Sortie d’un troisième livre-jeu

Comme annoncé précédemment, le troisième épisode de ma série de livres-jeux paraitra le 18 de ce mois. Ladite série porte désormais le nom de Mauvais Sorts, qui se rapporte tant à son univers fantastique qu’aux fins désastreuses dont elle est émaillée.

Illustration de couverture réalisée par Grégory Nunkovics (visiter son site).

Ce troisième épisode s’intitule quant à lui La Hussarde verte. Il se situe dans la lignée des deux autres et comporte donc la même atmosphère sordide et les mêmes personnages un peu grandiloquents. Cependant, et de manière à me renouveler, j’ai aussi puisé à des sources nouvelles. Cette aventure présente ainsi des implications morales inédites et un certain fantastique d’inspiration catholique. D’un point de vue technique, des points de sauvegarde ont été ajoutés de sorte à parfaire sa jouabilité.

Voici la présentation de l’éditeur :

Cela ne peut plus durer ! Vous avez beau être un sorcier habitué aux mésaventures occultes, la situation dans laquelle vous êtes empêtré est des plus inquiétantes. Tout a commencé la nuit où vous avez ramassé cet étrange anneau, au plus bas des égouts de la ville. Depuis, vous êtes la proie de crises de somnambulisme, de trous de mémoire et de cauchemars : se pourrait-il qu’une dangereuse entité ait planté en vous ses griffes et resserre progressivement son étreinte ?

C’est vous, lecteur, qui êtes aux commandes de cette aventure interactive ; vous que guettent mille dangers extravagants. Dans les coulisses de cette ville d’aspect si tranquille se déploie en effet tout un arrière-monde insoupçonné. Des voutes de la cathédrale aux tripots d’initiés, vous procéderez à des évocations et des exorcismes, troquerez des objets rares, bataillerez à l’épée et aux cartes à jouer… Seules votre astuce et votre prudence vous préserveront des pièges qui vous attendent — à moins que vous ne trouviez un autre moyen, une ruse qu’aucun autre sorcier ne se risquerait à déployer ?…

Malgré qu’il n’est pas encore officiellement sorti, ce livre numérique est d’ores et déjà disponible à la précommande, au prix de 3,49 €. Notez au passage qu’une promotion est pratiquée sur l’édition conjointe des deux premiers épisodes, aussi vendue à 3,49 € jusqu’au 19 mai inclus.

Sachez enfin que des exemplaires en service presse sont mis à la disposition des critiques et des blogueurs.

Journal #1

Inspiré notamment par Neil Jomunsi, qui a récemment quitté les réseaux sociaux & se recentre sur son blog, j’ai envie de tenir ici un journal. Ses entrées s’annoncent fort irrégulières, mais je me dis que ce sera l’occasion de consigner quelques réflexions sur mon travail.


9 mars

Quelque chose m’ennuie depuis assez longtemps, par rapport à mes livres-jeux, auquel j’ai encore beaucoup pensé ces derniers jours : il s’agit du gros problème de représentativité qui s’y pose.

Je suis assez surpris qu’aucun lecteur ne m’en ait fait la remarque, mais on navigue en plein syndrome de la Schtroumpfette. Je le dis avec une certaine honte : mes aventures ne sont même pas proches de passer le test de Bechdel. C’est quelque chose dont je suis conscient depuis longtemps, mais que je ne parviens pas à corriger : à l’heure où je pose l’intrigue du prochain épisode, je retombe dans une très nette surreprésentation masculine.

Je pense que c’est en partie un phénomène d’hypercorrection : par le passé, j’ai fait exactement l’inverse en centrant quasi exclusivement mon recueil de contes en vers sur des figures féminines. S’en était suivi un problème de male gaze, qui me met aujourd’hui assez mal à l’aise vis-à-vis de ces vieux textes (j’avais abordé le sujet dans mon ancien blog). La solution serait cependant d’écrire des personnages féminins non-stéréotypés, & non pas de les exclure complètement de mes récits.

La première étape, pour résoudre un problème, est de reconnaitre son existence : mes textes actuels invisibilisent les femmes, tandis que mes textes précédents les objectivaient. C’est un défaut sur lequel je vais faire un travail d’apprentissage, mais que je ne peux sans doute pas régler d’un coup de baguette magique.

J’en profite pour dire que je ne me formalise pas qu’on me fasse remarquer que des préjugés ou des biais idéologiques transparaissent dans ma fiction, au contraire. J’essaie d’y être moi-même attentif (par exemple, j’ai revu ma manière de décrire le personnage d’Odon, après Le Démon dans l’escalier, car je ne souhaite plus faire de l’extrême précarité un ressort romanesque) mais ce travail m’est bien plus aisé si j’ai du feedback. Vos avis sur le sujet sont donc les bienvenus !


19 mars

Je me suis fait la réflexion, dans le train qui me ramenait d’une réunion, que je ne pense pas avoir jamais été aussi épanoui dans ma vie professionnelle. Bien sûr, il pourrait s’agir d’un effet de nouveauté — car j’ai changé d’activité assez récemment — mais je pense que j’ai également trouvé, sinon pas ma voie, au moins un domaine où je me sente bien dans mes bottes, légitime & efficace.

Depuis quelques mois, je suis en effet scénariste freelance, spécialiste des histoires à embranchements. Je travaille sur des « serious games », c’est-à-dire essentiellement des jeux pour adultes destinés à la formation, à la sensibilisation ou au recrutement. Le plus souvent, ceux-ci prennent la forme de dessins animés ou de films interactifs. Je me situe donc au début d’une chaine créative qui inclut également des graphistes, des développeurs…

Ce n’était pas une étape planifiée de ma vie professionnelle, ni même un domaine que je connaissais particulièrement. Ça s’est joué à quelques rencontres : mes livres-jeux ont suscité suffisamment de curiosité pour me ménager une chance, puis j’ai eu le bonheur de tomber sur des gens qui m’ont offert leur confiance & montré les ficelles du métier. Ils continuent d’ailleurs à le faire, si bien que j’ai le sentiment d’avoir énormément appris, en l’espace de quelques mois seulement.

Depuis peu, donc, je réalise mon rêve d’étudiant : je vis de ma plume. Sans largesse ni sans grande sécurité financière, mais tout de même.

Je me sens vraiment chanceux.


28 mars

Avec le retour des beaux jours, je me suis remis à la course à pied. L’information, au premier abord, ne semble pas avoir sa place dans ce journal de bord dédié à ma vie d’auteur. Je ne pourrais cependant trop insister sur l’importance de cette activité de grand air dans mon processus créatif. Je lui dois non seulement certaines de mes meilleures idées, mais également la résolution de différents problèmes rencontrés dans la construction de mes intrigues.

Sans être un grand sportif, j’ai la chance de bénéficier d’une bonne forme physique, d’autant que je l’entretiens assez peu. J’ai donc l’habitude, au printemps & à l’été, de réaliser tous les quelques jours une course de dix, quinze ou vingt kilomètres dans la campagne autour de ma ville.

À l’heure où je finalise le plan d’intrigue de mon prochain livre-jeu (le quatrième épisode que je projette d’écrire cet été), la perspective de multiplier ces excursions m’enthousiasme assez. Il me reste en effet des soucis de rythme & d’enjeu à régler, qui j’espère seront de la sorte facilités…


1er avril

J’étais ce soir de retour dans mon alma mater pour assister enfin au spectacle La Convivialité, d’Arnaud Hoedt & Jérôme Piron. Cette conférence, qui a fait couler énormément d’encre l’été dernier, s’intéresse à l’orthographe selon la théorie de outil convivial qu’a forgée Ivan Illich.

Sans surprise & malgré son approche que d’aucuns jugent iconoclaste, elle a été extrêmement bien reçue par notre public composé quasi exclusivement de romanistes. L’imposture est bien connue : les puristes qui occupent si souvent l’avant-scène médiatique sont des idéologues & non pas des linguistes.

Ce soir, le consensus semblait donc total : l’orthographe n’est pas la langue ; c’est un fait social, un code dépourvu d’essence. Je me doute cependant qu’il n’en va pas toujours de même & je ne peux qu’imaginer les trésors de pédagogie dont doivent parfois faire preuve ces deux intervenants (les réactions outrées à leur proposition de réforme de l’accord du participe passé en disent long).

Il s’agit à vrai dire d’une discussion dont je tends à m’exclure tant elle me fatigue. Le simple fait de devoir justifier l’orthographe rectifiée de 1990 que j’emploie dans ma production littéraire est astreignant. Je suis donc très heureux que d’autres s’emploient à la lourde tâche de faire bouger les mentalités à cet égard, & ne peux que vous recommander cette conférence ou la lecture de son texte.


8 avril

Ce qu’on fait au nom de la recherche !

J’aime, comme on dit, intégrer de la couleur locale dans mes récits. Une manière de le faire que j’affectionne particulièrement, c’est de décrire des spécialités culinaires : c’est la raison pour laquelle il est si souvent question de bière, dans mes livres-jeux.

On néglige souvent l’effet qu’une brève description peut avoir sur l’ambiance d’une scène. Aloysius Bertrand est, à cet égard, un maitre & son incipit « Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe à la bière » fait partie de ces phrases toutes simples qui n’ont cesse de m’impressionner.

Un autre bon exemple peut se trouver chez Marie Gevers : « Joke leur servit du bouillon aux fricadelles, de la carbonnade, puis du riz au lait » demeure à mes yeux la phrase la plus belge de l’histoire littéraire, ce qui en fait ni plus ni moins un petit monument.

C’est dans l’idée de trouver quelque chose dans ce gout-là que j’ai testé aujourd’hui les pâtes à la cassonade (ou au « suke di pot », comme on dit en bon wallon). En effet, si on mangeait volontiers du stoemp ou des chicons au gratin, dans ma famille, je n’avais aucune expérience personnelle de ce plat populaire au haut potentiel romanesque.

La recette est un monstre de simplicité : on fait cuire des pâtes, y fait fondre un peu de beurre, puis on incorpore une grosse cuillerée de cassonade. Grâce à la chaleur du plat, on obtient alors une sauce tout à fait homogène qui, traditionnellement, se slurpe avec un long macaroni, une fois l’assiette terminée.

C’est surtout ce petit rituel qui me paraissait revêtir de l’intérêt pour un auteur. (Quoiqu’il faut dire les choses comme elles sont : être à l’affut d’une nouvelle manière d’agrémenter nos pâtes relève presque de la déformation professionnelle.) Verdict : c’est un peu surprenant, mais assez bon. Ne vous étonnez donc pas si j’en donne prochainement à manger à mon protagoniste…

Annonces diverses

En ce premier jour de printemps, j’ai plusieurs nouvelles à vous communiquer :

  • La campagne de financement participatif organisée par les éditions Posidonia et visant à réunir les fonds nécessaires à l’édition papier du Démon dans l’escalier et de 43 autres livres-jeux a été menée à terme avec succès. Mon livre devrait donc paraitre dans le courant de l’année 2020. Il s’agira en fin de compte d’une édition jointe des deux premiers épisodes de ma série.
  • Une revue de presse est désormais disponible sur le site internet de mon éditeur numérique, qui compile la dizaine de critiques émises sur mon dernier livre-jeu, À la cour du roi des rats.
  • La suite de ce livre a désormais une date de sortie : ce sera le 18 mai, toujours aux éditions Aux 3D. Une fête de lancement sera pour l’occasion organisée au café-ludothèque éponyme. Ce troisième épisode s’intitulera La Hussarde verte et s’attachera à clore l’arc narratif de l’anneau magique, initié dans À la cour du roi des rats.
  • J’ai coréalisé un court jeu vidéo narratif, qui s’intitule The Apprentice – Summoning Belzebeef. Ce mini jeu est gratuit, se joue via navigateur et est actuellement disponible dans deux langues : anglais et français. Il s’agit surtout d’un test, entrepris pour prendre en main le moteur de jeu Unity et son extension Fungus. Cela dit, on s’est tant amusé à le faire que ça pourrait bien devenir le point de départ d’une série. Affaire à suivre…

Brève réflexion sur la valeur des brouillons

Je lis actuellement une monographie consacrée à l’une de mes autrices favorites, Marie Gevers [1], qui regorge de précieux renseignements biographiques. Des indications sur ses méthodes de travail, notamment, ont mis en marche mon moulin à pensées. C’est que, tout au long de sa carrière, Gevers a accumulé les notes et les textes courts qui ont à terme — souvent des années plus tard — été insérés dans ses livres. C’est surtout le cas pour son œuvre biographique, dont l’articulation en chapitres thématiques favorise ce procédé, mais on constate que certains de ses romans sont aussi nourris d’un travail de folkloriste bien antérieur.

Je suis moi-même très attaché à cette idée qu’un livre se construit au long cours et que rien ne se perd des brouillons accumulés au fil des ans. J’ai dès lors envie de me plier à une courte démonstration, qui mettra en lumière la manière dont ma dernière sortie [2] a commencé à s’écrire avant même que j’en rédige le premier mot. Ce sera d’autant plus amusant que j’ai la manie de l’archive et suis donc en mesure de dater absolument tout ce que j’ai écrit, depuis mes toutes premières tentatives…

Attention : ce billet décrit des éléments de l’intrigue de mes livres-jeux qu’il pourrait donc divulgâcher, si d’aventure vous ne les avez pas encore lus.

Le Démon dans l’escalier a été écrit en novembre 2015 et a paru pour la première fois en février 2017, mais son histoire — celle d’un lapin magique devant être exorcisé à la batte de baseball — est bien antérieure. Elle est née sous ma plume en juillet 2011, en vue d’un concours de nouvelles organisé par une bibliothèque municipale. L’Ivrogne et le Lapin, la première mouture de ce récit, n’a pas été primé mais a été publié l’année suivante (en décembre 2012) dans le webzine Mort Sûre, où il peut encore être lu aujourd’hui.

Ma première tentative de reprendre ce texte date de novembre 2013. À ce stade, je vise encore la nouvelle, quoique je voudrais lui donner plus d’épaisseur. Les grandes nouveautés, ce sont le décor du tripot de sorciers et le personnage de Patte-de-Bouc : les deux sont nés quelques mois plus tôt, alors que je répondais en février à un appel à textes des éditions Nergal. La nouvelle dans laquelle ils font leur première apparition est toujours inédite — et le demeurera sans doute — mais c’est grâce à elle que mes projets prennent une nouvelle orientation, plus sombre et plus sordide. Patte-de-Bouc, s’il prend là sa forme définitive, n’est du reste qu’une version avilie d’un personnage anonyme de sorcier à louer, que j’avais déjà exploité dans de nombreuses nouvelles, en 2011 et 2012.

Les personnages d’Odon et du Hibou font quant à eux leur première apparition dans La Main de Gloire, une longue nouvelle écrite en août-septembre 2013 et autoéditée à l’occasion du Ray’s Day 2016. Si Odon n’a guère évolué (il demeure toujours ce moine défroqué inspiré du Constantin Hannedouche de Jean Ray), il faut noter que le Hibou a connu trois versions : il a d’abord été un professeur d’université excentrique, puis un vieux bibliothécaire (dans une nouvelle inédite, écrite dans le cadre d’un jeu d’écriture du forum L’Écritoire des Ombres) et ensuite seulement le jésuite dont vous avez fait la connaissance dans À la cour du roi des rats. C’est de cette nouvelle que date également l’idée de la carte de tarot faisant office de laissez-passer.

Le personnage du Malais, qui est apparu lors de la rédaction du Démon dans l’escalier, est un pur produit de la nécessité de multiplier les épreuves, lorsqu’on écrit un livre-jeu. On peut néanmoins lui trouver un prototype dans mon tout premier récit d’envergure, un court roman auquel j’ai consacré mon été 2010 et dans lequel un personnage maladroitement nommé El Padre joue le même rôle de féticheur. D’autres éléments de mon univers romanesque sont issus de ce vieux texte : le baron Vanzolinius et la mystérieuse Loge qu’il préside, les tractations en doublons…

Venons-en À la cour du roi des rats. Si j’ai entamé la rédaction de ce second épisode en décembre 2017, mes premières notes qui esquissent son intrigue datent du 10 novembre 2013. Ce projet est ensuite longtemps remisé, jusqu’à ce que j’en écrive un nouveau synopsis en mars 2017. C’est à ce moment qu’apparait notamment le Club des Gentlemans bretteurs. La Femme-Serpent, avant d’y apparaitre, a eu droit à son propre récit : c’est la protagoniste d’une nouvelle écrite en mai 2012 et publiée en septembre 2013 dans la revue Traversées. Le pince-téton en allumettes dont elle gratifie le joueur est quant à lui issu d’un brouillon daté d’octobre 2012, époque où je caressais l’idée de publier des textes érotiques sous pseudonyme.

Tout ce qui, dans ces deux livres-jeux, se rapporte à la « boxe magique » a la même origine : un poème écrit en septembre 2013, inspiré par la mention chez Jean Ray (dans La Cité de l’indicible peur) de fantômes étrangleurs aux mains énormes. L’idée a progressivement fait son chemin : en juin 2014, j’ai écrit tout un synopsis de nouvelle que je n’ai jamais concrétisé ; au moment d’attaquer Le Démon dans l’escalier, j’en ai repris très sommairement l’intrigue dans une tirade de Patte-de-Bouc ; puis j’y suis revenu avec l’épisode de l’Assommoir, dans À la cour du roi des rats.

Enfin, la « sorcière verte », évoquée dans À la cour du roi des rats et qui interviendra encore dans la série, est issue d’un projet de roman, envisagé à l’été 2012 et abandonné après quelques pages seulement, dans lequel le thème de la réincarnation était déjà central.

Je pourrais continuer longtemps encore, en détaillant toujours plus les origines souvent littéraires de mes personnages. L’essentiel n’est cependant pas l’inventaire mais la moralité qu’on en dégage : sitôt que vous écrivez, absolument rien de ce qui nait sous votre plume n’est bon à jeter. D’une manière ou d’une autre, tout brouillon a sa valeur, souvent insoupçonnée. Le conseil que j’aimerais vous laisser est dès lors celui-ci : ne jetez rien et ne vous laissez jamais aller à penser que vous avez perdu du temps en écrivant.


  1. Cynthia Skenazi, Marie Gevers et la nature, Bruxelles, Palais des Académies, 1983.
  2. À la cour du roi des rats, précédé du Démon dans l’escalier, Namur, Aux 3D, 2018.

Annonce de parution et revue de presse

En ce début d’année, j’ai plusieurs nouvelles à vous communiquer :

Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2019 !