Journal #9

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5 mai

J’ai désactivé mon compte Facebook. Voilà des semaines que je comptais le faire & que je reportais pour des raisons stupides : « Je vais attendre que telle chose soit réglée, ce sera plus simple via notre conversation de groupe sur Messenger », « Je quitterai le réseau quand tel livre ou tel article sera publié, comme ça je le relayerai avant de partir »… C’est fou comme on s’accroche à ce genre de raisonnements, combien nos habitudes sont ancrées. Je suis franchement heureux d’avoir sauté le pas. J’avais tenu un peu plus de deux ans, la dernière fois ; j’espère que, cette fois-ci, c’est pour de bon.

Vu que j’avais quitté Instagram & Twitter voici un peu plus d’un mois, & Linkedin il y a deux semaines, je suis à peu près libéré des réseaux. J’ai bien conservé ma page d’auteur sur Facebook, mais je ne l’alimenterai plus que très ponctuellement, par exemple lorsqu’un de mes livres parait. Ce site devient donc mon principal outil de communication—même si je ne compte pas y publier plus d’un ou deux billet(s) par mois. Vous pouvez vous inscrire via le menu de droite si vous souhaitez être averti des parutions. Au besoin, je suis également joignable via l’onglet Contact.

À vrai dire, si le choix m’en étais donné, je préférerais échanger avec vous via courrier papier. J’ai d’ailleurs fait insérer la phrase « toute correspondance à l’attention de l’auteur peut être adressée à l’éditeur » en dernière page de tous mes livres-jeux parus aux éditions Aux 3D, immédiatement en-dessous de l’adresse postale du café-ludothèque—en deux ans et demi, je n’ai pas reçu une seule lettre. J’avais caressé un moment l’idée de louer une boite postale, & suis donc bien content de m’être évité ce frais.

Certes, la correspondance d’auteur, c’est démodé—qui donc s’y consacre encore avec assiduité, mis à part Nothomb ? Moi-même, je dois dire que, si j’ai longtemps eu des correspondants, je n’écris guère aux auteurs que j’apprécie (la plupart sont morts, cela n’aide pas). Il m’est arrivé d’écrire à des critiques dans l’espoir d’échanger sur mes écrivains favoris ou d’obtenir des retours sur mes théories, mais je n’ai pas souvenir d’avoir jamais écrit un « courrier de fan ».

Je ne sais d’ailleurs trop comment je réagirais à une telle missive. Déjà que, lors des dédicaces, je ne sais pas où me mettre… Lorsque je fantasme cette activité épistolaire, j’imagine des échanges centrés sur les références de mes textes, sur les anecdotes occultes que j’y relaie, plutôt que sur mes textes eux-mêmes. J’aimerais beaucoup qu’on me contacte pour rapporter des légendes similaires dans d’autres villes & que je puisse jouer au folkloriste, par le truchement d’interlocuteurs actifs sur d’autres terrains.

Dans sa préface au Faustin, Edmond de Goncourt s’adresse à ses lectrices & leur demande des documents humains : « impressions de petite fille et de toute petite fille, détails sur l’éveil simultané de l’intelligence et de la coquetterie, confidences sur l’être nouveau créé chez l’adolescente par la première communion, aveux sur les perversions de la musique, épanchements sur les sensations d’une jeune fille, les premières fois qu’elle va dans le monde », etc. etc. Loin de moi l’idée de reproduire son appel, qui, je crois, avait fait un certain scandale. Sans partager ses gouts, je peux toutefois comprendre l’attrait du document, pour un écrivain.

On arpente toujours les mêmes chemins ; on a ses marottes, ses auteurs favoris… dès lors, il n’est pas absurde de penser qu’on atteint par une telle démarche des informations contre lesquelles on n’aurait jamais achoppé par soi-même. Le crowdsourcing ne date pas d’hier, & il peut avoir du bon…

9 mai

J’ai lu mon vingt-cinquième livre depuis janvier. J’ai donc en un peu plus de quatre mois égalé ma « performance » de tout l’an passé. Je m’en réjouis, car cela fait longtemps que je me fixe l’objectif de lire plus—& surtout de lire au lieu de regarder ; de redevenir acteur de mon divertissement, non plus simplement spectateur. Cela n’allait plus de soi, pour moi, de lire en guise de loisir. C’est que j’ai trop considéré le livre comme seul document, & que la concurrence est rude…

Adolescent, j’étais un lecteur très vorace : je lisais beaucoup & vite. D’abord, j’ai perdu ma vitesse, lorsque mes études m’ont amené vers des lectures plus compliquées, me contraignant souvent à relire pour comprendre (tandis qu’auparavant, j’avançais toujours au galop). Ensuite, le diplôme en poche & levée la contrainte des lectures imposées, j’ai perdu mon appétit, cédant plus facilement aux sirènes du divertissement facile & des séries télévisées.

À vrai dire, j’ai regardé assez de bêtises pour une vie entière (et même parfois re-regardé) ! Le phénomène est banal, je pense : si je parcours ma bibliothèque, j’ai envie de tout lire, mais je n’ai l’énergie d’ouvrir aucun volume ; si je parcours le catalogue d’une plateforme de streaming, je n’ai réellement envie de rien voir, mais je dois pourtant fuir dans une fiction. C’est un mélange de lâcheté & de traquenard : on cède sous la pression de notre fatigue & de la loi du moindre effort, mais aussi pressurisé par une industrie rapace, qui s’est faite experte pour voler notre attention. Les mots me manquent pour dire mon dégout tant vis-à-vis de ces vampires (réseaux sociaux & géants du streaming doivent être mis dans le même sac) que de moi-même qui m’en trouve souvent victime.

C’est que je me sais vulnérable aux contenus prémâchés ; une part chez moi veut lâcher prise, s’abandonne au courant qui toujours nous incline à appuyer sur play, à enclencher l’épisode suivant. Je sais ma faiblesse, je sais l’écœurement qui surgit toujours, au milieu de la saison 4 ou du troisième jour de binging ; bien averti, je perds pourtant encore pied. Rien d’étonnant : ce que ces derniers mois m’ont confirmé, c’est finalement l’importance du repos & du moral, dans cette quête du mieux-consommer culturel. Ma meilleure performance tient uniquement à cela ; sans ces conditions favorables, la discipline n’est rien.

10 mai

En lisant dans la presse un article sur la maladie terminale de Raoul Cauvin, je découvre l’existence de son blog. Il ne semble plus l’alimenter lui-même depuis 2014 mais il est bien actif dans les commentaires, qui frisent la centaine sous la plupart des billets. Voilà donc l’exemple d’un auteur qui mobilise une audience & une communauté fidèle en dehors des réseaux sociaux. Mine de rien, l’exercice est périlleux : de tels espaces décentralisés se font bien rares & c’est une gageüre d’y demeurer fidèle, face aux monopoles des mastodontes du web.

J’ai eu plaisir à parcourir ce blog, toujours bien actif mais dont le canevas semble depuis des années figé. Il flotte là un parfum de l’internet pré-Gafam, que ma foi j’aimais bien. C’est une preuve qu’il est possible de résister à la standardisation galopante qui a accompagné l’essor des grands réseaux, en ce qui concerne aussi la communication des auteurs. En cela, j’espère qu’un tel espace—hébergé sur le site même de l’éditeur—puisse être non seulement un témoin du passé, mais aussi un modèle pour le futur.

11 mai

Choses lues :

  • Evangeline Walton, La Maison des sorcières (1945) : roman avec lequel j’ai poursuivi ma découverte du fantastique féminin. Il s’agit d’un récit de hantise assez lovecraftien de par l’importance qu’il accorde à l’hérédité, mais que n’aurait jamais pu écrire Lovecraft. Le rôle prépondérant accordé à des personnages féminins contraste en effet avec l’univers mâle du maitre de Providence. Il est aussi notable que Gaylord Carew, le protagoniste, plutôt que d’exercer la profession conventionnelle de détective, est un psychiatre. Alors que les traits de caractère généralement mis en avant dans le roman occulte sont la témérité & l’inflexibilité, la douceur—voire la tendresse—de ce personnage est à l’inverse valorisée dans La Maison des sorcières. Pour le reste, on retrouve certains lieux communs du surnaturel rétro (le ka égyptien, les tulpas tibétains…) que je ne cache pas apprécier & auxquels j’ai moi-même recouru dans mes livres-jeux. Un élément intéressant est l’entité fantomatique qui semble détachée d’un tableau & se déplace avec une extrême lenteur ; cet effet d’épouvante demeure peu usité, & Walton le traite ici avec talent.
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 33 : « La Couronne de Golconde » (1959). Une de mes tactiques, pour renouer avec la lecture comme divertissement, est de lire les Bob Morane stockés dans le grenier de mes parents. Alors que mes frères ainés les avaient dévorées par dizaines, je n’ai pour ma part lu que deux ou trois de ces aventures, car j’ai obliqué vers des romans merveilleux ou de fantasy sitôt ma découverte de Harry Potter. Ce roman, choisi car il ouvre le « Cycle de l’Ombre Jaune », correspond très exactement à l’idée que j’avais conservée de la série (idée fondée, je crois, surtout sur les bandes dessinées). L’exotisme & l’outrance d’un tel récit lui confère un caractère suranné que j’apprécie assez. J’avoue en revanche avoir été déçu par le style : défenseur par principe des littératures populaires & consommateur d’auteurs talentueux s’étant illustrés dans cette veine (Ray, Simenon), j’ai peut-être tendance à surestimer les qualités textuelles de ce type de livre. Notons que la dernière page de cette édition (celle de Lefrancq) renseigne une adresse à laquelle on peut écrire à l’auteur, « qui vous répondra personnellement ». Voilà qui fait écho à ce que je notais plus haut. Je gage que Vernes, quant à lui, a reçu en son temps quantité de courriers—sans doute lui en adresse-t-on encore…
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 113 : « Krouic » (1972). Alors que la quatrième de couverture de mon édition de « La Couronne de Golconde » divulgâchait la fin du récit, le résumé de ce roman-ci (que j’ai lu dans l’édition Pocket Marabout) attisa au contraire ma curiosité. Voyez plutôt : « Mon premier est magicien. Mon deuxième est collectionneur. Mon troisième est une gigantesque araignée. Mon quatrième est chasseur. Mon cinquième est un robot. Et mon tout, c’est Krouic, une fantastique aventure de Bob Morane. » Il y a de quoi être intrigué, n’est-ce pas ? En définitive, ce roman s’est révélé très pulp, à la fois plus drôle & bien moins attentif au réalisme que l’autre. Comme dans « La Couronne de Golconde », Morane se trouve apparié avec une jeune fille (cette tendance à toujours positionner le héros face à une partenaire potentielle tend à m’agacer ; elle nuit même à des fictions autrement excellentes, comme Peaky Blinders), mais le traitement de cette relation-ci prend des accents plus machistes ou paternalistes, ce qui m’a davantage dérangé. Un reflet du contexte d’écriture, sans nul doute.

Choses vues :

  • Deux pièces de théâtre dans le cadre du festival Courants d’Airs 2021 (le traditionnel festival du Conservatoire royal de Bruxelles, organisé cette année par vidéo) : le spectacle de marionnettes Viens, on se tire ! (une production de la compagnie La Corneille bleue), qui m’a valu un grand coup de cœur, & A-vide, un spectacle mêlant danse, musique & texte, conçu par Aurélien Dony dont je suis toujours le travail avec intérêt.
  • Plusieurs conférences dans le cadre du colloque Humour, ironie et subversion dans l’école belge de l’étrange (organisé via vidéo également). J’ai assisté aux communications d’Arnaud Huftier sur Ray & d’Éric Lysøe sur Ghelderode, ainsi qu’à celle de Catherine Gravet sur le fantastique belge féminin contemporain. Enfin, j’ai visionné l’entretien avec Florence Richter au sujet de la tradition du fantastique dans sa famille. À cet égard, j’étais heureux d’avoir tout récemment lu des ouvrages d’Anne Richter & de Marie-Thérèse Bodart ; le propos de leur descendante m’eût autrement été obscur. Ce colloque a bien sûr suscité des réflexions chez moi, mais guère qui ont pris si solidement forme que je puisse les évoquer ici. Un détail, néanmoins : il a brièvement été question de l’existence même d’une école belge de l’étrange, qui ne fait pas consensus. Pour ma part, j’avoue avoir toujours pris le parti de ce terme & m’être même déjà positionné en héritier de la doctrine à laquelle il parait renvoyer. Peut-être devrais-je plutôt parler de tradition belge de l’étrange, car il est vrai qu’il manque des délimitations claires à cette école—&, s’il en existait, sans doute ne correspondraient-elles pas à ma conception personnelle (par exemple, hormis un peu de Thomas Owen, je ne me sens pas proche des fantastiqueurs du Groupe du Roman).
  • La bande-annonce de The Green Knight (David Lowery), qui vient tout juste de paraitre. Cela faisait très longtemps qu’un film ne s’était plus présenté à moi d’une manière qui me donne envie de le voir en salle obscure. Or celui-là maintient l’excellente impression qu’il m’avait faite sitôt ses premières images révélées. (Il est également si rare qu’une bande-annonce conserve du mystère & ne compacte pas l’intrigue en trois minutes que cela aussi doit être salué. Allez donc la visionner, si ce n’est déjà fait !)

Choses bues :

  • J’ai gouté la Comme à Bruxelles, la petite dernière de la Brasserie des Eaux Vives. Je dois dire avoir été très agréablement surpris par cette bière improbable, qui cherche à reproduire le gout d’une gueuze au fond de la province de Namur, non loin de la botte de Givet. L’aspect y est réellement : à voir sa robe orange brumeuse, on a l’impression de boire une gueuze Boon. L’acidité y est aussi ; il ne lui manque qu’un peu de pétillant pour qu’elle puisse rivaliser avec les véritables lambics bruxellois.
  • Goutée aussi, la Blanchette, produite par la brasserie Millevertus & marketée comme une blanche à saveur citronnée. Je n’ai pas été convaincu : je lui ai trouvé un côté aqueux & plat, encore desservi par une mousse sans tenue. Les premières gorgées étaient rafraichissantes, mais mon intérêt à décru au fur & à mesure, si bien que je l’ai finie sans plaisir.

& dans les oreilles, essentiellement de la synth-pop :

  • Le nouveau single de Marina Diamandis, « Purge the Poison », qui est vraiment très bien.
  • Mon album préféré de Metric, Pagans in Vegas.
  • Voire un peu de Therapie Taxi (je l’admets, c’est un gout qui s’acquiert).

12 mai

Je remarque que quelqu’un a référencé tous les livres fantastiques publiés par Stellamaris dans la base de données de nooSFere. Cela fait 43 titres, tout de même !

Ma fiche inclut donc enfin une mention de mon recueil de contes en vers, Contes du sabbat et autres diaboliques amuseries. Voici quelques années, cette nouvelle m’aurait empli de joie : auteur débutant, j’étais obsédé par l’idée de développer ma notice & hiérarchisais même les fanzines auxquels je candidatais selon leur référencement sur cette plateforme.

Tout cela me semble si vain, à présent. Je n’accorde plus guère d’importance à ma bibliographie, en dehors des titres principaux. Sur ce présent site, j’ai récemment nettoyé l’onglet que je lui consacrais, pour ne conserver que le contenu essentiel. En effet, que vous importe de savoir que j’ai publié un poème dans tel journal de quartier photocopié, à l’hiver 2013 ?

L’immense majorité de ces textes de jeunesse sont bons à oublier, de toute manière…

24 mai

Je découvre (un peu en retard, déjà) l’esthétique dark academia, qui a apparemment les faveurs de certains réseaux prisés de la génération Z, & je dois dire—pour parler son langage—que je me sens attaqué. Intérêt pour la poésie, les langues anciennes, l’architecture gothique : check. Les accessoires : check—je possède bien une machine à écrire, une pipe & un sceau à cacheter gravé à mes initiales… Quant au look, si je suis loin de coller au style Ivy League, mon amour des pulls en laine & des longues écharpes doit néanmoins me rendre suspect. J’ai même récemment recommencé à porter des vestons ! Misère de misère, serais-je en passe de verser dans le cliché ?

25 mai

Choses lues :

  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 7 : « Les Faiseurs de désert » (1955) : des quelques Bob Morane que j’ai lus à la suite, c’est le meilleur. L’histoire, très James-Bondesque par la menace qu’elle fait peser sur l’humanité & par son cadre (l’ile d’un docteur maboul), est d’autre part réaliste dans son déroulé. Bob s’y trouve embarqué par un mélange de chance & d’audace, puis s’en tire grâce à plusieurs adjuvants. À noter que c’est un roman à l’univers 100% masculin, ce qui n’est certes pas idéal (je ne peux pas jeter la pierre ; mes écrits ont ce même défaut) mais qui évite au moins l’écueil de la donzelle à sauver, qu’on retrouvait dans les deux aventures dont je parle plus haut. Je remarque, à présent que j’en ai relues plusieurs, que Bob Morane est un « héros qui a peur ». C’est ainsi : en littérature, il y a des héros dont on aime décrire les sueurs froides & d’autres qui paraissent imperturbables. Contrairement aux souvenirs que j’en avais, Morane semble appartenir à la première catégorie. (Mon appréciation de ces jugements catégoriques provient d’un cours d’histoire de la poésie durant lequel Gérald Purnelle avait fait rire toute la classe en devisant sur les oppositions fondamentales entre poètes qui disent « ô » & ceux qui n’y recourent jamais. Depuis, je m’amuse à esquisser de telles oppositions.)
  • Agnès Michaux, Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer (2016) : un roman dont je n’attendais pas grand-chose, mais qui m’a agréablement surpris. Je trouve le titre assez mauvais &, en parcourant la quatrième de couverture, je craignais que ce ne soit un livre à la Simon Liberati : très érudit, mais qui contraint à consulter Wikipédia toutes les trois pages. C’est bien un livre fort parisien, assez esthète aussi, qui parle en initié du petit monde littéraire (il met notamment Houellebecq en scène), du Flore & tout le tralala, mais il est très lisible. Ce sont des chapitres courts, quelques fragments mais qui ne font pas trop désordre, des références nombreuses mais qui ne virent à l’inventaire. M’ont assez plu certaines réflexions sur la filiation, l’amour perdu & la métropole. Je le recommande.

Choses vues :

  • Hyena Men: The Mysterious Animal Gangs Of Nigeria, d’Andrew Graham-Brown (2019) : un documentaire visionné en guise d’inspiration pour mes livres-jeux mais dont, en définitive, je me garderai bien d’exploiter directement le thème. Cela croiserait de bien trop près les dangereux écueils de l’appropriation culturelle & de l’exotisme.
  • Marc Isgour, Les Œuvres inspirées d’un fait ou d’un personnage réel : implication en matière de respect de la vie privée & du droit à l’image : un webinaire organisé par la SACD. Il traitait davantage de l’audiovisuel que de l’écrit, mais j’étais néanmoins vivement intéressé par ces questions. J’en retire une confirmation qu’à cet égard, mes petites audaces ne me font pas courir grand risque (j’avais déjà consulté un juriste vis-à-vis de cette question).
  • A Mile an Hour: Running a different kind of marathon, de Beau Miles (2018) : un court film difficile à classer, mais très très inspirant. Je vous le recommande.

& dans les oreilles :

  • Je découvre un peu tardivement le dernier EP de Refused, The Malignant Fire, & suis assez conquis.
  • Tombé par hasard sur une version de « Teenage Dirtbag » enregistrée selon le point de vue de Noelle par Jax, je suis retourné écouter en boucle la version rétro qu’elle avait produite il y a quatre ans. À onze ans, j’écoutais la chanson originale chaque jour dans le bus, sur mon walkman Philips AQ6492. Elle conserve une place toute particulière dans mon cœur.
  • À l’Eurovision, je tenais pour l’Ukraine, mais je suis globalement heureux du top 5, qui est tout de même un des plus sensés des dernières années. Si vous voulez, débattons-en en commentaires !

Journal #8

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3 avril

Voici quelques jours que j’ai désactivé Twitter & Instagram. Jusqu’à présent, deux choses surtout me manquent :

  • Sur Twitter, les vidéos quotidiennes de l’organiste Anna Lapwood. Je peux toujours l’écouter sur quantités de plateformes, mais les extraits courts de ses répétitions avaient quelque chose de spontané & de rafraichissant.
  • Sur Instagram, les dernières peintures d’Agnes Grochulska, dont je suis devenu très très fan. Certes, elles finiront bien par arriver sur son site web, mais j’aimais découvrir au compte-goutte ses séries en cours & me demande où en est celle qu’elle a entamée d’après les archétypes de Jung…

8 avril

J’ai reçu aujourd’hui un exemplaire issu du prétirage de la réédition conjointe du Démon dans l’escalier & d’À la cour du roi des rats. On arrive à la toute fin du processus, si bien que la parution pourrait advenir d’ici le mois prochain.

Je m’avoue surpris par l’épaisseur de ce livre. J’avais beau savoir qu’il ferait un peu plus de 300 pages, c’est autre chose de l’avoir entre ses mains. D’autant que j’avais sous-estimé l’épaisseur du papier. C’est dès lors un ouvrage assez impressionnant, spécialement lorsqu’on considère son dos.

Pour moi qui n’ai plus publié de livre papier depuis 2015, c’est une sacrée étape.

13 avril

Mon dernier livre-jeu, Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, a reçu ses deux premières critiques ce weekend. Elles émanent du Musée littéraire de Sophie & du site Books, feed me more !, derrière lesquels se cachent deux lectrices fidèles.

Globalement, ces deux chroniques sont très positives. J’ai tout de même une petite déception, en ce que toutes deux soulèvent le caractère plus linéaire de cette nouvelle aventure. Elles n’y sont pour rien, bien sûr, & moi-même j’avais présagé ce défaut. À vrai dire, j’ai un sentiment ambigu vis-à-vis de cela : celui de n’avoir guère eu de marge de manœuvre. L’histoire m’est venue ainsi, & puis voilà. Un auteur plus acharné aurait piétiné jusqu’à produire une intrigue plus dense mais, moi, quand je sens que « ça y est », eh bien, ça y est : la rédaction doit débuter. Certes, l’écriture intuitive est une excuse de fainéant, je n’en fais pas mystère…

Sinon, j’ai bien ri à la lecture de la chronique du Musée de Sophie. Elle postule que j’ai recouru à la physiognomonie pour les portraits des trois sorciers français, & explique : « Pour faire simple, plus les traits sont marqués plus la personne est mauvaise. » Je vais révéler ici un scoop : en réalité, ces trois antagonistes ne sont français que parce que leur fonction dans l’intrigue le réclame ; quant à leurs portraits, ils sont calqués sur trois politiciens belges de droite nationaliste ou d’extrême-droite. L’analyse n’en est pas moins exacte, même si c’est là une chose involontaire : on a bien affaire à trois personnes mauvaises.

14 avril

Chose lue :

  • Mélanie Sadler, Comment les grands de ce monde se promènent en bateau (2015) : un court roman vanté pour son érudition, mais que j’ai trouvé un peu agaçant précisément pour cette raison. Pourtant, moi-même, j’aime parsemer mes textes de références plus ou moins obscures. Il est possible qu’en le lisant, je me sois donc mis dans la peau de mes propres lecteurs… or je n’ai guère aimé cette impression. Si j’ai trouvé ce roman assez quelconque, il a le mérite de m’avoir fait réfléchir sur mes tics d’écriture.

& sur le web—quelques recommandations :

  • Chloé Andries, Les Fantasmes de George : une série de « non-fiction  » en trois épisodes, publiée par le magazine Médor. Elle retrace le parcours de George Scott, un Américain qui s’est bâti en Belgique un petit empire du cinéma érotique et porno, entre 1948 et 2013.
  • Lionel « Ploum » Dricot, Je ne suis plus à vendre sur Linkedin : un article sur l’inutilité de Linkedin & l’intérêt de quitter ce réseau. J’ai beaucoup aimé sa conclusion : « chaque source de distraction supprimée est un livre de plus lu à la fin de l’année. Donc acte. » Au point que j’ai moi-même quitté Linkedin dans les cinq minutes suivant ma lecture (notons que sa procédure de départ est plus simple que d’autres : cela fait au moins un bon point pour Microsoft).
  • Marie Peltier, Complotisme, conspirationnisme : de quels maux parlons-nous ? Une conférence mise en ligne par le MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien).

& dans les oreilles :

  • Beaucoup de Scala & Kolacny Brothers, qui m’accompagnent dans le travail. J’ai surtout écouté l’album Grenzenlos, & notamment la reprise de « Hier Kommt Alex », un de mes titres préférés de Die Toten Hosen.
  • Toujours dans la chanson allemande, cette très sympathique reprise live de « Du trägst keine Liebe in dir » (Echt) par Wilhelmine, que j’écoute au moins une fois par jour.
  • J’ai réuni dans une playlist mon top 3 personnel des meilleurs albums de metal : October Rust (1996) de Type O Negative, Sin/Pecado (1998) de Moonspell & The Green Album (2009) de Woods of Ypres. Les intros retirées, cela fait 40 titres, soit 3h30 de musique. C’est une très bonne playlist, qui n’a littéralement demandé que deux minutes de travail.

17 avril

Miscellanées :
(Ayant quitté Twitter, mes bêtises doivent bien achopper quelque part.)

  • Depuis quelques jours, il est beaucoup question d’Arne Quinze, suite au démontage de son installation à Mons et à l’annonce de sa retrospective au BAM. Cela me pose un problème car, à mon grand embarras, je le confonds systématiquement avec Anto Carte (qui, étant montois, mériterait bien aussi sa rétrospective). Or je préfère de loin le peintre au designer : la version de 1941 de ses Disciples d’Emmaüs, très émouvante, m’a même valu une de mes plus fortes expériences de spectateur (si je ne m’abuse, elle a été reléguée en réserve suite au déménagement des Beaux-Arts de Liège vers la Boverie—c’est grand dommage). Dès lors, les nombreux articles relayant ces deux annonces me font l’effet d’un ascenseur émotionnel. Mais peut-être que coucher une fois ce problème par écrit aidera à me débloquer. (Au rang des associations douteuses, il me faut également citer Alice Ferney & Alice Zeniter, qui posent le même souci—&, en photo, je confonds Loïc Nottet & Jeanne Added, mais c’est une autre histoire !)
  • Puisqu’il est question de confusion & que j’ai justement employé un de mes « mots-bêtes noires » plus haut, notons qu’une de mes principales difficultés d’orthographe concerne les « s » finaux. On écrit un rai, un relai (j’utilise l’orthographe rectifiée de 1990) mais un embarras… En outre, lorsque je me trompe, l’erreur n’apparait pas au correcteur automatique, les formes plurielles existant & embarra étant une forme verbale ! De même, peut-être que l’avouer ici sera thérapeutique…
  • Sans transition, un jeu ! Attrapez votre copain fan de pop punk (on en a tous un) & faites-lui écouter l’introduction de J’ai pas vingt ans !, la chanson d’Alizée (si possible dans une version live un peu énergique). Coupez après une quinzaine de secondes, avant que ne débute la voix, & demandez-lui ce qu’il en pense. Jusqu’ici, j’ai obtenu des résultats rigolos.
  • En parlant d’intro qui claque, connaissez-vous cette version live d’Every You Every Me (Placebo au festival Rock Am Ring, en 2006) ?
  • & pour finir sur la musique, vous avez sûrement déjà observé que les accordéonistes sont souriants. Cela m’a toujours fasciné, & je crois avoir trouvé l’Everest en la matière. Voyez donc cette reprise d’It’s My Life (Bon Jovi) par le groupe autrichien Die Draufgänger : a-t-on jamais rencontré accordéoniste plus ravi de jouer de l’accordéon ? Je reviens souvent à cette vidéo qui m’entraine dans une spirale de questions, la plus importante étant : me sera-t-il un jour donné d’être moi-même aussi heureux ? (Voyez aussi leur version de Narcotic, un autre parangon inexplicable de folâtrerie.)

21 avril

Je suis absolument émerveillé par les plans de livres-jeux dessinés par David « Bardunor » Verret. Un paradoxe est que je connais très mal les Livres dont vous êtes le héros classiques. J’ai joué à deux ou trois édités par Gallimard lorsque j’étais adolescent (je me souviens d’une histoire avec une guilde des voleurs & d’un Loup solitaire qui se situe dans la neige) ; pour le reste, la vision que j’en ai est assez floue.

Je ne sais trop pourquoi je rechigne autant à me documenter, aujourd’hui encore. J’en possède même quelques-uns que je n’ai jamais ouverts ! Peut-être ai-je peur, si je le faisais, de trop me conformer & de perdre l’originalité que je crois avoir, peut-être au contraire ne veux-je pas risquer de découvrir mes erreurs ou faiblesses, puis d’en venir à déconsidérer mon travail—dans ce cas, plus je retarde, pis ce sera.

Toujours est-il que, sans connaitre les aventures, j’ai passé beaucoup de temps à regarder ces plans. Je suis particulièrement impressionné par le nombre de paragraphes de fin, qui sont marqués par des têtes de mort.

22 avril

Choses lues :

  • Paul Sérant, Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être (1971) : un livre que j’avais acheté avant le premier confinement, à une vente de seconde main au profit de l’Escholle des pauvres. La forme m’a beaucoup plu : c’est quelque chose qui ne s’écrit plus guère, les textes de réponse de ce genre (il y en a sûrement d’autres, mais le seul exemple qui me vient à l’esprit est le machin autoédité par Matzneff voici quelques mois). C’est assez sain, je trouve, de prendre le temps de produire un argument construit : aujourd’hui, on s’échange des tweets ; la qualité des débats ne peut qu’y perdre… Du reste, j’approuve la plupart des propos de Sérant, qui restent d’actualité : sentiment d’une crise globale, caractère logique & compréhensible de la révolte des jeunes (on est juste après mai 68), critique de la technique aveugle & de la ville en tant qu’espace aliénant… Il n’y a guère que ses reproches envers Vatican II & des associations douteuses entre mixité sociale & alcoolisme ou troubles mentaux que je ne peux ratifier. J’ai été un peu surpris de lire par la suite qu’il est associé à la nouvelle droite. J’oublie souvent qu’en France, le régionalisme peut flirter avec les milieux identitaires (chez nous, le mouvement wallon est historiquement marqué fort à gauche) & que l’anarchisme n’a pas l’apanage de la technocritique. Du reste, ce n’est pas la première fois que mes gouts littéraires me causent une gêne—mon amour de Nimier, notamment, prend cette teinte contradictoire. Quant à Sérant, il m’a tout de même l’air d’une personnalité ambigüe et intéressante ; je serais curieux de lire d’autres choses de lui.
  • Marie-Thérèse Bodart, Les Meubles (1972) : désireux d’approfondir ma connaissance du fantastique féminin, je suis allé emprunter ce livre à la bibliothèque. J’ai globalement été impressionné ! On retrouve là plusieurs thèmes qui me parlent spécialement : une grande attention aux lieux, le thème de la maison devenue menaçante, celui des racines familiales, une certaine tendance à l’inventaire, des oiseaux démoniaques… Cela tient de Malpertuis & de la maison Usher. L’intrigue & l’architecture du récit provoquent un sentiment de fouillis : il dérive de l’écriture en fragments, des instances narratives floues (qui est ce je qui s’exprime à la fin du roman ?), mais aussi d’éléments inexpliqués : la lampe à l’extérieur, le champignon, la visite de l’ancienne propriétaire… Il en ressort un mystère assez savoureux, mais également une certaine impression de maladresse ou de fébrilité, courante dans les récits fantastiques longs (j’évoque plus haut Malpertuis : les instances narratives y font aussi un fouillis, or c’est un chef-d’œuvre). Ma première approche de cette autrice est donc très positive, & je lirais volontiers son second roman fantastique : L’Autre (1960).
  • Jean-Marie Andrieu, L’Incantation (1947) : un roman que j’ai acheté pour son titre uniquement, à la brocante de Bomel en 2017 ou 2018. Contrairement à ma première impression (ou, disons, contrairement à mes espoirs), il ne s’agit pas d’un récit fantastique mais d’une histoire de fascination amoureuse ; celle d’un personnage convaincu d’être un dieu & qui voit cette impression confirmée par l’influence mystérieuse qu’il exerce sur son entourage. Cette prémisse a attiré mon attention, mais je me suis désintéressé de l’intrigue après environ 150 pages : il me semble qu’il manque quelque chose pour être investi dans le destin de ces personnages. Une phrase que j’ai relevée, car elle m’a fait penser à des amis zadistes : « Car le désir de vivre dans une cabane implique toute une religion, avec ses dogmes, ses rites et ses prières. » (Page 133.) Que ce soit ce que j’ai souhaité retenir du roman en dit long sur ses carences…

Choses vues :

  • Plusieurs documentaires : Bob Denard, profession mercenaire, de Thomas Risch (2005), Antifa, chasseurs de skins, de Marc-Aurèle Vecchione (2008), The Black Panthers: Vanguard of the Revolution, de Stanley Nelson (2015) & Writers : 1983-2003, 20 ans de graffiti à Paris, de Marc-Aurèle Vecchione (2004).

Choses bues :

  • Je prends quelques semaines d’avance & passe par la case « maitrank » quasi à chaque apéritif—on sera vite en mai ! Le saviez-vous ? c’est la boisson préférée d’un personnage de mes livres-jeux : le docteur Van Coppernolle, qui apparait dans La Hussarde verte.
  • Mon supermarché de quartier a eu l’idée merveilleuse de mettre une de mes bières préférées en rayon : la Rouge Ardenne (brasserie Minne), une sour ale brassée aux confins de ma province, du côté de Baillonville. Elle n’a pas grand-chose à envier aux lambics bruxellois & aux oude bruinen flamandes. Du reste, il faut soutenir les brasseurs locaux, tant que l’horeca n’a pas rouvert…

& dans les oreilles :

  • Florence + the Machine ! Je me suis d’ailleurs fait la réflexion que, si demain ils venaient à annoncer un nouvel album, ce serait une belle manière de rattraper l’année pourrie qu’on vient de traverser. On peut rêver…
  • Deux découvertes : Strange Kind of Women, un tribute band féminin de Deep Purple, & Zella Day (notamment son album Kicker, qui me plait beaucoup).
  • Des nouveautés d’artistes que j’apprécie depuis longtemps : cette version live d’« How to Get out Of Love » (Alice Phoebe Lou) & le single « If It Happens » de We Were Promised Jetpacks, sorti aujourd’hui.

23 avril

Depuis quelques semaines, j’écris des analyses pour le site internet de l’association Couples & Familles. Cinq ont paru à ce jour :

Journal #7

[Entrées plus anciennes : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6]

28 février

Les Premiers Poèmes de Maxime Rigaux ont fait l’objet d’une nouvelle recension enthousiaste. Elle est signée Patrick Devaux et a été mise en ligne sur le site de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie.

Je me sens un peu bête de m’être découragé dans mes efforts de promotion, il y a un an, alors que la tentative d’il y a quelque semaine est autrement plus fructueuse. Certes, mieux vaut tard que jamais, mais cela montre à quel point j’étais finalement impréparé à cette tâche. Certaines choses marchent, d’autre non : il s’agit de savoir lesquelles.

Mon principal regret est que Maxime doive assumer ce rôle de cobaye.

1er mars

Je remarque la multiplication des auteurs indépendants qui lancent une activité d’éditeur freelance. Cela me rappelle la vague d’il y a deux ans, qui avait vu l’apparition de nombreux coachs d’écriture, & je me demande s’il ne s’agit pas dans une certaine mesure des mêmes personnes qui se réinventent.

Après tout, pourquoi pas. Cette nouveauté n’en est une que dans le domaine francophone : dans le monde anglo-saxon, la distinction entre publishers (nos éditeurs au sens traditionnel du terme) & editors (dont les attributions correspondent davantage à cette nouvelle réalité des éditeurs freelance) n’est pas récente—& elle a des raisons d’être.

Comme toujours, mes réflexions me ramènent à moi-même. Je me rends compte que j’ai certes toujours des velléités de publisher, mais guère de velléités d’editor. Quitte à choisir, je voudrais prendre des textes tels qu’ils sont, voire rééditer des textes qu’il n’est plus question de changer. C’est que le travail de correction & de direction éditoriale ne m’intéresse pas vraiment. C’est pourquoi, quand j’écris, je réalise un maximum de préparations en amont, de manière à ne devoir effectuer que peu de finitions.

Mon élection du livre-jeu s’explique aussi par le fait qu’il n’y a aucun choix de suppression à effectuer : si une séquence manque de dynamisme, je cherche une meilleure façon d’amener le joueur à l’objectif, mais je laisse généralement en place la section moins intéressante ; elle constituera un choix supplémentaire & offrira de la rejouabilité. Bien sûr, cela n’est vrai que pour les partisans du « gros jeu touffu » ; des auteurs davantage versés en dramaturgie élagueront systématiquement les branches moins robustes.

D’aucuns diront qu’il faut viser le meilleur des deux mondes & que je ferais bien d’engager un éditeur freelance pour qu’il fasse ces choix à ma place. Si l’enjeu était plus grand, je suivrais peut-être ce conseil. Mais j’écris aujourd’hui pour moi-même et pour une poignée de lecteurs qui me ressemblent beaucoup, alors ma priorité est de nous faire plaisir en produisant de la matière, pour ainsi étendre l’univers. Car, après tout, j’écris de la fanta(i)sie…

(J’entends bien que le serpent se mord la queue : je n’écris pas pour l’exigeant grand public, donc ne me sens pas contraint de composer avec ses règles ; cependant, je ne me laisse pas non plus la possibilité de séduire ce grand public & me condamne à toujours écrire pour quelques fidèles débordant d’indulgence. Tant pis !)

3 mars

Je suis passé de la chicorée soluble à la chicorée en gros grains. C’est une nouvelle importante, dont les implications littéraires vont de soi ! (Tant d’autrices & d’auteurs parlent de leur rapport au café ou au thé, se scindant de la sorte en deux clans… je ne voulais pas être en reste.)

4 mars

Le 20 février dernier, je participais à une table ronde dédiée au livre-jeu, sur le discord de Céline Badaroux. L’enregistrement de cette discussion vient d’être mis en ligne : vous pouvez l’écouter ici.

9 mars

La sortie de Pour l’honneur de Patte-de-Bouc (mon cinquième livre-jeu) est imminente. Un détail notable est que, moi qui n’aime pas les corrections, je n’ai pas trouvé la finalisation de cet épisode-ci trop pénible. J’y ai passé nettement moins de temps que pour les épisodes passés, or je ne crois pas que mon premier jet ait été plus abouti. La différence se situe, je crois, dans ma relation avec la correctrice & dans mon rapport à des normes.

Alors que je me souviens avoir passé auparavant beaucoup de temps à soupeser des suggestions minimes, notamment de ponctuation, j’ai cette fois validé bien plus facilement toutes sortes de modifications. Cela vient du fait que j’ai désormais un grand rapport de confiance envers mon interlocutrice, & peut-être aussi du fait que j’aborde certaines règles avec plus d’humilité, sans plus chercher à les contourner.

Cela ne veut pas dire que j’applique toutes les recommandations (je tiens pas exemple à l’antonomase : j’écris vélux & non Velux, rubalises & non Rubalise) mais, au moins, je ne rechigne plus à la simplification lorsqu’on me la propose. Je me réjouis vraiment de cette évolution—le seul inconvénient est que cela m’a paru trop rapide, & me voilà en prise à la crainte irrationnelle d’avoir oublié quelque chose d’important.

12 mars

Pour l’honneur de Patte-de-Bouc a paru, & je viens de réaliser mon habituelle schématisation de sa structure (elle est visible ici). D’emblée, on remarque que le nombre de paragraphes à choix (et donc l’interactivité) est moindre que dans l’épisode précédent. Il est vrai que la structure générale est plus linéaire : il n’y a guère de séquences parallèles, dans celui-ci.

Je m’en suis d’abord attristé, puis j’ai réalisé que ce contraste provient également de l’usage que j’ai fait du copier/coller dans ces deux livres. Dans La Nuit du seum, la principale section dédoublée est l’exploration des bars à la recherche de Gérard, qui offre de nombreux choix multiples. Dans Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, en revanche, le paragraphe le plus souvent reproduit est la conséquence d’un choix, à laquelle j’ai voulu apporter de nombreuses variations minimes en fonction du contexte (des variations si minimes qu’en cas de réédition papier, je modifierais sans doute pour renvoyer vers un unique paragraphe standard & ainsi économiser des pages). Toutes ces conséquences renvoient in fine au même point, où l’aventure redémarre.

Dès lors, les nombreux paragraphes dépourvus d’embranchement qui apparaissent sur mon schéma ne sont pas (seulement) des sections peu interactives que le joueur devra subir les unes après les autres, mais des sections parallèles dont il ne lira jamais qu’une version par partie. Ouf ! C’est rassurant, même si, tôt ou tard, il me faudrait mener une réflexion sur ces segments purement narratifs, dont d’aucuns disent qu’il sont à éviter à tout prix.

13 mars

J’ai mis à jour mon graphique des jurons & grossièretés dans mes livres-jeux. C’est amusant, & on peut certes comprendre par le vocabulaire que tous les personnages sont ivres morts dans La Nuit du seum. Cependant, je me rends compte aussi de la futilité de la chose, du point de vue de l’analyse.

En quoi peut-on en effet établir une équivalence entre ces grossièretés (entre un merde ! & une forme conjuguée du verbe foutre, par exemple) ? Dès lors, les additionner en colonnes est trompeur.

& du reste, les différentes occurrences d’un même juron dans un même épisode sont souvent causées par la répétition du même chapitre en deux endroits, avec des variations minimes. Car une des caractéristiques du livre-jeu est d’user de copier/coller. Or chaque joueur traçant un cheminement unique, il ne devrait pas tomber, au cours de la même partie, sur deux chapitres jumeaux. Le vilain mot ne glissera donc qu’une fois sous ses yeux.

20 mars

Premier refus d’éditeur pour mon recueil de poésie Un quelque chose du monde vrai. Je n’en conçois pas de blessure, étant de long temps accoutumé à ce genre de courrier. En revanche, j’hésite franchement sur la prochaine étape, à l’heure où je devrais renvoyer une nouvelle salve de manuscrits…

La crise sanitaire a bien paralysé le secteur. Je ne compte plus les maisons que j’apprécie dont les soumissions sont actuellement fermées ou dont l’agenda de publications est rempli pour deux ans. Dès lors, je me demande : dois-je viser le meilleur réseau de diffusion possible, en incluant des maisons françaises dans mes démarches & en me préparant à ce qu’elles durent une ou deux années, ou dois-je viser une publication locale & rapide, en concentrant mes démarches sur des maisons modestes &/ou associatives ?

C’est qu’aux yeux du poète, les vers d’inspiration personnelle vieillissent bien vite : je ne me trouve déjà plus dans l’état d’esprit qui a vu naitre ces textes. Je crains, si deux ans s’écoulent avant leur parution, d’avoir alors perdu jusqu’à l’envie de les voir publiés—& donc toute capacité à les promouvoir. Or aujourd’hui, il m’importe quand même beaucoup que ce petit livre voie le jour.

J’ai fait l’expérience récente du phénomène : je crois que Pour l’honneur de Patte-de-Bouc se vend encore moins bien que les épisodes précédents. Or je suis néanmoins heureux qu’il ait paru, même discrètement. Les livres finis pèsent lourd dans notre tête ; sitôt en librairie, leur charge se volatilise.

28 mars

J’ai désactivé mes comptes Twitter & Instagram. J’étais sur Twitter depuis aout 2011 ! Je ne me sens pas capable de tenir jusqu’au cap des 10 ans—& à quoi bon ? Tout le monde le sait, les agressions gratuites sont monnaie courante sur ce réseau ; c’est quelque chose dont j’ai souvent été témoin, mais ce n’est pas la raison de mon départ. Je ne fais pas dans la polémique, si bien que je n’ai personnellement jamais eu à me plaindre d’attaques. Quelques échanges tendus, tout au plus ; des broutilles.

La raison de mon départ provient de mes difficultés à nouer des relations en ligne. C’est le cas sur les réseaux de ce type, mais cela l’était déjà avant sur les forums. Je suis quelqu’un de réservé : je retweete beaucoup, évoque régulièrement mon actualité « publique » (entendons celle d’écrivain—aussi modeste soit-elle—& jadis mon travail en tant que scénariste & éditeur) mais ne dis pas grand-chose de ma vie privée. Les quelques liens que j’ai noués via ce réseau sont donc depuis longtemps distendus, & l’utilisation récente que j’ai pu en faire n’a abouti qu’à un très grand sentiment de solitude (malgré quelque 1 500 abonnés), sentiment dont je souhaite me prémunir.

Pourtant, Twitter a été important pour moi—ce n’est pas pour rien que j’y suis resté si longtemps et sans discontinuité, alors que je me suis déconnecté deux ans de Facebook durant mes études. C’était une source privilégiée d’informations : sur les actualités archéologique & écologique, sur celle des mouvements sociaux… (Je ne compte plus les littératures indépendantes & de l’imaginaire dans cette liste, car ces milieux sont devenus de plus en plus stériles au fil des années.) Il va me falloir compenser, d’autant que je ne compte pas lire davantage les grands médias, dont je trouve les pages d’accueil de plus en plus anxiogènes. Je crois que je vais plutôt me constituer une bonne liste de flux RSS réunissant des blogs, quelques médias spécialisés & des sites d’associations.

Une autre raison qui m’a longtemps empêché de couper ce cordon, c’est que j’ai un certain rapport affectif à Twitter. J’y ai vécu en direct nombre d’évènements importants &, si je me pose la question « où étais-je quand… », je visualise aussitôt les pseudos, les avatars de l’une ou l’un qui vivait un peu avec moi ces instants tragiques (je pense à la fusillade de la place Saint-Lambert, à l’attentat contre Charlie Hebdo, au Bataclan, aux attentats de Bruxelles, autant d’évènements dont j’ai trouvé des échos dans mon fil avant même que les médias ne lancent leurs directs). Seulement voilà, les circonstances faisant leur part, cela ne me fera pas de mal d’être un peu moins connecté. D’autant que je suivais un bon nombre de personnes très engagées : si j’accorde beaucoup de valeur à leurs opinions, qui m’ont nourri, je sature complètement de lire des expressions de colère, même les plus légitimes.

Enfin, je me rends compte que je me forçais surtout à maintenir une présence sur ces réseaux pour assurer la promotion de mes livres—& ce, sans avoir le moindre talent pour cette tâche. Les très mauvaises ventes de Pour l’honneur de Patte-de-Bouc me confortent dans l’idée que ce ne fait aucune différence : le champ littéraire est tellement saturé, la réclame si omniprésente, que tout cela est devenu inefficace. Prenant conscience de ce fait, je souhaite faire ma part de l’entreprise immense de dépollution qu’il convient de mener, & je quitte donc ces criées éreintantes.

29 mars

Choses lues :

  • Alfred Neumann, Le Diable (1926) : un livre acheté en brocante, sans trop savoir de quoi il retournait au juste. Il s’agit en fait d’un roman historique centré sur la figure d’Olivier Necker, un conseiller du roi Louis XI. Je mentirais en disant que ce fut une lecture aisée : elle fut plutôt longue, & j’ai trouvé certains passages fort compliqués (compliqués jusqu’à en devenir carrément obscur, mais la traduction depuis l’allemand ne doit pas aider). S’il comporte bien une dimension démoniaque, on est loin du type de récit dont je suis friand et que j’anticipais en me procurant cet ouvrage. Les thématiques abordées sont plutôt de l’ordre de la gouvernance, avec de longues réflexions sur l’amitié ou l’inimitié qu’un souverain devrait chercher à susciter. Le thème du double est également largement exploité, mais cela n’en fait pas pour autant un récit fantastique. Néanmoins, il s’agit apparemment d’un classique de la littérature allemande de l’époque ; je suis donc fort aise de l’avoir lu.
  • Anne Richter, Le Fantastique féminin. Un art sauvage (1984). La thèse principale de ce livre est synthétisée par la phrase suivante : « Les femmes semblent se mouvoir au sein du réalisme magique de façon plus spontanée et plus concrète que les hommes ; elles n’y réfléchissent pas, elles le réfléchissent, comme s’il s’agissait de leur élément naturel et pour ainsi dire quotidien. » (page 109) Sur ce propos général, je ne saurais guère émettre de jugement : je connais moi-même mal le fantastique féminin, raison pour laquelle j’ai voulu lire cet essai. Du reste, je me reconnais impressionné par l’érudition de Richter, qui cite quantité d’autrices contemporaines dont je n’avais jamais même entendu parler. Je suis néanmoins un peu gêné par l’impression que ce livre a été calibré pour faire l’éloge de Monique Watteau. Les pages qui lui sont consacrées sont quasi flagorneuses (page 80, en l’espace de six lignes, je lis : chaleur, douceur, grâces infinies ; l’extraordinaire vision de la vie qui est la sienne ; sa rêverie âpre et somptueuse… multipliés sur tout un chapitre, cela fait réellement beaucoup d’adjectifs). Je n’ai moi-même jamais rien lu de Watteau & ne saurais donc affirmer que ces louanges sont exagérées. En revanche, connaissant bien l’histoire de la littérature belge, je crois pouvoir dire qu’elle n’accorde pas aujourd’hui (à tort ou à raison) à cette autrice la place que cet ouvrage lui revendique. Dès lors, je n’ai pu m’empêcher de sourire en lisant, au sujet de George Sand, qu’elle aurait pu être « la Monique Watteau du XIXe siècle français » (page 55). D’aucuns trouveraient qu’on mélange là torchons & serviettes… Si j’ai un reproche à formuler envers ce livre, ce serait donc qu’il a manqué de chance dans ses prédictions & semble dès lors vieilli. Car, outre l’appréciation de Watteau, des propos antiféministes dans l’introduction (« Si leur volonté était légitime, leur démarche fut aberrante », pages 14-15) se sont aussi vu donner tort par l’histoire générale des idées.

Chose bue :

  • Batsquatch : une bière américaine (de la brasserie Rogue, en Oregon)—& une bonne surprise ! (Vu mes marottes, une bière dédiée à un cryptide partait d’emblée avec un avantage…) Elle est marketée comme une juicy, cloudy IPA, & c’est exactement cela. Une robe trouble (c’est une bière de blé et d’avoine), peu de mousse, ni guère d’effervescence ; en cela, elle évoque presque le jus de pomme non-filtré. Au nez : de l’amertume & des notes d’agrumes. Au palais : beaucoup de fraicheur, le houblon citronné prenant nettement le dessus. Le packaging de la cannette est un peu tapageur, mais tout à fait dans l’esprit craft beer. Ce n’est pas mon gout habituel, mais je l’ai appréciée.

& dans les oreilles :

  • Surtout de vieux favoris, que j’ai toujours grand plaisir à écouter : R.E.M., First Aid Kit, Djinn SaOUT
  • Une très belle découverte, réécoutée tous les jours ou presque : The Water, un duo de Johnny Flynn & Laura Marling.