Journal #11

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11 aout

Je me rends compte—ou admets-je enfin ?—que j’adorerais écrire pour la presse lifestyle, voire pour une certaine presse féminine. (Pas sûr, cela dit, que j’en aie une juste image. Quand j’avais la vingtaine, j’aimais lire les Be de mes petites sœurs, mais ma connaissance du format s’arrête là—& elle commence à dater !) Oh, je n’écrirais rien de mainstream ; surtout des trucs de niche sur des pop stars de seconde zone & des accessoires…

Lorsque j’étais membre de la rédaction de Faunerie, avant la fermeture du webzine, j’avais dans mes tiroirs un projet d’article sur le groupe Von Grey ; papier qui, bien sûr, n’a jamais vu le jour. C’est surtout le clip de « 6AM » qui m’inspirait : son esthétique évoque la série Charmed, avec ces trois sœurs, les bougies… & puis, le symbole de la triple lune, qu’on y aperçoit, vaut bien le triquetra sur le Livre des Ombres des sœurs Halliwell.

Mais, si je devais écrire cet article aujourd’hui, j’y adjoindrais d’autres chansons dont le style s’en rapproche. D’abord « Bitchcraft » de Jax, qui a même le motif de la baignoire en commun. De là, un parallèle pourrait être fait avec Marina, dont deux chansons du dernier album font rimer « witch » et « bitch » (« Purge The Poison » : All my friends are witches / And we live in Hollywood / Mystical bitches / Making our own sisterhood ; « Man’s World » : Burnt me at the stake, you thought I was a witch / Centuries ago, now you just call me a bitch). Il n’y a peut-être pas de quoi faire de la grande critique, mais je ne cracherais pas sur l’opportunité d’approfondir la question.

Comme je l’écris plus haut, je me verrais aussi parler d’accessoires. Les mains de Hécate que fabrique Jul’ Maroh (j’aime beaucoup son travail, que j’ai découvert vers 2008 ou 2009 ; ses affiches ont même orné les murs de tous mes kots & mes premières chambres de coloc—je les ai encore), les grigris d’Ambroise/Anaïs Maurette de Castro… J’imagine que je parlerais de la YouTubeuse/couturière Bernadette Banner, qui réalise des chapeaux & des capes inspirés des looks de McGonagall. Peut-être aussi de Tarmasz, même si je ne crois pas qu’elle tatoue encore les espèces de formules de marabout qu’elle proposait en planches de flashs, voici quelques années…

Tant de choses captivent mon regard, ces derniers temps. Je pense que nous vivons une période intéressante. Cela bouillonne ; il y a tout un mouvement qui se met en place, à la croisée de l’écoféminisme façon Starhawk & des sorcières de TikTok… Certes, je ne suis ni qualifié, ni légitime pour en disserter. J’observe, je n’ai pas la prétention de tout comprendre, mais cela me fascine. Il y a également une part de frustration. Pour moi, cela vient trop tard ; c’est le genre de contexte que j’appelais de mes vœux entre 2011 & 2013, lorsque j’éditais le fanzine L’Orpheline aux yeux de feu follet (l’orientation de ce projet, j’en conviens, était très questionnable).

Bref. Je ne serai jamais employé par cette presse : comment diable pourrais-je entrer dans ses rédactions & qui donc, parmi le grand public, partagerait mon obsession étrange pour les ambiances de sorcellerie ? Ne me reste alors qu’à référencer mes trouvailles ici, pour au moins cesser de remâcher des papiers qui ne verront pas le jour.

19 aout

Choses lues :

  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales (1948). Voilà bien six ou sept ans que je possède une édition Folio jaunie de cette pièce. Je ne l’avais jamais ouverte ; tout au plus me souviens-je avoir lu un extrait dans le cadre d’un cours de Master. Aucun regret, cependant : je pense que je l’ai lue exactement au bon moment, quand son propos pouvait le mieux résonner avec mes propres préoccupations & réflexions. Voilà qui me décomplexe d’acheter des livres en brocante—livres sans valeur que je trimballe à chaque déménagement, alors que je trouverais les mêmes titres dans n’importe quelle bibliothèque. C’est qu’il est précieux de les avoir à portée de main pour l’occasion, même tardive, où je me sens inspiré de combler ces trous particuliers dans ma culture…
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray (1975) : une anthologie de 28 nouvelles sélectionnées par un fameux critique, dont j’avais apprécié, voici quelques années, le Panorama de la littérature fantastique de langue française. Parmi celles-ci, j’en connaissais déjà certaines : « Le Jardin malade » de Ghelderode, « Le Peuple nu » de Bours &, bien sûr, « Le Psautier de Mayence » de Ray. Guère de surprises, ici. En fantastique, je sais ce que j’aime : le local, le pittoresque, l’enraciné dans la foi populaire. Parmi mes 25 découvertes, les contes qui m’ont particulièrement plu sont les suivants : « La Sorcière » de Henry de Nimal, « La Danse macabre du pont de Lucerne » de Georges Eekhoud, « L’Homme qui faisait les cercueils trop grands » de Pierre Goemaere & « La Poule noire » d’Owen. Lorsqu’on passe au fantastique moderne, je trouve moins mes marques ; il y a là des ambigüités qui peuvent me frustrer. Cela dit, l’enchainement des nouvelles de Sternberg, Prévôt, Muno & Compère (qui ressortent nettement du lot) m’a fait passer un bon moment de lecture.
  • Franz Kafka, La Métamorphose (1915-1920) : une lecture que j’avais longtemps reportée par intuition qu’elle ne me plairait pas tant, & à raison. Il y a quelque chose de triste à se trouver blasé ou déçu par ce que d’aucuns considèrent comme une œuvre maitresse du XXe siècle mais, en vérité, je n’y ai rien trouvé de plus que ce que j’avais présagé en rencontrant pour la première fois son « pitch ». Rien n’a su me surprendre, c’est tout. J’ai lu ce récit dans une vieille édition Folio qui lui adjoint le recueil Un médecin de campagne, ainsi que la nouvelle « Le Verdict ». Or, à vrai dire, certains de ces textes (pour la plupart, ce sont des tableaux plutôt que des nouvelles) m’ont davantage plu, notamment « Chacals et Arabes » & « Le Souci du père de famille ».

& sur le web, quelque articles qui m’ont intéressé :

& dans les oreilles :

  • Dorothy, dont j’ai apprécié le dernier single « What’s Coming To Me ». Je suis curieux d’écouter l’album à venir.
  • Une découverte : Mew (& en particulier leur album Visuals).

23 aout

J’apprends au détour d’un article du Monde qu’en 52, Hélène Bessette (qui n’avait encore rien publié) s’est vu proposer par Queneau un contrat pour dix livres.

Dix livres. Chez Gallimard. Je trouve cela complètement dingue.

12 septembre

Choses lues :

  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices » (1981). C’est le premier tome de cette célébrissime anthologie que je lis, alors que j’en possède plusieurs depuis un lustre au moins. Globalement, j’ai trouvé les notices bio-bibliographiques de Stragliati très complètes & utiles, mais les introductions de Goimard assez pauvres. La préface est intéressante mais presque hors-sujet, car elle traite du thème dans un sens étroit (le maléfice façon « mauvais œil », tel qu’il est décrit par Favret-Saada), alors que la sélection de textes le traite dans un sens large ; les courtes présentations de chaque nouvelle m’ont quant à elles paru souvent obscures. Un seul exemple de fantastique belge : « Simple Alerte » de Marcel Thiry (que, du reste, je connaissais déjà—& qui ne correspond guère à mes gouts). Trois nouvelles ressortent du lot, à mes yeux : « Le Dialogue des chiens » de Léo Perutz, une histoire très amusante de sorcier malchanceux & maladroit, dont l’ambiance évoque Le Golem de Meyrink ; « Attachez vos chevelures » de Robert Aickman, une histoire tout en impressions & pleine de personnages secondaires pittoresques, qui ne se laisse pas facilement classer entre étrange et fantastique ; & « Louve d’argent en abîme passant » de Nathalie Henneberg, qui présente une intrigue classique (je crois me souvenir d’un lai de Marie de France qui y recourait déjà) mais parsemée d’éléments âpres & située dans un cadre original, imprégné de culture finlandaise (cette nouvelle m’a donné une furieuse envie de lire Kaputt, un roman de Malaparte dont elle serait inspirée). Citons enfin un récit qui ne m’a guère plu (à mon gout, il regarde trop vers la science-fiction), mais auquel l’actualité donne un drôle de relief : dans « La Jungle » (de Charles Beaumont), une maladie étrange décime les habitants d’une ville qui fut fondée en rasant une forêt primaire. On pourrait croire que son auteur avait anticipé le lien entre déforestation & zoonoses…
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques : un recueil que je souhaitais lire depuis des mois, mais que j’avais égaré lors de mon dernier déménagement. Je viens de le retrouver & l’ai dévoré en deux soirées. Je ne me lasse pas d’admirer la « patte » d’Erckmann-Chatrian : les descriptions d’auberges & de bourgades, les patronymes des personnages tous fumeurs de pipe, leurs portraits qui nous transportent chez David Teniers… Cet univers a beau être trop coloré pour être vraiment authentique, j’y trouve quelque chose de familier & d’agréable, qui m’incline aussitôt à la rêverie. S’il y a un auteur dont j’aimerais acquérir le style d’un coup de baguette magique, c’est peut-être celui-là. Outre le long récit liminaire, j’ai particulièrement aimé « Le Cabaliste Hans Weinland » & son personnage de magicien-duelliste.
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour (2006) : un livre trouvé par hasard dans la bibliothèque paternelle, parce qu’il était rangé à côté des Giono. Admirant Gorz pour ses écrits technocritiques & politiques, j’étais curieux de lire ce texte intime, dont j’avais entendu beaucoup de bien. Je l’ai évidemment trouvé très touchant. En plus de la déclaration d’amour, j’ai jugé un autre passage fort courageux : vers la fin (page 72 de l’édition Galilée), il dit son impression de n’avoir guère vécu sa vie & d’être pauvre en tant que personne. C’est un sentiment que je crois bien connaitre. Quelque part, il est bon que quelqu’un que j’admire l’aie aussi ressenti. Cela rassure…

Choses vues :

  • Le Mépris (1963). Je n’avais encore jamais vu de film de Godard (je l’ai déjà dit, je suis un piètre cinéphile), j’ai donc regardé celui-ci surtout pour combler un manque. Je crains de ne pas bien savoir parler des films d’auteur… J’ai apprécié le rythme doux, ralenti par les dialogues polyglottes forçant l’interprète à répéter en traduisant, mis au pas également par la musique—ce fameux « Thème de Camille » que j’ai souvent réécouté depuis. Le dénouement tragique ne me semblait pas nécessaire, mais je suppose qu’il fallait coller au roman original…
  • Le troisième débat de la primaire de l’écologie (le 10 septembre sur la chaine de Mediapart). Au fond, l’affaire me regarde assez peu, vu que je suis belge, mais j’étais curieux de mieux cerner ces cinq personnalités. (Je lis beaucoup la presse française, mais n’écoute pas la radio et ne regarde pas la télé ; pour moi, les candidats étaient donc jusque-là muets.) À mes yeux, le débat a été gagné par Batho & Jadot, nettement plus à l’aise dans cet exercice. Néanmoins, si je votais en France, ma voix irait à Rousseau, dont le programme est bien plus courageux. Grosse déception vis-à-vis de Piolle, qui m’apparaissait mieux sur le papier. L’homme était sur la défensive ou dans le registre exhortatoire, visiblement peu disposé à faire preuve de clarté sur les questions difficiles… (& ce ridicule accès de colère ! Je ne peux m’empêcher de penser que, si Batho ou Rousseau avaient osé faire de même, elles l’auraient payé dans les sondages, tandis que l’internet crierait à l’hystérie. Piquer des crises, pour sûr, est un privilège masculin.) Quant à Governatori, il ne manque pas d’audace non plus, à répéter dix fois « ainsi que je l’ai démontré », comme si le dire allait mettre d’aplomb une démonstration bancale—il est comique de penser que c’est Rousseau la « sorcière » écoféministe mais que, le seul qui se raccrochait à des formules magiques tout au long des trois heures de débat, c’était son concurrent niçois !

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes intéressantes : Softcult & Animals as Leaders.
  • Une nouveauté : Dark Matters, le premier album des Stranglers en pas loin de dix ans ; album que j’étais évidemment avide d’écouter.

13 septembre

J’ai achevé aujourd’hui mon 52e livre de l’année. Cap important, car c’est l’objectif (l’équivalent d’un par semaine) que je me fixe depuis sept ans maintenant que je comptabilise mes lectures. Jusqu’ici, je ne l’avais atteint qu’une seule fois—& tout juste—, en 2017.

Ma bonne performance actuelle (j’ai déjà lu deux fois plus que sur l’année passée entière) me laisse espérer atteindre les septante ou les quatre-vingt d’ici le réveillon. Comme quoi, avoir quitté les réseaux sociaux paie ; je m’occupe plus intelligemment. J’aimerais encore couper un peu dans mon visionnage de séries télévisées, mais me voilà sur la bonne voie…

Attention, instant puéril ; voici mes 52 premiers livres lus en 2021 :

  • Jean-Marie Andrieu, L’Incantation
  • Hannah Arendt, Nous autres réfugiés
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray
  • Marie-Thérèse Bodart, Les Meubles
  • Mikhaïl Boulgakov, Diablerie ou Comment des jumeaux causèrent la perte d’un secrétaire
  • Jean Louis Bouquet, L’Ombre du vampire
  • Jean-Pierre Bours, Celui qui pourrissait
  • Comité invisible, À nos amis
  • Caroline De Mulder, Manger Bambi
  • Louis Derthal, Le Sorcier du Val-Noir
  • Roland Devresse, Au confinement des mondes
  • Aurélien Dony, Amour noir
  • Judith Duportail, L’Amour sous algorithme
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques
  • Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux
  • Jean Giono, Le Chant du monde
  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices »
  • Françoise Gollain, André Gorz & l’écosocialisme
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour
  • Paul Grégor, Journal d’un sorcier
  • Ernst Jünger, Premier Journal parisien
  • Franz Kafka, La Métamorphose
  • Jean-Marie Klinkenberg, Petites Mythologies belges
  • Guy Lemaire & Paulette Nandrin, Mes plus belles histoires
  • Frederic Livyns, Les Nouvelles Aventures de Carnacki. Saison 1 : L’Intégrale
  • Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste
  • Agnès Michaux, Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer
  • Henry Miller, Lire aux cabinets
  • Alfred Neumann, Le Diable
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 105 : « Vivre ses alternatives »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 125 : « Familles en transition »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 134 : « Crises existentielles, moteurs de changement ? »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 135 : « La Place des amis dans nos vies et celle de nos enfants »
  • Catherine d’Oultremont, Les Fruits de la solitude. Quatre Saisons à Port-Royal
  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques
  • Thomas Owen, La Porte oblique et autres secrets
  • Fernando Pessoa (Alvaro de Campos), Ultimatum
  • Gérard Prévot, Les Tambours de Binche
  • Pierre Rabhi, L’Agroécologie, une éthique de vie. Entretien avec Jacques Caplat
  • Jean Ray, Les Contes du whisky
  • Anne Richter, Le Fantastique féminin. Un art sauvage
  • Mélanie Sadler, Comment les grands de ce monde se promènent en bateau
  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales
  • Paul Sérant, Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être
  • Georges Simenon, Le Relais d’Alsace
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 7 : « Les Faiseurs de désert »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 33 : « La Couronne de Golconde »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 60 : « Opération Wolf »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 66 : « Les Joyaux du maharajah »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 113 : « Krouic »
  • Evangeline Walton, La Maison des sorcières
  • José Luis Zárate, La Glace et le Sel

(Je le reconnais, il y a là beaucoup d’arbitraire : ne compter que les livres lus d’une couverture à l’autre, & non ceux longuement consultés ; compter de minces plaquettes, mais ni les bédés, ni les dizaines d’articles parfois bien longs que je consomme chaque semaine… Il faut bien se fixer un cadre. Du reste, c’est ma lecture de fictions, non d’articles en tous genres, que je souhaite surtout encourager.)

2 octobre

Choses lues :

  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques (1961) : un recueil emprunté dans la bibliothèque de la Brasserie des Eaux Vives (merci à eux, qui prennent nombre de bonnes initiatives en faveur du livre) &—je pense—le cinquième que je lis de cet auteur. Ce qui m’a avant tout frappé, c’est la cohérence de celui-ci, comparé à d’autres présentant une unité de ton bien moindre. Ici, ce sont des histoires de hantise, davantage malicieuses qu’épouvantables—ce qui n’est pas pour me déplaire, loin de là ! Il faut saluer la qualité de l’ensemble, mais je veux quand même citer quelques contes très réussis : « Passage du Dr Babylon », « Les Vilaines de nuit », « L’Assassinat de Lady Rhodes », « Nocturne », & puis, bien sûr, la nouvelle liminaire, « Pitié pour les ombres ». J’ai toujours aimé le style aiguisé d’Owen, qui emprunte beaucoup au polar. J’ai noté quelques tournures savoureuses : « Une bouche à mordre dedans en pleine église » (p. 107 de l’édition Marabout), « Une maison lépreuse, pourrie, malodorante. À l’intérieur, cela devait sentir l’eau de vaisselle, la graisse froide et l’égout » (p. 151), « Le robinet donnait sa goutte. Il y avait trois vieilles allumettes gonflées d’eau, côte à côte, sur les trous de l’évier » (p. 155).
  • Rutger Bregman, Utopies réalistes (2016) : un essai que j’ai trouvé, à vrai dire, un peu décevant. Je crois que je l’ai lu trop tard. J’avais découvert Bregman via une conférence enregistrée & des interventions télévisuelles, voici un peu plus de deux ans, & son discours m’avait profondément marqué. Cependant, j’ai le sentiment que la lecture de son livre ne m’a pas appris grand-chose, & que celui-ci se montre même timide par endroits. Des théories que la première de couverture présente comme iconoclastes m’ont en quelque sorte paru refroidies. C’est à cela que je mesure l’évolution rapide de mes propres convictions…
  • Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie (1991) : un livre que j’ai trouvé dans la bibliothèque de mon ami Robin, celui qui m’a initié à Lovecraft (le Lovecraft des textes, & non seulement la version caricaturée des jeux de rôle dont j’avais déjà frôlé certaines inventions) & à Howard, quand nous avions dix-huit ans. Je connais bien l’œuvre romanesque de Houellebecq & j’ai une certaine connaissance de la vie de Lovecraft, pour avoir lu l’immense biographie de S. T. Joshi, mais je n’avais encore jamais ouvert cet essai, pourtant presque aussi vieux que moi & assez incontournable (qu’on en dise du bien ou du mal) dans les études lovecraftiennes. J’ai surtout été étonné de le trouver très lisible—& finalement assez peu savant, dans le sens où il ne respecte pas les codes de l’essai universitaire : il référence piètrement les passages d’œuvres cités, ne comporte strictement aucune note… Sur le fond, je n’ai pas grand-chose à en dire. À nouveau, j’ai dû le lire trop tard : la connaissance qu’on a de Lovecraft a explosé au cours des trente dernières années, de même que les ressources disponibles en français. Tant les repères biographiques que les thèses de l’auteur m’étaient donc déjà connus, que ce soit au travers de ma lecture du livre de Joshi, du Guide Lovecraft de Christophe Thill, ou au travers de ma longue présence sur Twitter, où il ne passait jamais un mois sans qu’un débat enragé n’oppose partisans & détracteurs de Lovecraft. Dès lors, c’est plutôt la forme de l’essai qui m’a intéressé. Moi qui ai tendance à aimer les textes critiques mais qui ne peux m’empêcher de recourir à une plume par trop précautionneuse & rasante lorsque je m’y frotte, je trouve dans ce livre un exemple intéressant.

& sur le web :

  • En septembre, j’ai lu les deux nouveaux articles que Frédéric Lordon a publié sur son blog, « France Inter comme les autres » & « Pleurnicher le Vivant ». J’avais découvert ce blog il y a un peu plus d’un an & demi, via un article intitulé « Quelle “violence légitime” ? », qui m’avait très fort—& fort positivement—impressionné. Je dois dire que ces deux nouveaux textes m’ont également assez plu, mais je n’ai pu passer à côté des nombreuses critiques que son propre camp adresse à Lordon : complexité gratuite, autosatisfaction, aigreur, purisme… Je ne sais vraiment comment me situer par rapport à cela ; je conçois qu’il manque par moments d’élégance mais, au fond, la liberté de ton n’est-elle pas également à saluer, lorsqu’on la met au service d’un projet politique potentiellement salvateur ? Il me semble en tout cas sincère, & j’avoue que j’aime le lire.

Chose vue :

  • J’ai assisté à la « véritable création » d’À-Vide, l’un des nouveaux spectacles d’Aurélien Dony. Je l’avais déjà vu à l’occasion d’une diffusion en direct dans le cadre du festival Trajectoires, mais cette performance sur la petite scène du théâtre Jardin Passion était plus intense à vivre.

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes : le groupe Tuuletar, que j’ai beaucoup écouté en travaillant, & Meimuna (mes titres préférés sont « La Tristesse du diable » & sa reprise de « Voyage, voyage »—mes amis savent combien j’aime cette chanson).
  • Bizarrement, ces derniers jours, j’ai aussi beaucoup écouté les Casseurs Flowters (& notamment : « Inachevés », « Si facile », « J’essaye, j’essaye », « Fais les backs »…). Cela ne m’était plus arrivé depuis des années.

5 octobre

La semaine dernière a paru le dossier 137 de Couples et Familles. Il s’intitule « Sex, love & applis… L’amour au temps du numérique » & j’y signe six articles :

  • Les applis de rencontres, un phénomène post-moderne (article rédigé sur base d’une interview de Pierre-Yves Wauthier)
  • Les applications de rencontres dans d’autres cultures (coécrit avec Christine Hélin)
  • Les jeunes partagent leurs expériences
  • Applications : dérives d’un outil industriel
  • L’importance de la communication sexuelle (article rédigé sur base d’une interview de Caroline Styns)
  • Ados et sextos

J’ai également publié deux nouvelles analyses sur le site internet de cette association :

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