces bêtes honnies.

23 décembre

J’ai lu coup sur coup deux romans de la vieille collection « Horizons de l’au-delà », chez Fleuve Noir. Je suis toujours saisi par une drôle d’impression, mêlée de nostalgie & d’amertume, lorsque je lis ce genre de livres. Je me dis que le champ de production littéraire des années 50 & 60 m’aurait bien mieux convenu que celui nous échéant aujourd’hui (j’ai le même sentiment avec la collection « L’Aventure mystérieuse » ; j’aurais adoré écrire de tels ouvrages de vulgarisation sensationnalistes).

Sans doute n’est-ce qu’un leurre : assurément, il y avait déjà beaucoup d’appelés & peu d’élus. Reste que j’aime la facilité de ces livres, leur humilité, l’assurance tranquille avec laquelle ils osent le régionalisme. Leur style m’amène à m’interroger sur ma propre pratique. Il est à l’opposé complet du mien, ce qui me fait songer que, peut-être, je n’aurais quand même pas profité du contexte littéraire ayant vu prospérer cette collection.

Phrases courtes, voix active, portraits minimalistes, licence à redire certaines descriptions… Peut-être gagnerais-je à écrire un pastiche de ces livres, moi qui me lamente toujours de ne pas savoir faire de roman, d’être incapable de maintenir le rythme dans un récit linéaire. Ce serait formateur. C’était déjà dans un semblable esprit « pulp » que j’avais commencé à écrire des livres-jeux, avant d’aussitôt retomber dans ma manie de la documentation. Il faut croire qu’en cela non plus, la spontanéité ne m’est pas naturelle.

27 décembre

J’ai entamé les démarches de soumission pour mon recueil de poésie Un quelque chose du monde vrai. Je m’étonne un peu d’y être venu si naturellement, sans me tracasser à le relire mille & une fois. Qu’il prenne la forme d’un journal aide bien : je n’ai pas à me soucier de l’ordre, qui m’avait causé tant d’hésitations pour mes Contes du sabbat. Quant aux entrées anciennes, elles ont été fixées depuis longtemps : j’y suis déjà souvent revenu, battant le fer jusqu’à ce qu’il soit froid—à présent, il indéformable. Dès lors, je n’ai eu qu’à relire & retravailler les poèmes de ces dernières semaines, qui étaient déjà bien peaufinés.

Je n’ai guère hésité non plus à soumettre leur contenu intime à des yeux extérieurs. Ils avaient d’emblée été écrits dans ce but. Du reste, je ne crois pas avoir été plus indiscret que je ne le suis dans certains passages de mes livres-jeux. Si je m’y dévoile certes moins explicitement, en prêtant ces pensées à mon protagoniste, mes proches ne peuvent pas s’y tromper.

C’est sans doute là d’ailleurs une faiblesse de mon écriture de fiction. Je le sais pourtant bien, qu’en littérature interactive, il s’agit de poser un protagoniste neutre, une coquille vide que le lecteur peut habiter. Pourtant, d’un épisode à l’autre, je me surprends à le caractériser de plus en plus, à lui faire assumer mes doutes, voire mes névroses. J’ai toutefois le sentiment (je me leurre peut-être) que cela ne le rend pas inaccessible, que ces pensées miennes sont aussi celles d’une génération & que mon public-cible sait donc s’y retrouver.

Du reste, la neutralité stricte—possible dans un format tel que le jeu vidéo—est difficile dans un livre-jeu classique. Or donc, si je ne peux l’atteindre en mettant notamment en scène un·e protagoniste mixte, je préfère ne pas le faire du tout, & écrire au moins sur ce que je connais, moi.

28 décembre

— J’ai yoga, si tu veux.
— Pardon ?
— Yoga, le dernier roman d’Emmanuel Carrère. Je l’ai acheté, si tu veux le lire.

Pour quelques jours chez mes parents, à l’occasion des fêtes de fin d’année, j’ai échangé ces phrases un peu comiques avec mon père. Passé ma confusion première, j’ai donc lu Yoga. Il y a quelque chose de mystérieux à la facilité que—moi que les années d’études ont rendu rétif à la lecture, qui lit peu les contemporains & encore moins de blanche—j’ai à lire un auteur comme Carrère.

Rien n’y semble pourtant ni spécialement abordable (ses paragraphes sont kilométriques, il y va fort avec le name dropping), ni spécialement remarquable (son existence bourgeoise & l’entre-soi parisien qu’il décrit me laissent assez indifférent, tandis qu’un univers similaire me fascine, mettons, sous la plume de Sagan). Pourtant, ce livre m’a happé. C’est réellement mystérieux, & je suppose que c’est à de pareilles arcanes qu’on reconnait la parentèle mal circonscrite des grands écrivains.

Un détail m’a frappé, parmi la masse de confidences réunies sous ce titre : l’auteur évoque à un moment sa passion de jadis pour les romans des collections Marabout Fantastique & Science-Fiction, ajoutant que leur lecture fut formatrice. Moi aussi, j’ai été & suis toujours fort influencé par ces livres (davantage ceux fantastiques que de SF). Il n’y a pas de quoi en faire de grandes théories : des tas de gens les aiment. Mais, ce qui est tout de même amusant, c’est que certains médias/critiques ayant tendance à encenser Carrère sont précisément ceux qui dédaignent le fantastique & encore plus la science-fiction. Comme quoi…

1er janvier 2021

Il est déjà temps de faire mon bilan lecture habituel. Durant l’année écoulée, j’ai lu 25 livres, dont une dizaine d’essais ou de pamphlets engagés. Je ressentais en effet le besoin de me construire une sorte de colonne vertébrale idéologique, qui m’a longtemps manqué. Cependant, ces lectures & les réflexions qu’elles suscitent ont pu également me plonger dans un état d’(éco-)anxiété fatiguant, au détriment de toutes mes autres activités, lecture d’agrément incluse.

C’est peut-être pourquoi, cette année encore, ma liste est moindre qu’ambitionnée. Certes, il faut ajouter au total un grand nombre d’articles & de billets divers, quelques bandes dessinées & aussi plusieurs livres entamés sans que je les finisse, mais cela ne fait tout de même pas grand-chose. C’est dû en partie au problème évoqué ci-dessus, en partie à la complexité de certains titres, & en partie à un grand trou—de mai à septembre inclus—où j’étais trop absorbé par mille soucis pour lire quoi que ce soit.

Bref, voici ma liste de livres lus en 2020. Durant les mois à venir, je souhaite me recentrer sur la lecture en tant que divertissement, en faisant la part belle aux autrices de fantastique & à l’école belge de l’étrange, dont j’aimerais mieux connaitre certains acteurs.

    • Patrick Chastenet, Introduction à Jacques Ellul
    • Stephen King, Laurie
    • Aldo Leopold, L’Éthique de la terre, suivi de Penser comme une montagne
    • Bill Devall, Living Richly In An Age Of Limits. Using Deep Ecology for An Abundant Life
    • Alessandro Pignocchi, La Recomposition des mondes
    • Louise Le Bars, Vert-de-Lierre
    • Michel Houellebecq, Sérotonine
    • Rodolphe de Warsage & Michel Elsdorf, Sorcellerie et cultes populaires en Wallonie. Coutumes, magie & prières
    • Myriam Leroy, Les Yeux rouges
    • Franz Hellens, En ville morte
    • Françoise Sagan, Un certain sourire
    • Vincent Gay (dir.), Pistes pour un anticapitalisme vert
    • Les Actrices et les Acteurs des Temps Présents, Pays dans un pays. Un manifeste
    • Tiqqun, Théorie du Bloom
    • Ron Goulart, L’Effet-garou
    • Bernard Charbonneau & Jacques Ellul, Nous sommes des révolutionnaires malgré nous. Textes pionniers de l’écologie politique
    • Mauvaise troupe, Saisons. Nouvelles de la zad
    • Jules Renard, L’Écornifleur
    • Conseil Volatile, À vol d’oiseaux. Poésie depuis la ZAD de la Sablière
    • Oscar Wilde, Salomé
    • Nicolas Gogol, Tarass Boulba
    • Marc Agapit, Le Doigt de l’ombre
    • B.-R. Bruss, L’Objet maléfique
    • Emmanuel Carrère, Yoga
    • Bram Stoker, L’Enterrement des rats et autres nouvelles

Je nous souhaite à toutes et à tous une meilleure année 2021.

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