Journal #12

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20 octobre

Ce dimanche, c’était le grand raploû (réunion solennelle annuelle) des Rèlîs Namurwès. En cette occasion, j’ai prêté serment &, de membre adhérent, suis devenu membre effectif de cette société royale qui réunit les littérateurs wallophones de la région namuroise.

Le rituel a quelque chose de cocasse : d’abord, le président jette un sachet de terre mêlée d’un peu de gravier (ainsi que de quelques grelots, pour le bruit) dans un tamis, en disant : « Ci qui passe, c’èst l’ fine fleûr, ci qui d’meûre, c’èst lès scrabîyes ! » (Ce qui passe, c’est la fine fleur, ce qui reste, ce sont les escarbilles.) Il s’agit d’une référence à la devise des Rèlis : « Wêre maîs bon ! » (Peu mais de qualité.)

Le serment en lui-même consiste en ces mots : « Dji djure d’èplèyî tote mi vîye à r’lèver l’ Walonîye ! » (Je jure de consacrer toute ma vie à relever la Wallonie.) Il se prête la main sur une peau de taupe, bien que nul ne sache plus guère ce que cela signifie.

Je suis très fier de mon admission dans cette société, qui marque une étape importante du parcours que j’ai débuté voici cinq ans, lorsque j’ai poussé pour la première fois la porte de l’école de wallon. Je reste bien maladroit dans ma maitrise de cette langue, mais des rencontres & des partages comme ceux vécus dimanche me poussent à persévérer. De toute manière, je ne pourrais plus faire marche arrière : j’ai juré.

1er novembre

Choses lues :

  • David Eddings, La Trilogie des joyaux (1989-1991) : une des séries phares de mon adolescence, que j’avais déjà lue deux ou trois fois, mais la dernière devait remonter à quasi dix ans. D’une part, j’ai été rassuré de retrouver des sensations de lecteur que j’avais pu croire définitivement perdues : aujourd’hui, je peine généralement à m’absorber des heures durant dans un livre, comme quand j’étais jeune ado, mais le vieux charme a opéré & j’ai tourné ces quelque 1 100 pages en l’espace de deux semaines. D’autre part, j’ai dû corriger l’impression que m’avaient laissé ces romans d’être bien écrits (ou bien traduits) : cette fois, impossible de passer à côté des innombrables répétitions &, avec le recul, je reconnais que les dialogues pleins de répartie—qui, à treize ans, me paraissaient si spirituels—se révèlent souvent balourds. Surtout, j’ai jeté un regard neuf sur la moralité de ces protagonistes souvent portés au meurtre. Certes, il n’était jamais dans le projet d’Eddings d’illustrer une quelconque lutte des classes mais, du fait que certains « gens du commun » sont admis dans la coterie des héros aristocrates, mon moi plus jeune avait prêté peu d’attention au nombre de personnages mineurs qui se font brutaliser ou tuer quasi gratuitement, juste parce qu’ils veulent remplir leur fonction de garde ou ne sont pas assez diligents pour fournir un renseignement. Guère étonnant que, jouant à Donjons & Dragons, j’étais moi-même si prompt à trucider les PNJ, avec de pareils exemples… Ce qui a assurément le plus mal vieilli, c’est la violence sexuelle. Toute la relation d’Émouchet & Ehlana, au fond, est malsaine au possible & confine au grooming. Puis, il y a le personnage de Kring, le chef sympa des cavaliers nomades, qui ne manque pas de se plaindre que, ayant rejoint la campagne des héros, il n’est plus libre de violer à sa guise. Sans parler de phrases anodines telle celle-ci, tirée du prologue de La Rose de saphir : « Il s’adonnait à des plaisanteries cruelles, à des petits larcins et, dès que la chose était sans danger, à une forme de séduction des jeunes bergères qui n’était louable que par son caractère direct. » Rien ne va, là-dedans. Comme quoi, il faut parfois faire tomber certaines idoles de jeunesse du piédestal où on les avait juchées…
  • Hellebore, n° 1 : « The Sacrifice Issue » (2019). J’étais impatient de découvrir ce magazine, dont le projet m’enthousiasmait beaucoup. Premier constat : la qualité graphique est excellente. Il est rare que des publications consacrées au folklore aient une identité visuelle aussi léchée. Ici, nous avons une publication entièrement en couleur & richement illustrée ; c’est à souligner. Second constat : j’avais surestimé le degré de spécialisation déployé par les articles. Soyons clairs : les études sont rigoureuses dans la manière dont elles cadrent leur sujet & citent leurs sources, mais elles sont plus généralistes que je l’avais cru initialement. L’une retrace l’histoire des théories interprétant les mégalithes comme des pierres de sacrifice, une autre traite de l’utilisation de composants animaux en magie ou en médecine populaire, une autre encore explore l’hypothèse que les hommes des tourbières soient des victimes de sacrifices… Même si la qualité est au rendez-vous, j’aurais préféré des articles plus situés, traitant d’une seule légende locale qui serait décrite & analysée en profondeur. Citons tout de même un texte qui m’a vivement plu (malheureusement le plus court du numéro) : « Re-enchantment is Resistance », de David Southwell, qui évoque l’importance d’adopter une posture antifasciste dans tout travail lié au folklore & à l’exploration d’une culture locale—une thèse à laquelle je souscris sans réserve. Je ne connais guère cet auteur, mais quelque chose dans sa notice biographique a particulièrement capté mon attention. Il s’agit d’un conseil que lui aurait donné l’écrivain J. G. Ballard & qu’il aurait fait sien : « Concentrate on place, nothing without a sense of it is ever any good. » Cette phrase trouve un écho favorable chez moi qui ai l’intuition, depuis que j’ai rencontré ce concept chez les écologistes profonds, que le « sens du lieu » importe en littérature (c’est ce que j’ai voulu démontrer dans mes commentaires de l’œuvre de Gevers). Enfin, je trouve que ce format d’une septantaine de pages organisées en suite d’articles thématiques se prête bien à la lecture en anglais, que je pratique finalement peu. Je me suis également procuré les deux numéros suivants, que je compte lire dans les semaines à venir.
  • Joris-Karl Huysmans, Gilles de Rais, la Magie en Poitou. Suivi de deux documents inédits (1899) : un achat compulsif dans ma bouquinerie préférée, où je cherchais tout autre chose. Il s’agit encore d’une plaquette des éditions Mille et une nuits, comme j’en ai lues beaucoup cette année. Cette fois-ci, c’était une déception, car ce texte s’est révélé un simple assemblage de passages du roman Là-bas, que j’avais déjà lu. Quant aux deux documents inédits, je les ai trouvés sans intérêt.

Chose vue :

  • Les Disparus de Saint-Agil, de Christian-Jaque (1938) : un film qui m’avait été recommandé pour son ambiance touchant au fantastique. Je l’ai apprécié & me réjouis de l’avoir découvert. J’ai particulièrement admiré la façon habile avec laquelle les personnages des professeurs sont introduits. Hormis celui joué par Erich von Stroheim—qui se démarque par son cache-nez, son chapeau, son accent—, ce sont des hommes d’à peu près le même âge & que peu de choses distinguent. Cependant, en l’espace de quelques plans, le spectateur est à même de les situer : il y a celui qui est insomniaque, celui qui boit, celui qui a peur de la guerre… Moi qui, dans mes fictions, me repose beaucoup sur des attributs physiques & crois utile de mettre en scène des borgnes ou des unijambistes, j’ai sans doute à apprendre de tels exemples.

& dans les oreilles :

  • J’ai beaucoup écouté Haim. Je me demande parfois qui d’elles ou de First Aid Kit se révélera avoir le plus gros impact sur la scène rock des décennies à venir. Puis, je m’en veux un peu de les comparer simplement parce que ce sont des groupes de sœurs (quoique ce n’est pas l’unique raison : il y a aussi les harmonies). En définitive, je ne crois pas qu’il soit utile de les départager. Haim, en tout cas, ne cesse de m’impressionner. Dans le dernier album, « Hallelujah » & « Gasoline » sont de véritables morceaux de bravoure.
  • Du punk ! D’une part, deux découvertes : Sleaford Mods & Amyl and the Sniffers. D’autre part, j’ai été avisé qu’un groupe fétiche de mes dix-sept ans avait téléversé son album sur YouTube. Il s’agit de State of Nature ; j’allais dans de petits festivals voir ce groupe qui, de mémoire, se revendiquait emo-hippie-core, ce qui ne voulait pas dire grand-chose. Je l’ai réécouté par nostalgie ; sa chanson « Je ne ressens plus rien » est celle qui a le mieux vieilli.
  • Puisque je recommence à parler de langue wallonne par ici, & puisqu’il vient d’être question de punk, je me dois de vous partager ma chanson préférée des Slugs (&, osons le dire, un petit chef-d’œuvre) : « Gilbert »

4 décembre

Choses lues :

  • Jean-Paul Raemdonck, Han (1972) : deuxième « prix Jean-Ray » (après celui de Bours) & premier Raemdonck que je lis. La partie introductive & son univers marin (claire influence de Ray, voire hommage presque trop appuyé) ne m’a parlé qu’à moitié. En revanche, j’ai beaucoup aimé le chapitre 10 (« Opéra ») avec son assemblée de noctambules—techniciens & veilleurs de nuit, voleurs de cadavres quand l’exigent les circonstances. Le personnage d’Eliézer, qui présente le narrateur à cette compagnie, m’a également plu. À vrai dire, c’est avant tout l’univers urbain de la deuxième moitié du roman qui correspond à mes gouts. Celle qui le conclut m’a paru plus faible, & je comprends le reproche d’obscurité qu’une partie de la critique a pu formuler. L’on reste en effet sur sa faim, même si je conçois bien que—dans la plus pure tradition de l’étrange—ce texte n’a pas vocation à être absolument intelligible. (Je tiens quand même à le souligner : pour un premier roman, c’est une franche réussite. Moi qui ai déjà amassé les entrées en littérature en demi-teinte, j’aurais tort de me faire mauvais critique.)
  • Maïk Vegor, Maïk et le Chateau sanglant (1974) : un roman « gore » malheureusement lu dans sa réédition parue chez SEF, qui est dépourvue des illustrations originales. J’étais intéressé par le pitch : une histoire de réanimation de cadavre dans un château écossais, avec un verni érotique. À ce premier intérêt s’ajoutait que l’auteur caché derrière ce pseudonyme serait Jacques Coutela, un occultiste un peu mystérieux, notamment de par les circonstances floues de son décès, qui pourraient indiquer aussi bien un meurtre-suicide qu’un suicide collectif l’impliquant lui, sa compagne & une autre membre de leur coven—leurs corps furent, parait-il, retrouvés parmi 21 chats. En définitive, ce roman m’a un peu déçu. Le gore n’est pas si franc (ce n’est pas pour me déplaire : je n’aime pas tellement cela), l’érotisme est voilé &—surtout—point n’est question de nécromancie ou de magie, mais d’une science médicale qui nous mène vers les berges de la science-fiction. J’aurais préféré que cette Maïk soit une magicienne, ainsi que je m’y attendais (& je me suis fait la réflexion que, en matière de mage noir alliant sadisme & plaisir sexuel, il y a des ébauches plus réussies chez les méchants de Mercedes Lackey, que j’ai découverts à l’adolescence). Toutefois, je ne tire pas déjà un trait sur l’œuvre romanesque supposée de Coutela : j’entends notamment me procurer le Mary Gold initiée à la magie qu’il aurait publié sous le pseudonyme de Marilyn Valojie.
  • Hellebore, n° 2 : « The Wild Gods Issue » (2020) : j’ai trouvé ce deuxième numéro moins généraliste & marginalement superficiel que ne l’était le premier, soit que j’avais revu mes attentes, soit que ses éditeurs ont bel & bien corrigé le tir—ou un mélange des deux ? La forme est toujours très belle, & le fond m’a paru plus riche. L’interview d’Alan Moore est évidemment un point d’orgue. J’ai aussi été vivement intéressé par la description de l’Order of Woodcraft Chivalry (que je ne connaissais pas) dans l’article intitulé « The Great Pan in Albion ». Je me passionne assez pour l’histoire & la philosophie de certains mouvements de jeunesse « naturiens » de la première moitié du XXe siècle. C’est un sujet trop peu connu, auquel j’ai consacré quelques recherches internet après l’avoir d’abord rencontré au détour d’un article de Bernard Charbonneau (« Le Sentiment de la nature, force révolutionnaire ») que j’ai lu l’an passé—ce numéro de Hellebore m’y a fait songer.

& dans les oreilles :

  • Des découvertes : Worries And Other Plants, un groupe indie abordé complètement par hasard, & Jeanne Cherhal, que je ne connaissais que pour son beau duo avec Lavilliers.
  • Des nouveautés : Inspirations de Woodentale, l’album de reprises folk qu’a récemment sorti une connaissance, & Amis venez à moi, le premier EP de Solstice (une agréable surprise, car je n’avais pas tellement aimé ses précédents singles).
  • Des valeurs sûres ; toujours les mêmes titres calmes que j’écoute pour travailler : Agnes Obel, Loreena McKennitt, Clannad, John Grant (l’album Queen of Denmark) & Taylor Swift (Folklore & Evermore).

8 décembre

Le weekend passé, j’ai écrit une nouvelle. Ce n’est pas grand-chose (à peine plus de 3 000 mots), mais cela reste le plus long écrit de fiction que je suis parvenu à produire depuis que j’ai achevé Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, voici environ un an. Cet été, j’ai pourtant accumulé les notes en vue de suites. J’ai suffisamment de synopsis pour poursuivre la série un long moment, & néanmoins elle est au point mort.

Sans même aborder les questions éditoriales, ni tout ce qui se rapporte au « marché » de la littérature interactive, je vois deux raisons à cet arrêt.

La première est que, de plus en plus, je m’interroge sur certains choix posés dans les épisodes antérieurs. En particulier, je n’ai plus tellement envie de persister avec cet univers hyper masculin. Longtemps, pourtant, je disais : « Je ne sais pas écrire de bons personnages féminins, alors tant pis : mieux vaut aucun que des stéréotypes. » Je ne sais pas ce qui a changé mais, dans cette nouvelle, j’ai décrit une paire d’héroïnes, & cela a été tout seul. C’est absolument idiot à dire (même honteux), mais j’ai soudain découvert qu’il était possible de mettre en scène une femme sans préciser si elle est belle. Je n’ai pas dit un mot de leur physique—tout au plus qu’une porte des tatouages—mais, néanmoins, ce me semble des personnages entiers, avec une personnalité, des motivations, des attitudes. Rien que de très logique, en somme.

Pourtant, au long de ma série Mauvais Sorts, j’étais bien incapable de mettre en scène une femme sans sombrer dans le male gaze : les personnages de la Femme-Serpent (À la cour du roi des rats) & de la Hussarde verte sont simplement immondes, à cet égard, & je n’ai que très maladroitement corrigé le tir en introduisant ensuite Pippi, puis l’envoyée de la Sainte-Vehme. Quelle différence, hormis qu’elles sont plus âgées ? L’on reste dans la description trop minutieuse pour n’être pas suspecte.

Or, ce n’est pas la seule autocritique que je dois formuler. Quid des stéréotypes racistes dans les portraits du Malais, de Janin (caricature involontaire, car j’avais basé ce personnage sur le Maitre Gonin de La Main enchantée, mais caricature quand même), des personnages de voyageurs qui apparaissent dans À la cour du roi des rats & La Nuit du seum ? Quid du personnage d’Odon (que j’ai certes eu le bon sens de lâcher dès le tome 4) ? Peut-on considérer que la précarité & la maladie mentale sont de bons ressorts narratifs ? Quid de Gérard le Hagard : psychophobie, encore ? Quid de Patte-de-Bouc : validisme ? Sans oublier ces personnages d’alcooliques (Gérard, toujours), de gros fumeurs (Patte-de-Bouc)… Je ne crois pas que j’aie eu systématiquement tort de les créer, mais c’est à tout le moins du travail de fainéant. Sans mauvais jeu de mot, ce sont des béquilles ; il devrait être possible d’écrire de bons personnages sans trainer pareils chapelets de préjugés ou de lieux communs de roman noir.

Bien sûr, mon analyse est le reflet d’un contexte. Je n’aurais pas interrogé ces représentations de la même manière si, globalement, autour de moi, la culture n’était en train de changer & de se faire plus attentive à ces questions. D’aucuns jugeront que je réagis bien servilement ou que je m’offre peut-être en holocauste face à une ingérence de l’idéologie dans l’art. Que sais-je encore… En toute franchise, je ne crois pas que mes réflexions soient le fait d’une quelconque intimidation ou d’une pression sociale. Je n’ai pas l’impression de subir ce contexte. Simplement, j’ai toujours eu à cœur, dans mes écrits, de ne pas être un réactionnaire. Cela fait pour moi d’autant plus sens que je suis jeune : je ne voudrais pas que mes textes périment trop vite. C’est par exemple pour cela que j’écris selon l’orthographe rectifiée de 1990 ; il serait absurde que j’use de conventions antérieures à ma naissance & vouées à être de plus en plus vieilles. J’appréhende cette situation-ci de la même manière : je ne fuis pas devant une quelconque offensive—il n’est pas question d’avoir peur du changement—, j’observe simplement que la littérature présente des enjeux mouvants. Ce n’est pas faire de l’idéologie que de se remettre en question ; au contraire, le dogmatisme consisterait à prétendre ne rien changer. (Car notre époque n’est pas différente de toutes les époques antérieures, & toutes ont débouché sur du neuf. L’histoire dénie toute fixité, alors ne restons pas fixes. C’est une leçon que nous enseigne l’histoire littéraire.)

Bref, il n’est pas question ici de canceler quoi que ce soit. Simplement de réfléchir à de meilleures façons d’écrire, en phase avec notre temps & avec notre lectorat qui se transforme aussi chaque jour, de façon bien naturelle.

La seconde raison pour laquelle mes projets de livres-jeux sont à l’arrêt, c’est que je ne suis pas sûr d’avoir encore besoin de leurs mécaniques. En effet, j’ai commencé à en écrire car j’avais besoin que quelque chose force de l’action dans mes textes. Mais cette nécessité persiste-t-elle ?

J’ai repensé ces jours-ci à deux nouvelles que j’ai écrites à l’automne 2013 & qui sont emblématiques des difficultés rencontrées alors. Dans « Les Ficelles du métier » (parue dans Corbeau, hors-série n° 1), une sorcière rentre chez elle après sa journée de chasse au monstre & se déshabille pour prendre un bain. Manquant de place pour enfiler tous ses cristaux magiques sur un collier, elle les porte grâce à un shibari ; je consacre trois pages à décrire en détails cet astucieux équipement &, hormis que la baignoire se remplit, il ne se passe rien. Il n’y a de dénouement qu’au sens propre, pas au sens figuré. Dans « Bas les armes ! » (inédit—& heureusement), une loge (vous savez bien laquelle) organise une opération de rachat d’armes magiques, comme il en existe aux États-Unis pour limiter un peu le nombre d’armes à feu en circulation. Pendant quatre pages, un personnage d’expert passe donc en revue les artéfacts récoltés. Mais, à nouveau, il ne se passe rien.

Ce genre de texte a été formateur, car c’est ainsi que j’ai développé le lore sur lequel je m’appuie dans mes écrits des dernières années. C’étaient de bons brouillons mais, en guise de fictions, ils ne valent rien, tant ils s’empêtrent dans l’inventaire. C’est via le passage par le livre-jeu que j’ai commencé à raisonner en termes d’intrigue. Or, à présent, je me crois en mesure de dépasser ce stade : ma récente nouvelle suit une progression, elle présente des enjeux, etc. Le dénouement peut encore être travaillé mais, au moins, il existe. Ce n’est pas comme autrefois, quand je finissais quantité de textes par la pirouette « il/elle poussa un grand soupir ; demain était un autre jour & offrirait une nouvelle opportunité pour qu’il/elle fasse ses preuves » ! (Je n’exagère même pas : les deux dernières phrases des « Ficelles du métier » sont : « Ne dit-on pas “après l’effort, le réconfort” ? Quant au basilicoq, il ne perd rien pour attendre ! ») À cette époque, dans mes nouvelles, l’action était toujours dans le hors-texte, comme en coulisses. Rien de plus barbant & frustrant.

Dès lors, pour ces deux raisons, je ne sais pas si paraitra un jour un tome 6 des Mauvais Sorts. Peut-être vais-je plutôt continuer à piller les idées que je gardais sous le coude pour de prochaines aventures du « bizut » & écrire sur ces bases des nouvelles ou de courts romans moins ambitieux…

9 décembre

Je pense qu’il me faudrait ajouter un paragraphe à mes Directives pour un nouveau manifeste fantastique :

§6bis : La littérature impacte la vie. Comme la fantastiqueuse doit veiller à l’imaginaire politique de ses lectrices, il lui faut se garder de susciter ou d’entretenir le confusionnisme scientifique. Au long de leur histoire, les traditions magiques croisent le domaine paramédical. Or, le fantastique tel que je le conçois est ludique & doit divertir, mais ne peut fourvoyer. Explorer un fonds imaginaire pour l’invitation au rêve qu’il constitue est une chose ; entretenir des confusions propices à la pseudo-médecine & à l’esprit sectaire en est une autre ! L’autrice revêt une responsabilité à cet égard : la mise en scène de soins magiques est pertinente dans certains contextes, pas dans d’autres. Ce qui relève du trivial ou de l’extraordinaire s’y prête, mais tous les accidents intermédiaires appellent autrement à la prudence. On peut soulager le hoquet via élixir, la perte de connaissance induite par une possession se résout dans l’exorcisme, etc. En revanche, pour ce qui est des blessures & des maladies d’origine non surnaturelle, il ne faut pas miner l’autorité médicale, déjà mise à mal à l’époque contemporaine. Patte-de-Bouc le sorcier recommande l’iso-Betadine & le rappel tétanique (voir À la cour du roi des rats).

12 décembre

Je remarque que l’auteur Gauthier Wendling (alias Dagonides) a publié une longue critique de mon dernier livre sur La Taverne des Aventuriers & sur Rendez-vous au 1, les deux principaux forums francophones consacrés au livre dont vous êtes le héros. Cela me fait d’autant plus plaisir que cette parution est passée plutôt inaperçue.

Je n’ai pas vraiment envie de discuter son avis ; les quelques critiques qu’il émet sont honnêtes, & il a la gentillesse de pointer également des qualités. Son analyse se fait même assez fine par endroits. Ainsi, il relève que « le héros a l’air de devoir choisir entre lui [= le prêtre] et Patte-de-Bouc comme mentor » : c’est bien observé, car c’était en effet un angle que je poursuivais activement avant de le délaisser à partir du tome 4, lorsque l’arc narratif de la vengeance de Patte-de-Bouc a pris le gros de la place. Je ne pensais pas que l’idée se ressentait déjà dans le tome 2, auquel le personnage du Hibou (le fameux prêtre, pour celles & ceux qui ne liraient pas la série) n’a en fait été intégré qu’assez tard…

18 décembre

Mes velléités d’éditeur sont essentiellement derrière moi. Pour l’instant. N’empêche, je continue à rêvasser aux initiatives que j’aimerais mettre en place, aux moyens de fédérer un lectorat, de faire communauté… Une chose qui fait beaucoup tourner mon tambour à idées, ce sont les vieux livres Marabout Junior (1954-1971), en particulier leurs dernières pages consacrées à des quiz, à des informations géographiques sur tel décor que Bob Morane ou Doc Savage a exploré dans le roman… puis, bien sûr, aux bulletins & petites annonces du Club International des Chercheurs Marabout (« l’élite des jeunes d’aujourd’hui »).

J’aime particulièrement parcourir les annonces via lesquelles les adolescents du club se cherchent des correspondants (quand ils ne veulent pas plutôt échanger des timbres ou des bagues de cigare de leur collection). Ils listent alors des centres d’intérêt (le plus souvent, la conquête spatiale & les sciences dures) ou des langues qu’ils voudraient travailler, ainsi que l’âge—parfois aussi le genre—du correspondant souhaité. (Pensée émue pour tous ces garçons wallons qui ont exprimé le souhait de rencontrer une Japonaise de 14 à 16 ans intéressée par l’astrophysique. Ils durent être souvent déçus !)

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que ce genre d’annonce se payait non pas en argent liquide ou par chèques, mais via des bons spéciaux (il s’en trouvait un dans chaque livre de la collection). Les membres du club avaient de même la possibilité de se commander, par exemple, du papier à lettre à en-tête spéciale. N’est-ce pas là une idée merveilleuse ? On ne soupçonne guère la richesse que devaient représenter les échanges postaux, à l’ère pré-internet…

Bien sûr, les mœurs ont évolué, & je n’oserais plus proposer un tel service d’annonces (il faudrait de toute manière des ventes qui tutoient celles de Marabout, ce qui est aujourd’hui à peu près impossible). Je ne sais pas quelles précautions parviendraient à éviter des phénomènes de harcèlement, qu’ils soient le fait de personnes ayant reconnu un annonceur particulier ou de tiers malveillants plaçant une annonce indiquant l’adresse de quelqu’un à qui ils souhaitent nuire. L’éditeur ne peut quand même pas préconiser la location systématique de boites postales, ni se constituer en intermédiaire qui ferait suivre des enveloppes fermées !

Dès lors, l’idée qui m’est venue pour encourager la fidélité des lecteurs n’est pas un système d’annonces, mais l’offre suivante. Chaque numéro de la collection inclurait non seulement un bon, mais aussi des gardes couleurs à chaque fois différentes (les gardes couleurs sont les pages de papier à motif—souvent du papier dominoté—qui recouvrent à la fois les gardes blanches et les revers des plats du livre). J’imagine des motifs qui tiendraient à la fois de William Morris & d’un artiste comme Derek Quinlan. En appendice du texte figurerait une page indiquant à peu près ceci : « Vous souhaitez reproduire le motif de garde en papier peint pour tapisser votre chambre ? Renvoyez ce formulaire avec X bons pour recevoir un modèle taille réelle & toutes les instructions requises ».

Le motif serait en effet conçu pour pouvoir être agrandi & reproduit en linogravure sur du papier à tapisser vierge (cette vidéo de la chaine How To Renovate A Chateau montre un tel procédé). Le lecteur qui passerait commande via les bons qu’il a accumulés recevrait en contrepartie un modèle à la bonne taille (ou plusieurs, si l’impression nécessite le recours à plus d’une couleur, & donc à plus d’une plaque) ainsi que du papier carbone avec lequel reporter ce motif sur du lino. Le pli contiendrait également un tutoriel complet, les codes Pantone des couleurs à employer (voire plusieurs options de couleurs bien associées) & même un hashtag avec lequel partager des photos de ses pièces ainsi rafraichies. (On peut être sûr que des versions pirate de ces ressources se retrouveraient vite sur le web, mais ce ne serait pas si grave ; d’aucuns joueraient le jeu, c’est ce qui compte.)

Riche idée, n’est-ce pas ? Il n’y a pas si longtemps, je l’aurais jalousement gardée pour moi « dans l’espoir qu’un jour »… Toutefois, comme je l’écris en amorce de cette note, je ne me trouve plus guère animé par de telles ambitions. Je la couche donc dans ce journal—si quelqu’un veut s’en saisir, ma foi, grand bien lui fasse ! Mais vous l’aurez d’abord lue ici.

Journal #11

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11 aout

Je me rends compte—ou admets-je enfin ?—que j’adorerais écrire pour la presse lifestyle, voire pour une certaine presse féminine. (Pas sûr, cela dit, que j’en aie une juste image. Quand j’avais la vingtaine, j’aimais lire les Be de mes petites sœurs, mais ma connaissance du format s’arrête là—& elle commence à dater !) Oh, je n’écrirais rien de mainstream ; surtout des trucs de niche sur des pop stars de seconde zone & des accessoires…

Lorsque j’étais membre de la rédaction de Faunerie, avant la fermeture du webzine, j’avais dans mes tiroirs un projet d’article sur le groupe Von Grey ; papier qui, bien sûr, n’a jamais vu le jour. C’est surtout le clip de « 6AM » qui m’inspirait : son esthétique évoque la série Charmed, avec ces trois sœurs, les bougies… & puis, le symbole de la triple lune, qu’on y aperçoit, vaut bien le triquetra sur le Livre des Ombres des sœurs Halliwell.

Mais, si je devais écrire cet article aujourd’hui, j’y adjoindrais d’autres chansons dont le style s’en rapproche. D’abord « Bitchcraft » de Jax, qui a même le motif de la baignoire en commun. De là, un parallèle pourrait être fait avec Marina, dont deux chansons du dernier album font rimer « witch » et « bitch » (« Purge The Poison » : All my friends are witches / And we live in Hollywood / Mystical bitches / Making our own sisterhood ; « Man’s World » : Burnt me at the stake, you thought I was a witch / Centuries ago, now you just call me a bitch). Il n’y a peut-être pas de quoi faire de la grande critique, mais je ne cracherais pas sur l’opportunité d’approfondir la question.

Comme je l’écris plus haut, je me verrais aussi parler d’accessoires. Les mains de Hécate que fabrique Jul’ Maroh (j’aime beaucoup son travail, que j’ai découvert vers 2008 ou 2009 ; ses affiches ont même orné les murs de tous mes kots & mes premières chambres de coloc—je les ai encore), les grigris d’Ambroise/Anaïs Maurette de Castro… J’imagine que je parlerais de la YouTubeuse/couturière Bernadette Banner, qui réalise des chapeaux & des capes inspirés des looks de McGonagall. Peut-être aussi de Tarmasz, même si je ne crois pas qu’elle tatoue encore les espèces de formules de marabout qu’elle proposait en planches de flashs, voici quelques années…

Tant de choses captivent mon regard, ces derniers temps. Je pense que nous vivons une période intéressante. Cela bouillonne ; il y a tout un mouvement qui se met en place, à la croisée de l’écoféminisme façon Starhawk & des sorcières de TikTok… Certes, je ne suis ni qualifié, ni légitime pour en disserter. J’observe, je n’ai pas la prétention de tout comprendre, mais cela me fascine. Il y a également une part de frustration. Pour moi, cela vient trop tard ; c’est le genre de contexte que j’appelais de mes vœux entre 2011 & 2013, lorsque j’éditais le fanzine L’Orpheline aux yeux de feu follet (l’orientation de ce projet, j’en conviens, était très questionnable).

Bref. Je ne serai jamais employé par cette presse : comment diable pourrais-je entrer dans ses rédactions & qui donc, parmi le grand public, partagerait mon obsession étrange pour les ambiances de sorcellerie ? Ne me reste alors qu’à référencer mes trouvailles ici, pour au moins cesser de remâcher des papiers qui ne verront pas le jour.

19 aout

Choses lues :

  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales (1948). Voilà bien six ou sept ans que je possède une édition Folio jaunie de cette pièce. Je ne l’avais jamais ouverte ; tout au plus me souviens-je avoir lu un extrait dans le cadre d’un cours de Master. Aucun regret, cependant : je pense que je l’ai lue exactement au bon moment, quand son propos pouvait le mieux résonner avec mes propres préoccupations & réflexions. Voilà qui me décomplexe d’acheter des livres en brocante—livres sans valeur que je trimballe à chaque déménagement, alors que je trouverais les mêmes titres dans n’importe quelle bibliothèque. C’est qu’il est précieux de les avoir à portée de main pour l’occasion, même tardive, où je me sens inspiré de combler ces trous particuliers dans ma culture…
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray (1975) : une anthologie de 28 nouvelles sélectionnées par un fameux critique, dont j’avais apprécié, voici quelques années, le Panorama de la littérature fantastique de langue française. Parmi celles-ci, j’en connaissais déjà certaines : « Le Jardin malade » de Ghelderode, « Le Peuple nu » de Bours &, bien sûr, « Le Psautier de Mayence » de Ray. Guère de surprises, ici. En fantastique, je sais ce que j’aime : le local, le pittoresque, l’enraciné dans la foi populaire. Parmi mes 25 découvertes, les contes qui m’ont particulièrement plu sont les suivants : « La Sorcière » de Henry de Nimal, « La Danse macabre du pont de Lucerne » de Georges Eekhoud, « L’Homme qui faisait les cercueils trop grands » de Pierre Goemaere & « La Poule noire » d’Owen. Lorsqu’on passe au fantastique moderne, je trouve moins mes marques ; il y a là des ambigüités qui peuvent me frustrer. Cela dit, l’enchainement des nouvelles de Sternberg, Prévôt, Muno & Compère (qui ressortent nettement du lot) m’a fait passer un bon moment de lecture.
  • Franz Kafka, La Métamorphose (1915-1920) : une lecture que j’avais longtemps reportée par intuition qu’elle ne me plairait pas tant, & à raison. Il y a quelque chose de triste à se trouver blasé ou déçu par ce que d’aucuns considèrent comme une œuvre maitresse du XXe siècle mais, en vérité, je n’y ai rien trouvé de plus que ce que j’avais présagé en rencontrant pour la première fois son « pitch ». Rien n’a su me surprendre, c’est tout. J’ai lu ce récit dans une vieille édition Folio qui lui adjoint le recueil Un médecin de campagne, ainsi que la nouvelle « Le Verdict ». Or, à vrai dire, certains de ces textes (pour la plupart, ce sont des tableaux plutôt que des nouvelles) m’ont davantage plu, notamment « Chacals et Arabes » & « Le Souci du père de famille ».

& sur le web, quelque articles qui m’ont intéressé :

& dans les oreilles :

  • Dorothy, dont j’ai apprécié le dernier single « What’s Coming To Me ». Je suis curieux d’écouter l’album à venir.
  • Une découverte : Mew (& en particulier leur album Visuals).

23 aout

J’apprends au détour d’un article du Monde qu’en 52, Hélène Bessette (qui n’avait encore rien publié) s’est vu proposer par Queneau un contrat pour dix livres.

Dix livres. Chez Gallimard. Je trouve cela complètement dingue.

12 septembre

Choses lues :

  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices » (1981). C’est le premier tome de cette célébrissime anthologie que je lis, alors que j’en possède plusieurs depuis un lustre au moins. Globalement, j’ai trouvé les notices bio-bibliographiques de Stragliati très complètes & utiles, mais les introductions de Goimard assez pauvres. La préface est intéressante mais presque hors-sujet, car elle traite du thème dans un sens étroit (le maléfice façon « mauvais œil », tel qu’il est décrit par Favret-Saada), alors que la sélection de textes le traite dans un sens large ; les courtes présentations de chaque nouvelle m’ont quant à elles paru souvent obscures. Un seul exemple de fantastique belge : « Simple Alerte » de Marcel Thiry (que, du reste, je connaissais déjà—& qui ne correspond guère à mes gouts). Trois nouvelles ressortent du lot, à mes yeux : « Le Dialogue des chiens » de Léo Perutz, une histoire très amusante de sorcier malchanceux & maladroit, dont l’ambiance évoque Le Golem de Meyrink ; « Attachez vos chevelures » de Robert Aickman, une histoire tout en impressions & pleine de personnages secondaires pittoresques, qui ne se laisse pas facilement classer entre étrange et fantastique ; & « Louve d’argent en abîme passant » de Nathalie Henneberg, qui présente une intrigue classique (je crois me souvenir d’un lai de Marie de France qui y recourait déjà) mais parsemée d’éléments âpres & située dans un cadre original, imprégné de culture finlandaise (cette nouvelle m’a donné une furieuse envie de lire Kaputt, un roman de Malaparte dont elle serait inspirée). Citons enfin un récit qui ne m’a guère plu (à mon gout, il regarde trop vers la science-fiction), mais auquel l’actualité donne un drôle de relief : dans « La Jungle » (de Charles Beaumont), une maladie étrange décime les habitants d’une ville qui fut fondée en rasant une forêt primaire. On pourrait croire que son auteur avait anticipé le lien entre déforestation & zoonoses…
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques : un recueil que je souhaitais lire depuis des mois, mais que j’avais égaré lors de mon dernier déménagement. Je viens de le retrouver & l’ai dévoré en deux soirées. Je ne me lasse pas d’admirer la « patte » d’Erckmann-Chatrian : les descriptions d’auberges & de bourgades, les patronymes des personnages tous fumeurs de pipe, leurs portraits qui nous transportent chez David Teniers… Cet univers a beau être trop coloré pour être vraiment authentique, j’y trouve quelque chose de familier & d’agréable, qui m’incline aussitôt à la rêverie. S’il y a un auteur dont j’aimerais acquérir le style d’un coup de baguette magique, c’est peut-être celui-là. Outre le long récit liminaire, j’ai particulièrement aimé « Le Cabaliste Hans Weinland » & son personnage de magicien-duelliste.
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour (2006) : un livre trouvé par hasard dans la bibliothèque paternelle, parce qu’il était rangé à côté des Giono. Admirant Gorz pour ses écrits technocritiques & politiques, j’étais curieux de lire ce texte intime, dont j’avais entendu beaucoup de bien. Je l’ai évidemment trouvé très touchant. En plus de la déclaration d’amour, j’ai jugé un autre passage fort courageux : vers la fin (page 72 de l’édition Galilée), il dit son impression de n’avoir guère vécu sa vie & d’être pauvre en tant que personne. C’est un sentiment que je crois bien connaitre. Quelque part, il est bon que quelqu’un que j’admire l’aie aussi ressenti. Cela rassure…

Choses vues :

  • Le Mépris (1963). Je n’avais encore jamais vu de film de Godard (je l’ai déjà dit, je suis un piètre cinéphile), j’ai donc regardé celui-ci surtout pour combler un manque. Je crains de ne pas bien savoir parler des films d’auteur… J’ai apprécié le rythme doux, ralenti par les dialogues polyglottes forçant l’interprète à répéter en traduisant, mis au pas également par la musique—ce fameux « Thème de Camille » que j’ai souvent réécouté depuis. Le dénouement tragique ne me semblait pas nécessaire, mais je suppose qu’il fallait coller au roman original…
  • Le troisième débat de la primaire de l’écologie (le 10 septembre sur la chaine de Mediapart). Au fond, l’affaire me regarde assez peu, vu que je suis belge, mais j’étais curieux de mieux cerner ces cinq personnalités. (Je lis beaucoup la presse française, mais n’écoute pas la radio et ne regarde pas la télé ; pour moi, les candidats étaient donc jusque-là muets.) À mes yeux, le débat a été gagné par Batho & Jadot, nettement plus à l’aise dans cet exercice. Néanmoins, si je votais en France, ma voix irait à Rousseau, dont le programme est bien plus courageux. Grosse déception vis-à-vis de Piolle, qui m’apparaissait mieux sur le papier. L’homme était sur la défensive ou dans le registre exhortatoire, visiblement peu disposé à faire preuve de clarté sur les questions difficiles… (& ce ridicule accès de colère ! Je ne peux m’empêcher de penser que, si Batho ou Rousseau avaient osé faire de même, elles l’auraient payé dans les sondages, tandis que l’internet crierait à l’hystérie. Piquer des crises, pour sûr, est un privilège masculin.) Quant à Governatori, il ne manque pas d’audace non plus, à répéter dix fois « ainsi que je l’ai démontré », comme si le dire allait mettre d’aplomb une démonstration bancale—il est comique de penser que c’est Rousseau la « sorcière » écoféministe mais que, le seul qui se raccrochait à des formules magiques tout au long des trois heures de débat, c’était son concurrent niçois !

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes intéressantes : Softcult & Animals as Leaders.
  • Une nouveauté : Dark Matters, le premier album des Stranglers en pas loin de dix ans ; album que j’étais évidemment avide d’écouter.

13 septembre

J’ai achevé aujourd’hui mon 52e livre de l’année. Cap important, car c’est l’objectif (l’équivalent d’un par semaine) que je me fixe depuis sept ans maintenant que je comptabilise mes lectures. Jusqu’ici, je ne l’avais atteint qu’une seule fois—& tout juste—, en 2017.

Ma bonne performance actuelle (j’ai déjà lu deux fois plus que sur l’année passée entière) me laisse espérer atteindre les septante ou les quatre-vingt d’ici le réveillon. Comme quoi, avoir quitté les réseaux sociaux paie ; je m’occupe plus intelligemment. J’aimerais encore couper un peu dans mon visionnage de séries télévisées, mais me voilà sur la bonne voie…

Attention, instant puéril ; voici mes 52 premiers livres lus en 2021 :

  • Jean-Marie Andrieu, L’Incantation
  • Hannah Arendt, Nous autres réfugiés
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray
  • Marie-Thérèse Bodart, Les Meubles
  • Mikhaïl Boulgakov, Diablerie ou Comment des jumeaux causèrent la perte d’un secrétaire
  • Jean Louis Bouquet, L’Ombre du vampire
  • Jean-Pierre Bours, Celui qui pourrissait
  • Comité invisible, À nos amis
  • Caroline De Mulder, Manger Bambi
  • Louis Derthal, Le Sorcier du Val-Noir
  • Roland Devresse, Au confinement des mondes
  • Aurélien Dony, Amour noir
  • Judith Duportail, L’Amour sous algorithme
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques
  • Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux
  • Jean Giono, Le Chant du monde
  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices »
  • Françoise Gollain, André Gorz & l’écosocialisme
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour
  • Paul Grégor, Journal d’un sorcier
  • Ernst Jünger, Premier Journal parisien
  • Franz Kafka, La Métamorphose
  • Jean-Marie Klinkenberg, Petites Mythologies belges
  • Guy Lemaire & Paulette Nandrin, Mes plus belles histoires
  • Frederic Livyns, Les Nouvelles Aventures de Carnacki. Saison 1 : L’Intégrale
  • Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste
  • Agnès Michaux, Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer
  • Henry Miller, Lire aux cabinets
  • Alfred Neumann, Le Diable
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 105 : « Vivre ses alternatives »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 125 : « Familles en transition »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 134 : « Crises existentielles, moteurs de changement ? »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 135 : « La Place des amis dans nos vies et celle de nos enfants »
  • Catherine d’Oultremont, Les Fruits de la solitude. Quatre Saisons à Port-Royal
  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques
  • Thomas Owen, La Porte oblique et autres secrets
  • Fernando Pessoa (Alvaro de Campos), Ultimatum
  • Gérard Prévot, Les Tambours de Binche
  • Pierre Rabhi, L’Agroécologie, une éthique de vie. Entretien avec Jacques Caplat
  • Jean Ray, Les Contes du whisky
  • Anne Richter, Le Fantastique féminin. Un art sauvage
  • Mélanie Sadler, Comment les grands de ce monde se promènent en bateau
  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales
  • Paul Sérant, Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être
  • Georges Simenon, Le Relais d’Alsace
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 7 : « Les Faiseurs de désert »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 33 : « La Couronne de Golconde »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 60 : « Opération Wolf »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 66 : « Les Joyaux du maharajah »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 113 : « Krouic »
  • Evangeline Walton, La Maison des sorcières
  • José Luis Zárate, La Glace et le Sel

(Je le reconnais, il y a là beaucoup d’arbitraire : ne compter que les livres lus d’une couverture à l’autre, & non ceux longuement consultés ; compter de minces plaquettes, mais ni les bédés, ni les dizaines d’articles parfois bien longs que je consomme chaque semaine… Il faut bien se fixer un cadre. Du reste, c’est ma lecture de fictions, non d’articles en tous genres, que je souhaite surtout encourager.)

2 octobre

Choses lues :

  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques (1961) : un recueil emprunté dans la bibliothèque de la Brasserie des Eaux Vives (merci à eux, qui prennent nombre de bonnes initiatives en faveur du livre) &—je pense—le cinquième que je lis de cet auteur. Ce qui m’a avant tout frappé, c’est la cohérence de celui-ci, comparé à d’autres présentant une unité de ton bien moindre. Ici, ce sont des histoires de hantise, davantage malicieuses qu’épouvantables—ce qui n’est pas pour me déplaire, loin de là ! Il faut saluer la qualité de l’ensemble, mais je veux quand même citer quelques contes très réussis : « Passage du Dr Babylon », « Les Vilaines de nuit », « L’Assassinat de Lady Rhodes », « Nocturne », & puis, bien sûr, la nouvelle liminaire, « Pitié pour les ombres ». J’ai toujours aimé le style aiguisé d’Owen, qui emprunte beaucoup au polar. J’ai noté quelques tournures savoureuses : « Une bouche à mordre dedans en pleine église » (p. 107 de l’édition Marabout), « Une maison lépreuse, pourrie, malodorante. À l’intérieur, cela devait sentir l’eau de vaisselle, la graisse froide et l’égout » (p. 151), « Le robinet donnait sa goutte. Il y avait trois vieilles allumettes gonflées d’eau, côte à côte, sur les trous de l’évier » (p. 155).
  • Rutger Bregman, Utopies réalistes (2016) : un essai que j’ai trouvé, à vrai dire, un peu décevant. Je crois que je l’ai lu trop tard. J’avais découvert Bregman via une conférence enregistrée & des interventions télévisuelles, voici un peu plus de deux ans, & son discours m’avait profondément marqué. Cependant, j’ai le sentiment que la lecture de son livre ne m’a pas appris grand-chose, & que celui-ci se montre même timide par endroits. Des théories que la première de couverture présente comme iconoclastes m’ont en quelque sorte paru refroidies. C’est à cela que je mesure l’évolution rapide de mes propres convictions…
  • Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie (1991) : un livre que j’ai trouvé dans la bibliothèque de mon ami Robin, celui qui m’a initié à Lovecraft (le Lovecraft des textes, & non seulement la version caricaturée des jeux de rôle dont j’avais déjà frôlé certaines inventions) & à Howard, quand nous avions dix-huit ans. Je connais bien l’œuvre romanesque de Houellebecq & j’ai une certaine connaissance de la vie de Lovecraft, pour avoir lu l’immense biographie de S. T. Joshi, mais je n’avais encore jamais ouvert cet essai, pourtant presque aussi vieux que moi & assez incontournable (qu’on en dise du bien ou du mal) dans les études lovecraftiennes. J’ai surtout été étonné de le trouver très lisible—& finalement assez peu savant, dans le sens où il ne respecte pas les codes de l’essai universitaire : il référence piètrement les passages d’œuvres cités, ne comporte strictement aucune note… Sur le fond, je n’ai pas grand-chose à en dire. À nouveau, j’ai dû le lire trop tard : la connaissance qu’on a de Lovecraft a explosé au cours des trente dernières années, de même que les ressources disponibles en français. Tant les repères biographiques que les thèses de l’auteur m’étaient donc déjà connus, que ce soit au travers de ma lecture du livre de Joshi, du Guide Lovecraft de Christophe Thill, ou au travers de ma longue présence sur Twitter, où il ne passait jamais un mois sans qu’un débat enragé n’oppose partisans & détracteurs de Lovecraft. Dès lors, c’est plutôt la forme de l’essai qui m’a intéressé. Moi qui ai tendance à aimer les textes critiques mais qui ne peux m’empêcher de recourir à une plume par trop précautionneuse & rasante lorsque je m’y frotte, je trouve dans ce livre un exemple intéressant.

& sur le web :

  • En septembre, j’ai lu les deux nouveaux articles que Frédéric Lordon a publié sur son blog, « France Inter comme les autres » & « Pleurnicher le Vivant ». J’avais découvert ce blog il y a un peu plus d’un an & demi, via un article intitulé « Quelle “violence légitime” ? », qui m’avait très fort—& fort positivement—impressionné. Je dois dire que ces deux nouveaux textes m’ont également assez plu, mais je n’ai pu passer à côté des nombreuses critiques que son propre camp adresse à Lordon : complexité gratuite, autosatisfaction, aigreur, purisme… Je ne sais vraiment comment me situer par rapport à cela ; je conçois qu’il manque par moments d’élégance mais, au fond, la liberté de ton n’est-elle pas également à saluer, lorsqu’on la met au service d’un projet politique potentiellement salvateur ? Il me semble en tout cas sincère, & j’avoue que j’aime le lire.

Chose vue :

  • J’ai assisté à la « véritable création » d’À-Vide, l’un des nouveaux spectacles d’Aurélien Dony. Je l’avais déjà vu à l’occasion d’une diffusion en direct dans le cadre du festival Trajectoires, mais cette performance sur la petite scène du théâtre Jardin Passion était plus intense à vivre.

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes : le groupe Tuuletar, que j’ai beaucoup écouté en travaillant, & Meimuna (mes titres préférés sont « La Tristesse du diable » & sa reprise de « Voyage, voyage »—mes amis savent combien j’aime cette chanson).
  • Bizarrement, ces derniers jours, j’ai aussi beaucoup écouté les Casseurs Flowters (& notamment : « Inachevés », « Si facile », « J’essaye, j’essaye », « Fais les backs »…). Cela ne m’était plus arrivé depuis des années.

5 octobre

La semaine dernière a paru le dossier 137 de Couples et Familles. Il s’intitule « Sex, love & applis… L’amour au temps du numérique » & j’y signe six articles :

  • Les applis de rencontres, un phénomène post-moderne (article rédigé sur base d’une interview de Pierre-Yves Wauthier)
  • Les applications de rencontres dans d’autres cultures (coécrit avec Christine Hélin)
  • Les jeunes partagent leurs expériences
  • Applications : dérives d’un outil industriel
  • L’importance de la communication sexuelle (article rédigé sur base d’une interview de Caroline Styns)
  • Ados et sextos

J’ai également publié deux nouvelles analyses sur le site internet de cette association :

Journal #10

[Entrées plus anciennes : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9]

8 juin

Choses lues :

  • Hannah Arendt, Nous autres réfugiés (1943) : un achat compulsif au comptoir de ma librairie favorite. Je ne sais trop ce que j’attendais au juste de ce tout petit livre (43 pages) paru aux éditions Allia ; je me disais que c’était l’occasion de recueillir une parole d’autorité sur un sujet que j’ai récemment été amené à traiter, pour des raisons professionnelles. En fin de compte, son propos ne s’applique pas aussi bien à la situation contemporaine que sa quatrième de couverture me l’avait laissé présumer. Une chose que j’en retiens—sans aucun rapport avec ce qui précède—, c’est la distinction entre parvenus & « parias conscients » qui est développée vers la fin du texte. Je n’ai pas pris le temps de vérifier, mais me dis que ce pourrait être une grille d’analyse pour les personnages du Golem de Meyrink, un roman pour lequel j’ai beaucoup d’intérêt.
  • Henry Miller, Lire aux cabinets (1952) : un autre livret des éditions Allia qui trainait dans ma bibliothèque & que j’ai lu dans la foulée. Je dois dire que j’ai peu de gout pour ce genre de sujet trivial & pour l’écriture humoristique en général. De même, en tant que « auteur-architecte », la technique du flux de conscience me laisse souvent froid. Ici, elle a quand même le mérite de dévier le propos de l’auteur vers le rêve & vers ce personnage obsédant de magicien barbu. Moi aussi, je fais parfois des rêves de livres si réels que je crois bien les avoir lus ; j’ai dès lors été vivement intéressé par sa description du phénomène, que j’ai trouvée vivace.
  • Catherine d’Oultremont, Les Fruits de la solitude. Quatre Saisons à Port-Royal (2010) : un roman historique consacré à l’abbaye de Port-Royal des Champs, mettant en scène Pascal, Spinoza & bien d’autres personnages réels. Je dois dire avoir été dérangé par l’arbre généalogique inséré avant le récit : soit je ne le lis pas bien, soit le roman, sans jamais le dire, prend des libertés avec son sujet—mais alors, pourquoi fournir ce document ? Bref je me suis perdu là-dedans & cela m’a frustré durant toute ma lecture. (Quelle idée aussi de choisir un protagoniste qui a dix-neuf adelphes et dix enfants !) Pour le reste, je sais depuis l’université que le XVIIe siècle m’intéresse peu (j’ai toujours été plutôt dix-neuvièmiste), même si les portraits d’intellectuels totaux esquissés dans ce livre rejoignent certaines de mes inclinaisons. Le retour d’un certain gout pour la religion n’a pas non plus suffi à me faire pleinement apprécier ce roman, même si je lui reconnais des qualités.
  • Thomas Owen, La Porte oblique et autres secrets (2011) : un recueil posthume, composé de textes inachevés, de notes éparses & d’aphorismes. J’ai été déçu par l’absence de textes d’ampleur : même le récit éponyme (présenté comme un projet de roman) ne fait guère plus de deux pages ! Pour le reste, c’est vraiment un livre fait de bric & de broc ; il y a quelques réflexions intéressantes & des fragments laissant bien voir le style aigu de cet auteur, mais aussi des « propos légers » qui n’étaient sans doute pas destinés à la publication & dont certains (notamment sur les femmes) ont mal vieilli. En somme, c’est surtout l’introduction de Jean-Louis Étienne qui m’a intéressé. J’y épingle deux propos attribués à Owen qui rejoignent mes propres conceptions du fantastique, telles que couchées dans mes Directives pour un nouveau manifeste fantastique : « Bien des romans sont une addition de récits fantastiques, reliés par un lien qui est le personnage. Mais je crois qu’un roman fantastique est très difficile à faire “tenir” » (cf. § 1) & « la littérature fantastique, c’est écrire “mort aux vaches” sur les murs » (cf. § 22).
  • Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste (1848). Après les textes des éditions Allia, j’ai continué à explorer le tas de plaquettes que j’ai accumulées au fil des ans en lisant ce texte que je possédais dans l’édition Mille et une nuits. L’une & l’autre de ces maisons ont l’avantage de proposer des livres d’un format idéal pour être emportés avec soi & lus dans la nature. De Marx, je n’avais encore rien lu sinon des extraits durant mon cursus de philosophie. La précocité de son analyse du mouvement historique est de fait impressionnante, & j’ai été surpris par la clarté de ce texte-ci. Cependant, ce qui m’a le plus vivement intéressé, c’est la postface de Raoul Vaneigem, qui commente & critique le manifeste. J’ai bien dû relire dix fois une formule telle que celle-ci : « Toute valeur d’usage qui n’entre pas dans le projet de la jouissance de soi et du monde par la création de soi et du monde participe du système aliénant de la marchandise. » C’est un propos que je trouve réellement brillant & que j’ai rarement trouvé exprimé avec autant force que dans cette postface de sept pages. Il va falloir que je me penche de plus près sur Vaneigem, car c’est la seconde fois en quelques mois que je viens à lui par la bande : en mars, j’avais déjà lu sa préface à Au confinement des mondes, le dernier recueil de Roland Devresse.

1er juillet

Le dossier 136 de Couples et Familles a paru cette semaine. Il s’intitule « Construire des relations harmonieuses » & j’y ai contribué quatre articles (les trois premiers sont basés sur des interviews ; le quatrième est une analyse) :

  • Des citoyennes belges viennent en aide aux migrants
  • Séjour à l’étranger : à la découverte de l’autre
  • Focus sur le Mentorat interculturel namurois
  • Apprendre la paix, une mission de l’école ?

Ces dernières semaines, j’ai également écrit plusieurs nouvelles analyses pour le site internet de cette association :

12 juillet

Choses lues :

  • Jean-Marie Klinkenberg, Petites Mythologies belges (2003) : un court essai sur la « belgitude », par un sémioticien renommé. Pour ma part, j’ai fréquenté l’université de Liège quelques années trop tard pour encore avoir Klinkenberg comme professeur, mais son empreinte restait nettement perceptible dans nos enseignements. C’est le premier livre que je lisais de lui mais, en l’entamant, j’avais en mémoire quelques-unes de ses interventions aux termes de conférences ; c’est un bonhomme qui fait une impression… De ces Petites Mythologies belges, j’ai préféré deux chapitres que je juge un peu plus ambitieux, ou du moins qui rencontrent davantage mes intérêts. Il s’agit de ceux intitulés « Monter à Paris » & « Pincer son français », qui abordent respectivement la question des littératures périphériques & de l’insécurité linguistique. Vous vous en doutez, ces sujets-là m’intéressent particulièrement, davantage au moins que ce qui a trait à la culture du sport ou à la gastronomie—chapitres plaisants en somme (tout le livre se lit aisément) mais que j’ai trouvés un brin triviaux. Coïncidence : je n’avais pas achevé ma lecture depuis deux semaines (alors que j’avais acheté ce livre un peu avant le premier confinement, il y a bien un an & demi) qu’une correspondante m’adresse un courriel pour me recommander un vieil article de La Revue Nouvelle… qui se trouve être un chapitre inédit des Petites Mythologies belges ! Étrange comme les esprits se rencontrent parfois…
  • Fernando Pessoa (Alvaro de Campos), Ultimatum (1917) : une autre plaquette des éditions Mille et une nuits, lue pour faire du tri dans ma bibliothèque. Celle-là, je crois que je la possédais depuis sept ans, sans encore l’avoir ouverte. Il faut dire que j’avais un a priori sinon négatif, qui me portait du moins un peu à la méfiance vis-à-vis de Pessoa. En bachelier, il faisait l’objet d’un « cours à pète » dans le cadre duquel nous l’abordions en parallèle de Hölderlin. J’en gardais une impression d’obscurité, qui s’est en fait trouvée démentie par cette lecture. Il s’agit ici d’un court pamphlet, somme toute assez lisible. J’aime beaucoup les pamphlets ; c’est quelque chose que je découvre sur le tard, m’étant longtemps tenu loin de tout texte à caractère politique. En revanche, je dois dire ne pas aimer beaucoup le futurisme. Dès lors, si la forme m’a intéressé & si je reconnais une certaine verve à la première moitié du texte, les thèses défendues ne m’ont pas parlé.
  • Gérard Prévot, Les Tambours de Binche (1964) : encore un vieil achat qui n’avait que trop trainé dans ma bibliothèque. Sa lecture était l’occasion de découvrir une autre facette de Prévot, que je connaissais comme conteur fantastique. Ce roman historique qui invente une fille adoptive à Marie de Hongrie m’a paru très facile à lire, sans doute parce que je le comparais à ma dernière lecture du genre (Le Diable d’Alfred Neumann) qui, elle, ne l’était pas. Le fait qu’il prenne autrement plus de libertés avec la réalité historique doit contribuer grandement à sa lisibilité. J’ai apprécié la démarche qui consiste à glorifier sa ville natale dans un roman & n’ai globalement pas passé un mauvais moment de lecture, même s’il aurait pu être moitié moins long. Fait amusant : l’auteur précise l’âge de presque tous les personnages lorsqu’il les introduit pour la première fois. Ce n’est pas là quelque chose qu’on voit souvent…
  • Mikhaïl Boulgakov, Diablerie ou Comment des jumeaux causèrent la perte d’un secrétaire (1924) : un nouveau petit livre des éditions Mille et une nuits, celui-ci acheté tout récemment, après que mon regard ait glissé sur son titre dans la liste des numéros parus. À vrai dire, j’ai été un peu déçu. On retrouve bien le côté « baroque » voire comique du Maitre et Marguerite : les scènes de poursuites & les mésaventure absurdes conçues pour critiquer la bureaucratie soviétique & les sanctions démesurées qui menacent ses membres. Mais, ici, tout cela parait assez vain, presque gratuit. Il n’y a pas la profondeur qu’on trouve dans le roman, la discrète revendication émancipatrice que j’avais décelée chez les personnage de Marguerite et des démons… Du coup, cette nouvelle s’impose à mon jugement comme une sorte de brouillon, & je reste sur ma faim.
  • Aurélien Dony, Amour noir (2021). Toujours fidèle à Dony, j’ai bien sûr lu son dernier recueil. Il s’agit de poésie d’inspiration fort personnelle, or je préfère chez lui sa veine plus collective, qui prend des accents politiques & générationnels. N’empêche, sa voix demeure puissante. Les vers qui m’ont le plus frappé sont ceux-ci : « Nous sommes à nous deux meute en sang / Et notre amour noir comme une tique / Sur le dos fauve des chiens errants » (p. 24). Il s’agit de poésie écrite pour la performance, ce qui se marque par un recours généreux à la syncope (par exemple : « C’est pas qu’t’as grandi abruti / Mais que tu te s’ras endormi / Que’qu’part », p. 66) qui m’a parfois dérangé. Question de codes : pour moi, ce n’est pas forcément nécessaire &, par manque d’habitude, cela me distrait à la lecture. J’ai en revanche bien aimé le pecno de la page 59 (vous le savez, je suis pour la simplification) ; il est presque dommage qu’à côté de telles audaces, le reste recoure encore à l’ancienne orthographe… Bref, c’est très oral, comme tous les travaux récents de Dony. La comparaison ne vaut pas grand-chose (ou peut-être que si, je n’ai pas creusé) mais, en lisant un des textes (« Une rumeur qui nous poursuit »), j’y posais la voix de Tancrède Ramonet, telle qu’entendue dans son projet électro rock Achab. Ce texte me faisait penser à la chanson « Encore un jour sans massacre »… Dernier détail : le livre est imprimé avec un contraste inversé : lettres blanches sur pages noires. Matériellement, c’est un objet plutôt mignon, surtout pour un volume à sept euros.

Sans transition, une dernière confidence : j’ai découvert aujourd’hui seulement qu’un chat-huant n’est pas un chat. Je confondais depuis toujours avec le chat haret… Il aura fallu un conte fantastique de Marcellin La Garde & cette phrase : « un vent qui éveilla le chat-huant dans son trou, lui fit pousser des cris prolongés et agiter l’air de ses ailes », pour que je me décide à vérifier. Sans cela, me serais-je jamais départi de cette illusion ?

21 juillet

J’ai reçu hier une caisse de mon dernier livre, la réédition papier du Démon dans l’escalier & d’À la cour du roi des rats qui a paru il y a peu chez Posidonia. C’est l’aboutissement d’un fameux processus ! Mon premier contact avec l’éditeur date de décembre 2017. Il m’avait joint via le téléphone fixe de mon lieu de travail dont il avait trouvé le numéro en ligne, & j’avais cru un instant à une plaisanterie. Le contrat a été signé deux mois plus tard, puis, à l’été 2018, j’ai réalisé les illustrations intérieures du Démon dans l’escalier.

L’hiver suivant, la publication a été financée via une campagne Ulule, avant que je ne réalise les illustrations d’À la cour du roi des rats à l’été 2019. À ce stade, j’ai revu ma technique de dessin, par crainte que le niveau de détails adopté en illustrant l’épisode 1 ne passe finalement pas bien à l’impression, qui était alors prévue au format poche. J’ai donc réalisé des illustrations plus stylisées, en aplats de noir. Or, en fin de compte, la maquette finale s’est tournée vers le format A5. Dès lors, les illustrations du Démon dans l’escalier rendent bien & celles d’À la cour du roi des rats semblent presque dimensionnées trop grandes. Tant pis ! Il faut se dire que le résultat laisse transparaitre & l’évolution de mon trait, & un aperçu de cette aventure éditoriale de longue haleine.

C’est qu’entre les délais imposés par le financement participatif & ceux subis à cause de la pandémie, ce projet (qui impliquait la parution simultanée de 44 volumes) n’aura pas été une mince affaire. Je remercie d’autant plus mon éditeur pour sa persévérance & pour la qualité du produit fini.

Tant que j’évoque mes livres-jeux, j’ai quelques nouvelles à communiquer :

  • Pour l’honneur de Patte-de-Bouc a fait l’objet d’une recension sur le site Au coin de l’âtre. J’ai apprécié que la chroniqueuse ne fasse pas mystère de son désamour pour le genre ; les critiques de blog sont souvent flagorneuses, si bien qu’il est rafraichissant d’en rencontrer une qui est franche.
  • La réédition papier des deux premiers tomes a déjà fait l’objet d’une bonne présentation en vidéo, sur la chaine Vieux Geeks. J’ai particulièrement apprécié ce retour de lecture, qui se penche sur mon univers avec plus de détails que ne l’ont jamais fait d’autres critiques.
  • Je me suis décidé à reproduire sur ce site mon court essai théorique Directives pour un nouveau manifeste fantastique, initialement publié en appendice de Pour l’honneur de Patte-de-Bouc. Je me dis en effet que je dépasserai vite les vues exprimées dans ce texte ; j’aimerais donc qu’elles puissent être discutées tant qu’elles correspondent à mon fantastique actuel. Or, la faible distribution de ce livre-jeu ne s’y prêtait guère (notez : ce site n’a pas non plus une vaste audience).

Pour finir sur une note amusante :
J’écris ces lignes en sirotant le Cointreau maison que je viens de mettre en bouteille. Il est délicieux ; en fin de compte, cela valait la peine d’avoir ce grand bocal sur ma cheminée, en arrière-plan de toutes mes visioconférences des derniers mois. & ce, même si son contenu avait progressivement pris la couleur de l’urine ! Je me dis que la recette pourrait être glissée dans un prochain livre-jeu : une telle macération se prêterait à l’ambiance.

28 juillet

Une part de moi se demande pourquoi je me fatigue à compléter ma connaissance de la littérature fantastique, alors qu’aucun texte lu depuis des mois ne m’aura autant inspiré que cette vidéo de moins de deux minutes montrant Bam Margera entrer chez un forgeron estonien ivre—& à la coiffure exceptionnelle—pour se faire couper des bagues déformées lors d’une bagarre. Il suffit de faire un peu de polissage en parlant d’anneaux magiques & en ajoutant du contexte (une rivalité ancienne, un duel, un deal de sortilège parti en vrille ?), & on a là une nouvelle quasi toute faite !

Je crois que je vais garder cette vidéo sous le coude pour la prochaine fois où l’on m’interrogera sur mon univers. Je n’aurai qu’à dire : « Tu vois Jackass ? maintenant rajoute du bling et imagine que ce sont en fait des sorciers ! » (Jusqu’ici, mon pitch favori était « Harry Potter, sauf que tous les sorciers sont des versions adultes de Seamus Finnigan lorsqu’il essaie de changer un gobelet d’eau en rhum »…)

(Ne me demandez pas comment j’ai trouvé cette vidéo. Certains secrets de production méritent d’être tus.)

31 juillet

Hier, j’ai écrit une nouvelle pour un concours du forum L’Écritoire des Ombres, que je recommence à fréquenter. C’est la première que j’achève depuis 2014 (!) & ma première fiction depuis que j’ai mis un point final à Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, en décembre dernier.

Je ne suis pas mécontent. Longtemps, j’ai refusé d’écrire sans un projet d’édition en ligne de mire, car je croyais gâcher mon temps. Quelques désillusions plus tard, je sais que publier n’avance pas toujours à grand-chose. Vu mes derniers insuccès, il est même possible que cette nouvelle vite rédigée pour la communauté du forum connaisse un plus large lectorat que certains textes dont j’ai monnayé une version plus aboutie…

3 aout

Choses lues :

  • Judith Duportail, L’Amour sous algorithme (2019) : un livre lu pour le travail. Forcément, cette enquête sur les dérives des applications de rencontre a résonné avec ma propre défiance envers les réseaux sociaux, que je sens enfler depuis plusieurs mois. Certains chapitres en sont proprement glaçants. Toutefois, je dois admettre que, ce qui m’a particulièrement intéressé, ce sont les quelques aperçus de la vie d’une journaliste professionnelle, qui nous sont livrés lorsque l’autrice évoque son quotidien & certaines étapes de son enquête. Je n’entrerai pas dans le détail des raisons personnelles qui me font éprouver une certaine fascination pour ce métier & pour les milieux parisiens ou berlinois où elle l’exerce. Je crois qu’il en va surtout de l’attrait que ressentent naturellement les petits intellectuels provinciaux pour les métropoles, leurs grands médias & les cercles où se meuvent tous ces (apparemment) mieux-connectés, dont on lit les péripéties dans des livres. Bien sûr, l’on est bien loin du compte, mais cela fait du carburant pour la boite à fantasmes…
  • Françoise Gollain, André Gorz & l’écosocialisme (2021) : une courte monographie doublée d’une anthologie, qui m’a valu l’une de ces expériences de lecture ambivalentes. Vous savez sûrement lesquelles : celles qui nous donnent le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses, & à la fois rien du tout. Ce livre m’a en fait fourni des nuances. En particulier, il m’a aidé à positionner Gorz par rapport à d’autres penseurs vis-à-vis desquels j’aime à me situer. J’ai notamment relevé le caractère anthropocentré de sa pensée, hérité de Sartre & des existentialistes. Gorz s’oppose en cela aux écologistes profonds américains, que j’ai lus & qui m’ont beaucoup influencé. Or, sa posture se trouve finement justifiée dans le livre, ce qui m’a donné matière à réflexion. Est aussi abordée sa vision de la technique, qui diffère assez de celle de Jacques Ellul, un philosophe dont l’apport sur cette question m’a marqué. Franchement, je ne saurais trancher en faveur de l’un ou de l’autre. Je découvre en Gorz un penseur assez pragmatique, somme toute ouvert au compromis—&, tout idéaliste que je sois, je ne peux pas lui donner tort. Je crois que, à l’avenir, je m’appuierai sur lui dans mes débats avec des personnes plutôt fermées à l’écologie radicale : son discours est certainement plus audible pour quiconque se tient sur la réserve. Enfin, ce livre de Françoise Gollain m’a aidé à clarifier certains concepts utiles : valeur contre richesse, travail autonome contre travail hétéronome, écologie comme défense du monde vécu, etc. Pour cette seule raison, je le recommanderais.
  • Jean Giono, Le Chant du monde (1934) : le tout premier roman que je lis de cet auteur classique, & une véritable claque ! J’ai été complètement absorbé, fasciné par ce livre. Il y a une force & une beauté absolument remarquables dans les paysages & les mœurs qu’il décrit. J’en retiens deux leçons : 1) il est possible de former des métaphores de toute beauté avec les mots les plus simples, les plus triviaux en apparence, & 2) les dialogues gagnent en force lorsque l’un n’entend pas tout à fait l’autre. Qu’un personnage s’emporte ou fasse la sourde oreille, que les tirades s’alternent toujours sans vraiment se répondre & la scène gagne tant en authenticité qu’en puissance. J’ai rarement lu des conversations d’aspect si solide ou sincère.
  • Encore deux Bob Morane : « Les Joyaux du maharajah » (n° 66) & « Opération Wolf » (n° 60). Je ne sais trop qu’en dire. En fait, j’ai voulu à plusieurs reprises consacrer une note de ce journal à Henri Vernes, mais je ne sais quoi écrire, ni quels sont mes sentiments exacts sur son décès. Je voudrais juste noter que j’ai eu plaisir à lire ces deux romans.

Choses vues :

  • La Neuvième Porte (1999). Je crois que c’est le premier film de Polanski que je regarde ; je ne suis pas très cinéphile &, vu ce dont il est accusé, je n’ai jamais été très incliné à m’intéresser à son travail. Mais puisque j’aime bien les enquêtes occultes, je me suis laissé tenter. En toute franchise, j’ai bien aimé le rythme & l’atmosphère. Je ne sais pas trop quel regard adopter par rapport à certaines scènes : est-ce qu’elles constituent un hommage aux films d’exploitation (je pense notamment à la cérémonie pré-orgiaque en robes noires, vers la fin), une reprise du motif au second degré—plus critique & moqueuse—ou les deux à la fois ? On se demande si le film prend l’intrigue au sérieux ou s’il cherche à faire un commentaire « méta » sur l’histoire du cinéma… Cela n’empêche que l’ambiance générale m’a plu. Certaines ficelles apparaissent franchement grosses (par exemple, voir ce grand bibliophile expert dont l’expertise se borne à repérer des signatures différentes sur certaines gravures !) mais les décors, les costumes & le jeu d’acteur sont plutôt bons. À la limite, le film m’a inspiré par son côté « anti-héroïque mais qui n’en fait pas trop ». Je crois qu’il y a des choses à en retenir, en vue de l’écriture de détectives de l’étrange moins testostéronés ou blasés que le tout-venant.
  • Plusieurs documentaires sur l’histoire de l’art : Struggle: The Life and Lost Art of Szukalski, d’Irek Dobrowolski (2018), Made You Look: A True Story About Fake Art, de Barry Avrich (2020), Francis Bacon: A Brush with Violence, de Richard Curson Smith (2017) & Rembrandt, du clair vers l’obscur, de Christophe Alalof (La Grande Expo, n° 12, 2014).

& dans les oreilles :

  • Pour une fois, de la chanson française : Françoise Hardy, Niagara (surtout « Quand la ville dort » & « Pendant que les champs brûlent »), Bertrand Belin (surtout « Comment ça se danse »)…
  • Du post-punk : The Sound, The Comsat Angels

PS : je ne sais trop que faire de ce journal, ni de mon site en général. J’ai souvent envie de tout supprimer. À vrai dire, je m’en veux de me montrer si expansif—& ce, même si, dernièrement, je parle surtout de mes lectures. C’est toute cette culture de l’autopromotion permanente qui me rend malade. Mais, en même temps, je ne peux renoncer à une forme de dialogue—quand bien même elle n’est qu’un vœu pieux. Car, enfin : ici, je ne fais que soliloquer…