Journal #8

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3 avril

Voici quelques jours que j’ai désactivé Twitter & Instagram. Jusqu’à présent, deux choses surtout me manquent :

  • Sur Twitter, les vidéos quotidiennes de l’organiste Anna Lapwood. Je peux toujours l’écouter sur quantités de plateformes, mais les extraits courts de ses répétitions avaient quelque chose de spontané & de rafraichissant.
  • Sur Instagram, les dernières peintures d’Agnes Grochulska, dont je suis devenu très très fan. Certes, elles finiront bien par arriver sur son site web, mais j’aimais découvrir au compte-goutte ses séries en cours & me demande où en est celle qu’elle a entamée d’après les archétypes de Jung…

8 avril

J’ai reçu aujourd’hui un exemplaire issu du prétirage de la réédition conjointe du Démon dans l’escalier & d’À la cour du roi des rats. On arrive à la toute fin du processus, si bien que la parution pourrait advenir d’ici le mois prochain.

Je m’avoue surpris par l’épaisseur de ce livre. J’avais beau savoir qu’il ferait un peu plus de 300 pages, c’est autre chose de l’avoir entre ses mains. D’autant que j’avais sous-estimé l’épaisseur du papier. C’est dès lors un ouvrage assez impressionnant, spécialement lorsqu’on considère son dos.

Pour moi qui n’ai plus publié de livre papier depuis 2015, c’est une sacrée étape.

13 avril

Mon dernier livre-jeu, Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, a reçu ses deux premières critiques ce weekend. Elles émanent du Musée littéraire de Sophie & du site Books, feed me more !, derrière lesquels se cachent deux lectrices fidèles.

Globalement, ces deux chroniques sont très positives. J’ai tout de même une petite déception, en ce que toutes deux soulèvent le caractère plus linéaire de cette nouvelle aventure. Elles n’y sont pour rien, bien sûr, & moi-même j’avais présagé ce défaut. À vrai dire, j’ai un sentiment ambigu vis-à-vis de cela : celui de n’avoir guère eu de marge de manœuvre. L’histoire m’est venue ainsi, & puis voilà. Un auteur plus acharné aurait piétiné jusqu’à produire une intrigue plus dense mais, moi, quand je sens que « ça y est », eh bien, ça y est : la rédaction doit débuter. Certes, l’écriture intuitive est une excuse de fainéant, je n’en fais pas mystère…

Sinon, j’ai bien ri à la lecture de la chronique du Musée de Sophie. Elle postule que j’ai recouru à la physiognomonie pour les portraits des trois sorciers français, & explique : « Pour faire simple, plus les traits sont marqués plus la personne est mauvaise. » Je vais révéler ici un scoop : en réalité, ces trois antagonistes ne sont français que parce que leur fonction dans l’intrigue le réclame ; quant à leurs portraits, ils sont calqués sur trois politiciens belges de droite nationaliste ou d’extrême-droite. L’analyse n’en est pas moins exacte, même si c’est là une chose involontaire : on a bien affaire à trois personnes mauvaises.

14 avril

Chose lue :

  • Mélanie Sadler, Comment les grands de ce monde se promènent en bateau (2015) : un court roman vanté pour son érudition, mais que j’ai trouvé un peu agaçant précisément pour cette raison. Pourtant, moi-même, j’aime parsemer mes textes de références plus ou moins obscures. Il est possible qu’en le lisant, je me sois donc mis dans la peau de mes propres lecteurs… or je n’ai guère aimé cette impression. Si j’ai trouvé ce roman assez quelconque, il a le mérite de m’avoir fait réfléchir sur mes tics d’écriture.

& sur le web—quelques recommandations :

  • Chloé Andries, Les Fantasmes de George : une série de « non-fiction  » en trois épisodes, publiée par le magazine Médor. Elle retrace le parcours de George Scott, un Américain qui s’est bâti en Belgique un petit empire du cinéma érotique et porno, entre 1948 et 2013.
  • Lionel « Ploum » Dricot, Je ne suis plus à vendre sur Linkedin : un article sur l’inutilité de Linkedin & l’intérêt de quitter ce réseau. J’ai beaucoup aimé sa conclusion : « chaque source de distraction supprimée est un livre de plus lu à la fin de l’année. Donc acte. » Au point que j’ai moi-même quitté Linkedin dans les cinq minutes suivant ma lecture (notons que sa procédure de départ est plus simple que d’autres : cela fait au moins un bon point pour Microsoft).
  • Marie Peltier, Complotisme, conspirationnisme : de quels maux parlons-nous ? Une conférence mise en ligne par le MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien).

& dans les oreilles :

  • Beaucoup de Scala & Kolacny Brothers, qui m’accompagnent dans le travail. J’ai surtout écouté l’album Grenzenlos, & notamment la reprise de « Hier Kommt Alex », un de mes titres préférés de Die Toten Hosen.
  • Toujours dans la chanson allemande, cette très sympathique reprise live de « Du trägst keine Liebe in dir » (Echt) par Wilhelmine, que j’écoute au moins une fois par jour.
  • J’ai réuni dans une playlist mon top 3 personnel des meilleurs albums de metal : October Rust (1996) de Type O Negative, Sin/Pecado (1998) de Moonspell & The Green Album (2009) de Woods of Ypres. Les intros retirées, cela fait 40 titres, soit 3h30 de musique. C’est une très bonne playlist, qui n’a littéralement demandé que deux minutes de travail.

17 avril

Miscellanées :
(Ayant quitté Twitter, mes bêtises doivent bien achopper quelque part.)

  • Depuis quelques jours, il est beaucoup question d’Arne Quinze, suite au démontage de son installation à Mons et à l’annonce de sa retrospective au BAM. Cela me pose un problème car, à mon grand embarras, je le confonds systématiquement avec Anto Carte (qui, étant montois, mériterait bien aussi sa rétrospective). Or je préfère de loin le peintre au designer : la version de 1941 de ses Disciples d’Emmaüs, très émouvante, m’a même valu une de mes plus fortes expériences de spectateur (si je ne m’abuse, elle a été reléguée en réserve suite au déménagement des Beaux-Arts de Liège vers la Boverie—c’est grand dommage). Dès lors, les nombreux articles relayant ces deux annonces me font l’effet d’un ascenseur émotionnel. Mais peut-être que coucher une fois ce problème par écrit aidera à me débloquer. (Au rang des associations douteuses, il me faut également citer Alice Ferney & Alice Zeniter, qui posent le même souci—&, en photo, je confonds Loïc Nottet & Jeanne Added, mais c’est une autre histoire !)
  • Puisqu’il est question de confusion & que j’ai justement employé un de mes « mots-bêtes noires » plus haut, notons qu’une de mes principales difficultés d’orthographe concerne les « s » finaux. On écrit un rai, un relai (j’utilise l’orthographe rectifiée de 1990) mais un embarras… En outre, lorsque je me trompe, l’erreur n’apparait pas au correcteur automatique, les formes plurielles existant & embarra étant une forme verbale ! De même, peut-être que l’avouer ici sera thérapeutique…
  • Sans transition, un jeu ! Attrapez votre copain fan de pop punk (on en a tous un) & faites-lui écouter l’introduction de J’ai pas vingt ans !, la chanson d’Alizée (si possible dans une version live un peu énergique). Coupez après une quinzaine de secondes, avant que ne débute la voix, & demandez-lui ce qu’il en pense. Jusqu’ici, j’ai obtenu des résultats rigolos.
  • En parlant d’intro qui claque, connaissez-vous cette version live d’Every You Every Me (Placebo au festival Rock Am Ring, en 2006) ?
  • & pour finir sur la musique, vous avez sûrement déjà observé que les accordéonistes sont souriants. Cela m’a toujours fasciné, & je crois avoir trouvé l’Everest en la matière. Voyez donc cette reprise d’It’s My Life (Bon Jovi) par le groupe autrichien Die Draufgänger : a-t-on jamais rencontré accordéoniste plus ravi de jouer de l’accordéon ? Je reviens souvent à cette vidéo qui m’entraine dans une spirale de questions, la plus importante étant : me sera-t-il un jour donné d’être moi-même aussi heureux ? (Voyez aussi leur version de Narcotic, un autre parangon inexplicable de folâtrerie.)

21 avril

Je suis absolument émerveillé par les plans de livres-jeux dessinés par David « Bardunor » Verret. Un paradoxe est que je connais très mal les Livres dont vous êtes le héros classiques. J’ai joué à deux ou trois édités par Gallimard lorsque j’étais adolescent (je me souviens d’une histoire avec une guilde des voleurs & d’un Loup solitaire qui se situe dans la neige) ; pour le reste, la vision que j’en ai est assez floue.

Je ne sais trop pourquoi je rechigne autant à me documenter, aujourd’hui encore. J’en possède même quelques-uns que je n’ai jamais ouverts ! Peut-être ai-je peur, si je le faisais, de trop me conformer & de perdre l’originalité que je crois avoir, peut-être au contraire ne veux-je pas risquer de découvrir mes erreurs ou faiblesses, puis d’en venir à déconsidérer mon travail—dans ce cas, plus je retarde, pis ce sera.

Toujours est-il que, sans connaitre les aventures, j’ai passé beaucoup de temps à regarder ces plans. Je suis particulièrement impressionné par le nombre de paragraphes de fin, qui sont marqués par des têtes de mort.

22 avril

Choses lues :

  • Paul Sérant, Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être (1971) : un livre que j’avais acheté avant le premier confinement, à une vente de seconde main au profit de l’Escholle des pauvres. La forme m’a beaucoup plu : c’est quelque chose qui ne s’écrit plus guère, les textes de réponse de ce genre (il y en a sûrement d’autres, mais le seul exemple qui me vient à l’esprit est le machin autoédité par Matzneff voici quelques mois). C’est assez sain, je trouve, de prendre le temps de produire un argument construit : aujourd’hui, on s’échange des tweets ; la qualité des débats ne peut qu’y perdre… Du reste, j’approuve la plupart des propos de Sérant, qui restent d’actualité : sentiment d’une crise globale, caractère logique & compréhensible de la révolte des jeunes (on est juste après mai 68), critique de la technique aveugle & de la ville en tant qu’espace aliénant… Il n’y a guère que ses reproches envers Vatican II & des associations douteuses entre mixité sociale & alcoolisme ou troubles mentaux que je ne peux ratifier. J’ai été un peu surpris de lire par la suite qu’il est associé à la nouvelle droite. J’oublie souvent qu’en France, le régionalisme peut flirter avec les milieux identitaires (chez nous, le mouvement wallon est historiquement marqué fort à gauche) & que l’anarchisme n’a pas l’apanage de la technocritique. Du reste, ce n’est pas la première fois que mes gouts littéraires me causent une gêne—mon amour de Nimier, notamment, prend cette teinte contradictoire. Quant à Sérant, il m’a tout de même l’air d’une personnalité ambigüe et intéressante ; je serais curieux de lire d’autres choses de lui.
  • Marie-Thérèse Bodart, Les Meubles (1972) : désireux d’approfondir ma connaissance du fantastique féminin, je suis allé emprunter ce livre à la bibliothèque. J’ai globalement été impressionné ! On retrouve là plusieurs thèmes qui me parlent spécialement : une grande attention aux lieux, le thème de la maison devenue menaçante, celui des racines familiales, une certaine tendance à l’inventaire, des oiseaux démoniaques… Cela tient de Malpertuis & de la maison Usher. L’intrigue & l’architecture du récit provoquent un sentiment de fouillis : il dérive de l’écriture en fragments, des instances narratives floues (qui est ce je qui s’exprime à la fin du roman ?), mais aussi d’éléments inexpliqués : la lampe à l’extérieur, le champignon, la visite de l’ancienne propriétaire… Il en ressort un mystère assez savoureux, mais également une certaine impression de maladresse ou de fébrilité, courante dans les récits fantastiques longs (j’évoque plus haut Malpertuis : les instances narratives y font aussi un fouillis, or c’est un chef-d’œuvre). Ma première approche de cette autrice est donc très positive, & je lirais volontiers son second roman fantastique : L’Autre (1960).
  • Jean-Marie Andrieu, L’Incantation (1947) : un roman que j’ai acheté pour son titre uniquement, à la brocante de Bomel en 2017 ou 2018. Contrairement à ma première impression (ou, disons, contrairement à mes espoirs), il ne s’agit pas d’un récit fantastique mais d’une histoire de fascination amoureuse ; celle d’un personnage convaincu d’être un dieu & qui voit cette impression confirmée par l’influence mystérieuse qu’il exerce sur son entourage. Cette prémisse a attiré mon attention, mais je me suis désintéressé de l’intrigue après environ 150 pages : il me semble qu’il manque quelque chose pour être investi dans le destin de ces personnages. Une phrase que j’ai relevée, car elle m’a fait penser à des amis zadistes : « Car le désir de vivre dans une cabane implique toute une religion, avec ses dogmes, ses rites et ses prières. » (Page 133.) Que ce soit ce que j’ai souhaité retenir du roman en dit long sur ses carences…

Choses vues :

  • Plusieurs documentaires : Bob Denard, profession mercenaire, de Thomas Risch (2005), Antifa, chasseurs de skins, de Marc-Aurèle Vecchione (2008), The Black Panthers: Vanguard of the Revolution, de Stanley Nelson (2015) & Writers : 1983-2003, 20 ans de graffiti à Paris, de Marc-Aurèle Vecchione (2004).

Choses bues :

  • Je prends quelques semaines d’avance & passe par la case « maitrank » quasi à chaque apéritif—on sera vite en mai ! Le saviez-vous ? c’est la boisson préférée d’un personnage de mes livres-jeux : le docteur Van Coppernolle, qui apparait dans La Hussarde verte.
  • Mon supermarché de quartier a eu l’idée merveilleuse de mettre une de mes bières préférées en rayon : la Rouge Ardenne (brasserie Minne), une sour ale brassée aux confins de ma province, du côté de Baillonville. Elle n’a pas grand-chose à envier aux lambics bruxellois & aux oude bruinen flamandes. Du reste, il faut soutenir les brasseurs locaux, tant que l’horeca n’a pas rouvert…

& dans les oreilles :

  • Florence + the Machine ! Je me suis d’ailleurs fait la réflexion que, si demain ils venaient à annoncer un nouvel album, ce serait une belle manière de rattraper l’année pourrie qu’on vient de traverser. On peut rêver…
  • Deux découvertes : Strange Kind of Women, un tribute band féminin de Deep Purple, & Zella Day (notamment son album Kicker, qui me plait beaucoup).
  • Des nouveautés d’artistes que j’apprécie depuis longtemps : cette version live d’« How to Get out Of Love » (Alice Phoebe Lou) & le single « If It Happens » de We Were Promised Jetpacks, sorti aujourd’hui.

23 avril

Depuis quelques semaines, j’écris des analyses pour le site internet de l’association Couples & Familles. Cinq ont paru à ce jour :

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