Journal #13

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26 décembre

Ces derniers jours, je me suis parfois amusé à regarder des compilations de TikTok goblincore [le portail anglophone de Wikipédia donne une bien meilleure définition de ce mouvement que je ne pourrais le faire]. Je pense que, si j’avais été adolescent en 2021, je me serais jeté corps & âme dans ce genre de contenu, & que j’aurais cherché moi-même à en produire.

En effet, à l’époque, je vouais un quasi-culte aux albums de Dubois & Hausman, j’appréciais aussi Jean-Baptiste Monge & Loisel, portais des T-shirts floqués du logo du groupe Korriganed… Puis, il y avait le jeu de rôle : dans mes premières parties de Donjons et Dragons, je jouais des gnomes & des gobelins ; dès avant, je l’avais déjà fait sur des forums de roleplay (j’ai principalement fréquenté le forum Hundred Legacy, puis Legacy Of A World, qu’animait notamment la bédéiste Vyrhelle) &, durant une dizaine d’années, j’ai été un utilisateur du jeu en ligne MountyHall, où l’on incarnait un troll.

Moi aussi, je ramassais des crânes d’animaux en forêt, que je faisais blanchir à l’eau de Javel dans la buanderie. Avec un copain du village, moi aussi, j’ai expérimenté des teintures naturelles à base d’écorces & de pelures d’ognons… Nul doute alors que, si les audaces vestimentaires avaient été socialement mieux perçues (j’ai l’impression que c’est le cas aujourd’hui) & que j’avais pu aisément partager des images de décoration intérieure ou d’accessoires bricolés, je n’aurais pas été en reste de la tendance.

La trace la plus tangible de ce gout prononcé que j’avais alors, c’est sans doute le travail de fin d’études que j’ai réalisé en rhétorique. Son titre ? Trolls, farfadets et korrigans, entre folklore et croyances d’autrefois. (Mauvais titre, j’en conviens : je me répète sans poser correctement mon champ de recherche.) N’empêche, j’avais fait cela sérieusement—c’est même en cette occasion que j’ai lu pour la première fois des ethnologues : Lévi-Strauss & Jean-Yves Loude, qui avait répondu avec beaucoup de gentillesse aux questions que je lui avais adressées par courriel. Ce travail un peu farfelu m’avait valu la note de 83/100.

Bref. Il est amusant de relever que, le dépaysement & la connivence que je recherchais ado via des lectures, des forums & des jeux en ligne, mes cadets les trouvent aujourd’hui via TikTok. Mieux que cela : ils ont fondé un style & un ensemble de codes autrement plus cohérents que ceux que j’ai pu connaitre à moindre échelle, dans des versions plus dispersées. Les réseaux sociaux ont beaucoup de torts, mais je crois que c’est là une de leurs qualités. En tout cas, je n’aurais garde de mépriser les contenus parfois immatures que l’on peut trouver sous l’étiquette goblincore : par-delà un fossé générationnel, je vois dans leurs créateurs des sortes de pairs.

2 janvier 2022

Une année supplémentaire s’est écoulée. Comme de coutume, c’est l’heure des bilans. Dans l’ensemble, le mien ne vous regarde pas ; il s’inscrit dans mon journal intime. Je peux toutefois coucher quelques lignes sur un aspect plutôt public de mon année 2021 : les lectures que j’ai réalisées.

L’année passée, j’ai finalement lu 74 livres. C’est près du triple de l’année précédente, un résultat que j’attribue notamment à mon départ des réseaux sociaux. (En parlant de ces infâmes réseaux : à chaque fois que je m’assieds pour écrire une note mentionnant un chiffre de cet ordre, je songe à tel ou tel homologue croisé sur Twitter, à d’autres écrivains/lecteurs/blogueurs qui n’aimaient pas les listes et voulaient le faire savoir : ce serait trivial de traiter la littérature comme un produit qu’on consomme, à la manière de ceux qui comptent leurs calories, ou élitiste de se faire mousser en valorisant le temps passé à lire, alors qu’on peut aussi bien dévorer de la théorie que du divertissement, & d’autant plus que, savez-vous, certains jeux vidéo ou certaines séries télé ne sont pas moins intelligents que certains livres. Et cétéra, et cétéra. Ad nauseam. Chaque fois, je me dis : « Qu’ils aillent au diable ! » Mais je ne dois pas penser assez fort car, aujourd’hui encore, leurs remarques viennent m’agacer. Alors, l’étape suivante, écrivons-le : qu’ils aillent au diable !)

Sur ces 74 livres lus en 2021, j’en dénombre 18 écrits par des femmes. Peut mieux faire. (Gare aux erreurs dans le compte : il faut songer que Louis Derthal est une femme, mais Maïk Vegor un homme. Quant à Mes plus belles histoires, je considère que leur véritable plume est davantage Paulette Nandrin que Guy Lemaire.) Neuf sont signés par des collectifs &, parmi ceux-ci, six sont des numéros de périodiques (je compte les revues lorsque je les lis d’une couverture à l’autre, à la manière d’une anthologie). Je dénombre 43 fictions & 28 ouvrages de non-fiction (essais, journaux, entretiens), je n’ai exceptionnellement lu que deux petits recueils de poésie (Au confinement des mondes de Roland Devresse & Amour noir d’ Aurélien Dony) & je ne sais où classer l’Ultimatum de Pessoa.

L’auteur que j’ai le plus lu est un ex-aequo (Henri Vernes & David Eddings : cinq titres chacun). Mon livre préféré de l’année est Le Hussard sur le toit ; c’est aussi l’un des plus longs, probablement avec La Belgique fantastique avant et après Jean Ray, l’importante somme réunie par Jean-Baptiste Baronian.

2021 est une année où ma pile à lire aura bien diminué, notamment car j’ai lu certains classiques qui attendaient depuis mes études : La Métamorphose, Les Mains sales… C’est même une année où, in fine, ma bibliothèque a rapetissé plutôt qu’elle ne s’est agrandie, car j’ai acheté peu de livres, ainsi que revendu ou mis en boites à don certains que je ne comptais pas relire. C’est enfin une année qui me servira de nouvel étalon pour l’avenir, que j’espère aussi riche en découvertes.

Je vous souhaite une année 2022 sous le signe des plaisirs simples, loin de l’emprise des machines qui se nourrissent de notre attention & affranchie des injonctions d’autrui.

3 janvier

La semaine dernière a paru le dossier 138 de Couples et Familles, intitulé Mon enfant est différent. Il contient le dernier article que j’aurai publié en 2021 : un entretien avec Luc Boland intitulé « L’enfant différent, encore sous-représenté ». C’est également moi qui ai rédigé l’introduction et la conclusion de ce dossier—un exercice que j’ai réitéré, car j’ai aussi été chargé d’écrire la conclusion d’un dossier hors-série élaboré par Michel Berhin : Éduquer et vivre, s’aimer, à l’heure des applis TikTok et autre Tinder (Un détail à relever : cette dernière conclusion est rédigée en écriture inclusive & utilise le point médian—c’est la première fois que je publie un texte de cette facture.) Enfin, il me faut mentionner une page que j’ai signée dans le journal Dimanche, voici déjà quelques temps ; c’était dans le numéro 38 de cette année (31 octobre) & mon article s’intitulait « Veiller à des relations harmonieuses ».

Tant que j’évoque ma bibliographie, disons aussi un mot de ce journal que j’ai tenu avec une certaine assiduité. En procédant au dépôt annuel de mes œuvres auprès de la Scam (qui accepte désormais le référencement de textes publiés sur des sites personnels), je me suis rendu compte que ces notes accumulées constituent une certaine masse : plus de 28 000 mots, soit 42 pages en corps douze. Je n’aurais pas imaginé un tel total.

Il faut dire que je les rédige sur TextEdit, qui ne fonctionne pas selon un formatage en pages & n’a pas de compteur de mots visible. Même la largeur de ma fenêtre varie d’un fichier à l’autre. Dès lors, ne me fixant pas de taille prédéterminée, seules deux choses peuvent me décider à publier une édition de ce journal : le sentiment qu’un délai trop long s’est écoulé depuis la dernière ou la taille de mon fichier, lorsque je m’avise qu’elle dépasse désormais celle des précédentes éditions conservées dans le même dossier. (J’aime mesurer un texte en octets : le wikipédien en moi y trouve ses marques.) Ainsi, à force de légers dépassements, la taille de mes billets a augmenté au long de l’année : « Journal #4 » faisait 14 Ko mais, par incrémentation progressive, l’on est monté jusqu’à 40 Ko pour « Journal #11 ». Il s’agit à présent de renverser la vapeur…

6 janvier

Choses lues :

  • Franz Hellens, Cet âge qu’on dit grand (1970) : un livre acheté en bouquinerie, en partie par méprise. Bien sûr, j’apprécie Hellens et suis toujours curieux d’explorer son œuvre, mais je m’étais aussi basé sur le titre & avais imaginé une sorte de pamphlet antimoderne, qui m’aurait permis de mieux connaitre les sources artistiques & l’idéologie de ce fantastiqueur. Il n’en est rien : l’âge en question n’est pas l’après-guerre, mais… le grand âge, la vieillesse. Comme de juste, c’est un petit livre assez compliqué ; j’ai relu certains passages trois fois sans esquisser d’interprétation qui puisse dépasser le stade de l’hypothèse. Or, si l’obscurité est souvent la bienvenue dans un roman (certaines descriptions tarabiscotées de son En ville morte m’avaient absolument ravi), dans un essai, elle agace. Cette lecture m’a donc souvent frustré, d’autant que je l’ai menée en partie dans des trains, ce qui n’est pas non plus propice à la concentration. Sur le fond, je n’ai guère de commentaire à faire ; le sujet de la vieillesse ne m’intéresse pas encore trop. J’ai tout de même noté cet aparté bien tourné : « L’ironie est le parasite de l’humour ; l’arme du solitaire impuissant qui se veut, à lui seul, le monde ; car il sait qu’il se trompe. Son apparente révolte n’est que morsure dans l’inexistant. […] Au degré primitif, qui reste toujours le dernier, l’ironie est le comble de l’égocentrisme. Besoin de se persuader, par des mots, qu’on vit, qu’on existe, torture de l’intellectuel masochiste : “Je suis le cerveau le plus intelligent de mon siècle”, est le mot de ce vieillard de naissance qui ne cesse de tourner autour des saisons, comme l’iule s’enroule sur elle-même, sans en pénétrer aucune. » (pages 51-52)
  • Mercedes Lackey, La Trilogie des flèches (1987-1988) : une trilogie que j’avais partiellement découverte à l’adolescence ; je possédais les deux premiers tomes & les avais lus plus d’une fois. C’était donc en partie une relecture mais, pour La Chute de la flèche, c’était également une découverte (même si l’intrigue générale m’était déjà connue via Par le fer et la Trilogie des vents). J’ai eu beaucoup de plaisir à me replonger dans l’univers des hérauts de Valdemar, certes très manichéen mais auquel je persiste à trouver une certaine originalité. À vrai dire, je suis perpétuellement ébaudi que Lackey ne soit pas plus connue ; à certains égards, c’était une précurseuse, & nombre de thématiques qu’elle aborde devraient résonner pleinement avec l’actualité, ce qui devrait lui garantir un plein succès. Or, il n’en est rien. Lorsque j’étais actif sur Twitter, j’avais fait circuler un sondage qui m’avait démontré la méconnaissance que le public a de son œuvre, même lorsqu’il est amateur d’imaginaire. À l’heure où d’aucuns appellent au boycott de J.K. Rowling, je remarque qu’on recommande à la place Terry Pratchett, jugé plus progressiste, & grand est mon étonnement de ne jamais trouver cité, immédiatement après, le nom de Mercedes Lackey. Car, enfin, elle fait quand même preuve d’une certaine excellence en matière de représentations : plus d’héroïnes que de héros, pléthores de personnages gays—dont certains en couple d’un bout à l’autre d’une trilogie—, des trouples, des polyamoureux… j’ai même à l’esprit un personnage agenre, certes non-humain. Puis, il y a son attention pour les violences sexuelles, pour le domaine du care (avec notamment ses personnages de kestra’chern), une dimension antispéciste qui sous-tend toute la série, une trilogie à l’arrière-fond franchement écologiste (la Trilogie des tempêtes, dans laquelle des échos des anciennes guerres magiques constituent une métaphore du dérèglement climatique)… Certes, on trouve aussi des défauts : une forme de naïveté, certains décalques de technologies modernes mis à la sauce médiévale-fantastique, etc. Mais elle m’a apporté tant & tant : son système de magie est une source d’inspiration (les aptitudes propres aux apprentis, aux maitres & aux adeptes ; le système de magie tellurique exploité dans la Trilogie des vents—les nodes, la pierre-cœur—, système qui a influencé plusieurs scènes de mon livre-jeu La Hussarde verte) &, en lisant La Chute de la flèche, je me suis rendu compte à quel point, naïve ou pas, je suis en phase avec la morale dont elle dote ses hérauts. (Chap. IX : « Je pense que le Mal est une sorte de convoitise, une convoitise si puissante qu’elle ne peut rien voir de beau ou de rare sans le désirer. Et si elle ne peut pas avoir l’objet, elle préfère le détruire plutôt que le laisser à autrui. C’est une convoitise si intense que même la possession ne la calme pas. — Ainsi, le Bien serait l’opposé ? Une sorte d’antiégoïsme ? — En partie, oui. Le Mal ne crée rien, il copie ou détruit, parce qu’il est trop replié sur lui-même. Le Bien est une forme d’oubli total de soi. » C’est niais mais, au fond, je suis d’accord.) Bref, j’aime toujours Lackey & cette lecture me le confirme. Vraiment, je ne comprends pas qu’elle ne soit pas plus connue. Ce n’est même pas comme si ses livres étaient difficiles à trouver : quand j’étais ado, les éditions Pocket étaient en rayon à la librairie Molière à Charleroi, & je sais qu’elle a ensuite été rééditée chez Milady. Un mystère, décidément.
  • Aude Vidal, Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur (2017) : un petit livre dont j’ai d’abord envie de saluer la qualité matérielle. Il est imprimé en France, bien sûr, & sa couverture est sérigraphiée en deux couleurs—cela devient suffisamment rare pour être noté ! Il comporte aussi des illustrations intérieures. Sur le fond, j’ai trouvé la critique intelligente, & elle est étayée par pas moins de 71 notes. J’ai été heureux de retrouver, cité dès l’introduction (p. 15), un quatuor de penseurs auxquels j’accorde un grand crédit : Ellul, Charbonneau, Illich & Gorz. Les bases philosophiques de l’autrice semblent donc bien assurées, mais l’analyse qu’elle déploie est la sienne, & d’autant plus qu’elle concerne des aspects parmi les plus contemporains de l’écologie. Moi non plus, même empreint de bonnes intentions, je n’aime pas l’individualisme (on en revient à la citation de Lackey sur le mal), j’ai donc trouvé le propos de ce livre salutaire. Il est possible que j’en achète d’autres exemplaires pour les offrir—d’autant qu’à 4 euros, cette plaquette semble presque conçue à cet effet ! Notons enfin que c’est, je pense, la première fois que je lisais un livre écrit de bout en bout en inclusif & avec des points médians ; j’insiste sur le fait que cela n’a aucunement perturbé ou compliqué ma lecture, n’en déplaise aux grincheux.
  • Pierre Montmajour, Le Diable du Yorkshire (1943) : un livre que j’avais acheté au poids lors d’un déstockage de la Ressourcerie namuroise, il y a de cela deux déménagements. Je l’avais choisi pour son titre augurant une histoire fantastique & sans même pouvoir le feuilleter car, malgré qu’un nom soit inscrit sur la première de couverture (Stausor Fernand ?), il était entièrement non coupé. Je l’ai donc lu lame au poing ! Étrange, d’avoir la preuve qu’un livre imprimé voici 79 ans n’a jamais été lu ; je me demande combien de kilomètres il a pu parcourir—en sus des trajets que je lui ai fait subir de la ressourcerie au premier domicile, du premier au deuxième domicile & du deuxième au troisième—avant d’enfin être ouvert comme il se doit. Rien ne l’indiquait sur la couverture, mais il s’agit en fait d’un recueil de trois nouvelles. Celle éponyme n’a rien de fantastique, pas plus que la deuxième, intitulée « Calibre 7m/m » : il s’agit d’histoires de crimes déjoués ou résolus (je n’ose parler de récits policiers, car les personnages d’enquêteurs se voient accorder peu d’intérêt). La troisième en revanche (qui porte un titre vague : « Un étrange pays ») est une histoire de hantise assez intéressante. Elle m’a rappelé le style de Huysmans. On y trouve en effet des conversations entre le propriétaire, un docteur & un prêtre dont le ton m’évoque les rendez-vous de Durtal & Des Hermies chez les Carhaix, dans Là-bas, & la nouvelle comporte de surcroit une description méticuleuse de la médaille de saint Benoit, qui figure sur la page de titre d’En route & que Huysmans décrit lui-même dans une introduction. Le ton général (c’est le cas aussi dans « Calibre 7m/m » mais guère dans « Le Diable du Yorkshire ») est anti-matérialiste & baigne dans la culture catholique—rien d’étonnant, car ce livre fut édité dans la collection Durandal, que je suppose issue de la revue belge du même nom, revue qui défendait, contre la théorie de « l’art pour l’art » (& donc contre La Jeune Belgique, qui en était l’étendard à Bruxelles), la théorie de « l’art pour Dieu ». Notons enfin que ces trois nouvelles ne sont pas dotées de chutes mais simplement d’épilogues, ce qui leur donne un côté rétro somme toute appréciable.

& dans les oreilles :

  • Comme tout le monde, j’ai découvert Anna von Hausswolff suite à son passage involontaire dans l’actualité. J’ai écouté avec plaisir certains de ses titres comme « Funeral For My Future Children » & « The Mysterious Vanishing of Electra ». Cela a été l’occasion d’une conversation intéressante avec mon ami John : nous avons notamment évoqué Myrkur & il m’a fait découvrir Amenra, dont j’ai apprécié les passages de monologue en néerlandais.
  • Bien entendu, j’ai écouté les nouveaux titres de Fishbach ; je préfère « Téléportation » à « Masque d’or », mais trouve que l’un comme l’autre de ces singles sont réussis. Vivement la suite !

31 janvier

Le webzine Faunerie, fermé en 2020, n’est plus en ligne depuis quelques jours. J’avais été prévenu de la clôture du domaine & j’ai réalisé une sauvegarde de tous mes articles ; le total représente 160 pages en corps 12, certes généreusement illustrées. Ce n’est pas rien &, en reparcourant ces textes, je remarque qu’ils balisent nombre d’explorations révélées importantes dans mon horizon imaginaire & stylistique. J’avais écrit sur Jean Ray & Thomas Owen, sur Claude Seignolle, J.-K. Huysmans, Erckamm-Chatrian & Marie Gevers, sur Félicien Rops & Eugène Demolder, sur le sabbat & la messe noire… Rares sont ces sujets qui n’ont pas laissé une empreinte, d’une manière ou d’une autre, dans mes fictions. J’ai parfois aussi eu le plaisir de voir certains de mes articles relayés par des gens que j’admire, comme Michel Francard ou Éric Lysøe. Ces choses-là comptent.

Que faire de ces archives ? Je pourrais les republier sur ce site ou sur Medium, mais je ne crois pas que je le ferai. Tout cela est daté & me condamnerait, ou à la frustration, ou au retravail. Je crois plutôt que ce gros fichier restera dans mes archives personnelles, où il a rejoint une compilation du même genre : celle de toutes les « propagandes » que, vers mes 18 ans, j’avais rédigées pour le secteur « ésotérisme » de Parano.be (il y en a pour 155 pages). Même si ces articles ne reparaissent pas en l’état, ils reverront sûrement le jour sous de nouvelles moutures, dans d’autres formats… L’appel à textes pour le lancement du fanzine Sornettes a notamment capté mon attention ; peut-être est-ce déjà une occasion de revisiter certains sujets traités au long de ma collaboration avec les éditions du Faune.

2 février

Choses lues :

  • Mercedes Lackey, La Duologie de l’exilé (2002-2003) : les romans consacrés au personnage d’Alberich, que je n’avais jamais lus car ils n’étaient pas sortis dans la collection Pocket que j’achetais, adolescent. J’ai un avis contrasté sur ces lectures : L’Honneur de l’exilé m’a plu & m’a fait retrouver mes sensations passées—une impatience, le plaisir de voir les bons gagner—mais La Vaillance de l’exilé m’a ennuyé comme ne l’avait jamais fait un roman de Lackey. Je pense qu’il n’y avait pas suffisamment de matière pour en tirer un livre : de fait, les évènements sont peu ou prou ceux résumés en une page dans Les Flèches de la reine (y compris le dénouement, qui était donc révélé dans un livre paru seize ans plus tôt). Le reste n’est que du remplissage & adopte un rythme spécialement lent, si bien que le roman eût été bien meilleur avec cent pages de moins—la matière à couper saute aux yeux : je peux tolérer les longs passages sur l’industrie du verre, mais les chapitres où nos braves hérauts jouent, d’abord au hockey, puis au polo, doivent sauter ! (Décidément, ces décalques de la société moderne sont la pire manie de l’autrice.) Quant à l’histoire d’amour, elle est non seulement téléphonée—comme toujours chez Lackey—mais se développe à un rythme si lent que c’en est agaçant. Cette édile tout sauf excitante a quand même un mérite : elle met en scène des amants d’âge équivalent, ce qui n’est pas toujours le cas dans la série. Ajoutons à cela un changement de traductrice très perceptible d’un tome à l’autre (le second est bâclé, avec une syntaxe poussive & des passages à la limite du compréhensible) & vous comprendrez que, tout aficionado que je sois, ces deux tomes se retrouveront bas (le second bien en-dessous du premier) dans mon classement personnel.
  • François Mauriac, Le Nœud de vipères (1932) : un classique lu dans une vieille édition ayant appartenu à mon grand-oncle & portant toujours son nom en haut de la page de titre. C’était aussi une bonne surprise. De Mauriac, j’ai lu Le Sagouin lorsque j’étais adolescent & Genitrix voici quelques années ; ni l’un ni l’autre ne m’ont laissé de grands souvenirs, à peine quelques impressions de leur atmosphère étouffante. Or, j’ai aimé Le Nœud de vipères. J’y ai trouvé un humour un peu grinçant, que je ne me souviens pas avoir rencontré dans les deux autres romans, & j’ai répondu positivement à la proposition énoncée par l’auteur dans son préambule : celle de prendre le protagoniste en sympathie, tout antipathique qu’il puisse être. De fait, j’ai trouvé sa caractérisation intéressante & n’ai guère eu de mal à comprendre—voire à partager—certaines de ses frustrations, certains de ses griefs. Un passage qui m’a particulièrement frappé est celui s’achevant par la phrase : « Envier des êtres que l’on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie. » (éd. Calmann-Lévy, p. 29) Je crois que j’ai abordé cette lecture à un moment favorable, alors que, plus jeune, j’aurais été fermé à certains de ses thèmes (la religion & le salut, prégnants vers la fin du roman).

3 février

Suite des choses lues :

  • Luis Sepúlveda, L’Ombre de ce que nous avons été (2009). Je me souviens avoir acheté ce roman dans une bouquinerie de Montolieu. Ce devait être à l’été 2011 car, à l’intérieur, j’ai trouvé le flyer pour une pièce de théâtre universitaire que j’ai vue aux alentours des vacances de Pâques. En mai de cette année, une librairie de Namur avait invité Sepúlveda, & j’avais assisté à la rencontre qui s’était tenue dans notre Aula Maior. Je crois que c’est pour cette raison que j’ai acheté le livre. De l’auteur, j’avais lu un gros bout du Vieux qui lisait des romans d’amour, mais je ne crois pas l’avoir fini ; ce devait donc être la rencontre qui m’avait convaincu. Plus de dix ans pour y venir, enfin—combien de déménagements ? Cependant, le roman m’a bien plu, & à nouveau je l’ai sans doute lu au bon moment. Que savais-je des luttes sociales & de l’anarchisme, à 21 ans ? Je me disais royaliste, sans en savoir grand-chose non plus… Ce qui m’a un peu surpris avec ce roman, c’est que, loin du vague souvenir que je conserve du Vieux qui lisait des romans d’amour, il coche nombre de mes cases favorites, en littérature : un ambiance de polar, une ambiance de troquet, beaucoup de dialogues, des paragraphes explicatifs au premier bénéfice du lecteur, un côté désabusé, une dimension politique, des anti-héros, rien qui ne bouleverse la marche du monde ; du très particulier qui touche un peu à l’universel… Je ne conserve pas beaucoup de ces romans lus seulement après des années—ayant été si peu empressé, quelle est la chance que je les relise ? La plupart, je les revends aussitôt lus (je m’en féliciterai au prochain déménagement). Mais je vais garder celui-ci, pour le prêter ou pour l’offrir.
  • Tom Nisse, La Fin d’Ophélie (2021) : la dernière parution des éditions du Sapin. Une belle plaquette, comme les précédentes. De bon gout, avec un graphisme léché, des épigraphes, des photos en intercalaires de chaque partie… À vrai dire, que cette plaquette présente si bien, j’ai presque envie de lui en faire le reproche. Au premier regard, j’ai vu un thème qui m’a évoqué les préraphaélites & une longue suite de quatrains. Cela m’a plu & je m’en suis porté acquéreur sans trop réfléchir. Or, ce que je m’étais figuré comme du vers strict n’en est absolument pas : il s’agit de prose poétique agencée en quatrains, mais sans rime ni métrique. Si ces vers semblent si réguliers, c’est précisément parce que les renvois à la ligne répondent à une seule logique—visuelle : aligner des suites de mots de longueur égale, en centimètres, non en pieds. J’ai trouvé cette structure cassée, difficile à lire, &—si ce n’est l’esthétique—je ne sais trop quelle est sa plus-value. (Pour la défense de l’auteur, je ne suis pas familier de cette forme ; peut-être son public-cible la lit-il plus aisément.) En ce qui me concerne, le prologue & l’épilogue en prose m’ont paru mieux couler, & donc plus agréables. Quant au fond, je ne peux non plus me dire entièrement convaincu ; certes la poésie fait appel à des archétypes, mais j’ai trouvé ici les personnages manichéens & la morale convenue. Le ton m’a semblé un brin puéril en somme, & je crains que cette posture, s’ajoutant au peu d’égards pour la métrique, n’ait dispensé une certaine impression de maladresse. J’ai quand même un mot positif à écrire sur le « campement clandestin » mis en scène vers la fin du poème, qui constitue son tableau le plus réussi. Pour le reste, la forme parait être passée avant la substance. Dommage.

& dans les oreilles :

  • Je me suis fié au bon gout et aux recommandations de mes amis. J’ai donc pris le temps de découvrir la discographie de William Sheller (merci Greg) & le « Live in London » de Corey Taylor (merci John) ;
  • J’ai évidemment écouté à de nombreuses reprises les deux récents titres de Ghost (un groupe que j’avais découvert—tiens !—via Faunerie, bien avant qu’il ne devienne incontournable) ;
  • Ces derniers jours, j’ai surtout écouté Alvvays.

Journal #12

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20 octobre

Ce dimanche, c’était le grand raploû (réunion solennelle annuelle) des Rèlîs Namurwès. En cette occasion, j’ai prêté serment &, de membre adhérent, suis devenu membre effectif de cette société royale qui réunit les littérateurs wallophones de la région namuroise.

Le rituel a quelque chose de cocasse : d’abord, le président jette un sachet de terre mêlée d’un peu de gravier (ainsi que de quelques grelots, pour le bruit) dans un tamis, en disant : « Ci qui passe, c’èst l’ fine fleûr, ci qui d’meûre, c’èst lès scrabîyes ! » (Ce qui passe, c’est la fine fleur, ce qui reste, ce sont les escarbilles.) Il s’agit d’une référence à la devise des Rèlis : « Wêre maîs bon ! » (Peu mais de qualité.)

Le serment en lui-même consiste en ces mots : « Dji djure d’èplèyî tote mi vîye à r’lèver l’ Walonîye ! » (Je jure de consacrer toute ma vie à relever la Wallonie.) Il se prête la main sur une peau de taupe, bien que nul ne sache plus guère ce que cela signifie.

Je suis très fier de mon admission dans cette société, qui marque une étape importante du parcours que j’ai débuté voici cinq ans, lorsque j’ai poussé pour la première fois la porte de l’école de wallon. Je reste bien maladroit dans ma maitrise de cette langue, mais des rencontres & des partages comme ceux vécus dimanche me poussent à persévérer. De toute manière, je ne pourrais plus faire marche arrière : j’ai juré.

1er novembre

Choses lues :

  • David Eddings, La Trilogie des joyaux (1989-1991) : une des séries phares de mon adolescence, que j’avais déjà lue deux ou trois fois, mais la dernière devait remonter à quasi dix ans. D’une part, j’ai été rassuré de retrouver des sensations de lecteur que j’avais pu croire définitivement perdues : aujourd’hui, je peine généralement à m’absorber des heures durant dans un livre, comme quand j’étais jeune ado, mais le vieux charme a opéré & j’ai tourné ces quelque 1 100 pages en l’espace de deux semaines. D’autre part, j’ai dû corriger l’impression que m’avaient laissé ces romans d’être bien écrits (ou bien traduits) : cette fois, impossible de passer à côté des innombrables répétitions &, avec le recul, je reconnais que les dialogues pleins de répartie—qui, à treize ans, me paraissaient si spirituels—se révèlent souvent balourds. Surtout, j’ai jeté un regard neuf sur la moralité de ces protagonistes souvent portés au meurtre. Certes, il n’était jamais dans le projet d’Eddings d’illustrer une quelconque lutte des classes mais, du fait que certains « gens du commun » sont admis dans la coterie des héros aristocrates, mon moi plus jeune avait prêté peu d’attention au nombre de personnages mineurs qui se font brutaliser ou tuer quasi gratuitement, juste parce qu’ils veulent remplir leur fonction de garde ou ne sont pas assez diligents pour fournir un renseignement. Guère étonnant que, jouant à Donjons & Dragons, j’étais moi-même si prompt à trucider les PNJ, avec de pareils exemples… Ce qui a assurément le plus mal vieilli, c’est la violence sexuelle. Toute la relation d’Émouchet & Ehlana, au fond, est malsaine au possible & confine au grooming. Puis, il y a le personnage de Kring, le chef sympa des cavaliers nomades, qui ne manque pas de se plaindre que, ayant rejoint la campagne des héros, il n’est plus libre de violer à sa guise. Sans parler de phrases anodines telle celle-ci, tirée du prologue de La Rose de saphir : « Il s’adonnait à des plaisanteries cruelles, à des petits larcins et, dès que la chose était sans danger, à une forme de séduction des jeunes bergères qui n’était louable que par son caractère direct. » Rien ne va, là-dedans. Comme quoi, il faut parfois faire tomber certaines idoles de jeunesse du piédestal où on les avait juchées…
  • Hellebore, n° 1 : « The Sacrifice Issue » (2019). J’étais impatient de découvrir ce magazine, dont le projet m’enthousiasmait beaucoup. Premier constat : la qualité graphique est excellente. Il est rare que des publications consacrées au folklore aient une identité visuelle aussi léchée. Ici, nous avons une publication entièrement en couleur & richement illustrée ; c’est à souligner. Second constat : j’avais surestimé le degré de spécialisation déployé par les articles. Soyons clairs : les études sont rigoureuses dans la manière dont elles cadrent leur sujet & citent leurs sources, mais elles sont plus généralistes que je l’avais cru initialement. L’une retrace l’histoire des théories interprétant les mégalithes comme des pierres de sacrifice, une autre traite de l’utilisation de composants animaux en magie ou en médecine populaire, une autre encore explore l’hypothèse que les hommes des tourbières soient des victimes de sacrifices… Même si la qualité est au rendez-vous, j’aurais préféré des articles plus situés, traitant d’une seule légende locale qui serait décrite & analysée en profondeur. Citons tout de même un texte qui m’a vivement plu (malheureusement le plus court du numéro) : « Re-enchantment is Resistance », de David Southwell, qui évoque l’importance d’adopter une posture antifasciste dans tout travail lié au folklore & à l’exploration d’une culture locale—une thèse à laquelle je souscris sans réserve. Je ne connais guère cet auteur, mais quelque chose dans sa notice biographique a particulièrement capté mon attention. Il s’agit d’un conseil que lui aurait donné l’écrivain J. G. Ballard & qu’il aurait fait sien : « Concentrate on place, nothing without a sense of it is ever any good. » Cette phrase trouve un écho favorable chez moi qui ai l’intuition, depuis que j’ai rencontré ce concept chez les écologistes profonds, que le « sens du lieu » importe en littérature (c’est ce que j’ai voulu démontrer dans mes commentaires de l’œuvre de Gevers). Enfin, je trouve que ce format d’une septantaine de pages organisées en suite d’articles thématiques se prête bien à la lecture en anglais, que je pratique finalement peu. Je me suis également procuré les deux numéros suivants, que je compte lire dans les semaines à venir.
  • Joris-Karl Huysmans, Gilles de Rais, la Magie en Poitou. Suivi de deux documents inédits (1899) : un achat compulsif dans ma bouquinerie préférée, où je cherchais tout autre chose. Il s’agit encore d’une plaquette des éditions Mille et une nuits, comme j’en ai lues beaucoup cette année. Cette fois-ci, c’était une déception, car ce texte s’est révélé un simple assemblage de passages du roman Là-bas, que j’avais déjà lu. Quant aux deux documents inédits, je les ai trouvés sans intérêt.

Chose vue :

  • Les Disparus de Saint-Agil, de Christian-Jaque (1938) : un film qui m’avait été recommandé pour son ambiance touchant au fantastique. Je l’ai apprécié & me réjouis de l’avoir découvert. J’ai particulièrement admiré la façon habile avec laquelle les personnages des professeurs sont introduits. Hormis celui joué par Erich von Stroheim—qui se démarque par son cache-nez, son chapeau, son accent—, ce sont des hommes d’à peu près le même âge & que peu de choses distinguent. Cependant, en l’espace de quelques plans, le spectateur est à même de les situer : il y a celui qui est insomniaque, celui qui boit, celui qui a peur de la guerre… Moi qui, dans mes fictions, me repose beaucoup sur des attributs physiques & crois utile de mettre en scène des borgnes ou des unijambistes, j’ai sans doute à apprendre de tels exemples.

& dans les oreilles :

  • J’ai beaucoup écouté Haim. Je me demande parfois qui d’elles ou de First Aid Kit se révélera avoir le plus gros impact sur la scène rock des décennies à venir. Puis, je m’en veux un peu de les comparer simplement parce que ce sont des groupes de sœurs (quoique ce n’est pas l’unique raison : il y a aussi les harmonies). En définitive, je ne crois pas qu’il soit utile de les départager. Haim, en tout cas, ne cesse de m’impressionner. Dans le dernier album, « Hallelujah » & « Gasoline » sont de véritables morceaux de bravoure.
  • Du punk ! D’une part, deux découvertes : Sleaford Mods & Amyl and the Sniffers. D’autre part, j’ai été avisé qu’un groupe fétiche de mes dix-sept ans avait téléversé son album sur YouTube. Il s’agit de State of Nature ; j’allais dans de petits festivals voir ce groupe qui, de mémoire, se revendiquait emo-hippie-core, ce qui ne voulait pas dire grand-chose. Je l’ai réécouté par nostalgie ; sa chanson « Je ne ressens plus rien » est celle qui a le mieux vieilli.
  • Puisque je recommence à parler de langue wallonne par ici, & puisqu’il vient d’être question de punk, je me dois de vous partager ma chanson préférée des Slugs (&, osons le dire, un petit chef-d’œuvre) : « Gilbert »

4 décembre

Choses lues :

  • Jean-Paul Raemdonck, Han (1972) : deuxième « prix Jean-Ray » (après celui de Bours) & premier Raemdonck que je lis. La partie introductive & son univers marin (claire influence de Ray, voire hommage presque trop appuyé) ne m’a parlé qu’à moitié. En revanche, j’ai beaucoup aimé le chapitre 10 (« Opéra ») avec son assemblée de noctambules—techniciens & veilleurs de nuit, voleurs de cadavres quand l’exigent les circonstances. Le personnage d’Eliézer, qui présente le narrateur à cette compagnie, m’a également plu. À vrai dire, c’est avant tout l’univers urbain de la deuxième moitié du roman qui correspond à mes gouts. Celle qui le conclut m’a paru plus faible, & je comprends le reproche d’obscurité qu’une partie de la critique a pu formuler. L’on reste en effet sur sa faim, même si je conçois bien que—dans la plus pure tradition de l’étrange—ce texte n’a pas vocation à être absolument intelligible. (Je tiens quand même à le souligner : pour un premier roman, c’est une franche réussite. Moi qui ai déjà amassé les entrées en littérature en demi-teinte, j’aurais tort de me faire mauvais critique.)
  • Maïk Vegor, Maïk et le Chateau sanglant (1974) : un roman « gore » malheureusement lu dans sa réédition parue chez SEF, qui est dépourvue des illustrations originales. J’étais intéressé par le pitch : une histoire de réanimation de cadavre dans un château écossais, avec un verni érotique. À ce premier intérêt s’ajoutait que l’auteur caché derrière ce pseudonyme serait Jacques Coutela, un occultiste un peu mystérieux, notamment de par les circonstances floues de son décès, qui pourraient indiquer aussi bien un meurtre-suicide qu’un suicide collectif l’impliquant lui, sa compagne & une autre membre de leur coven—leurs corps furent, parait-il, retrouvés parmi 21 chats. En définitive, ce roman m’a un peu déçu. Le gore n’est pas si franc (ce n’est pas pour me déplaire : je n’aime pas tellement cela), l’érotisme est voilé &—surtout—point n’est question de nécromancie ou de magie, mais d’une science médicale qui nous mène vers les berges de la science-fiction. J’aurais préféré que cette Maïk soit une magicienne, ainsi que je m’y attendais (& je me suis fait la réflexion que, en matière de mage noir alliant sadisme & plaisir sexuel, il y a des ébauches plus réussies chez les méchants de Mercedes Lackey, que j’ai découverts à l’adolescence). Toutefois, je ne tire pas déjà un trait sur l’œuvre romanesque supposée de Coutela : j’entends notamment me procurer le Mary Gold initiée à la magie qu’il aurait publié sous le pseudonyme de Marilyn Valojie.
  • Hellebore, n° 2 : « The Wild Gods Issue » (2020) : j’ai trouvé ce deuxième numéro moins généraliste & marginalement superficiel que ne l’était le premier, soit que j’avais revu mes attentes, soit que ses éditeurs ont bel & bien corrigé le tir—ou un mélange des deux ? La forme est toujours très belle, & le fond m’a paru plus riche. L’interview d’Alan Moore est évidemment un point d’orgue. J’ai aussi été vivement intéressé par la description de l’Order of Woodcraft Chivalry (que je ne connaissais pas) dans l’article intitulé « The Great Pan in Albion ». Je me passionne assez pour l’histoire & la philosophie de certains mouvements de jeunesse « naturiens » de la première moitié du XXe siècle. C’est un sujet trop peu connu, auquel j’ai consacré quelques recherches internet après l’avoir d’abord rencontré au détour d’un article de Bernard Charbonneau (« Le Sentiment de la nature, force révolutionnaire ») que j’ai lu l’an passé—ce numéro de Hellebore m’y a fait songer.

& dans les oreilles :

  • Des découvertes : Worries And Other Plants, un groupe indie abordé complètement par hasard, & Jeanne Cherhal, que je ne connaissais que pour son beau duo avec Lavilliers.
  • Des nouveautés : Inspirations de Woodentale, l’album de reprises folk qu’a récemment sorti une connaissance, & Amis venez à moi, le premier EP de Solstice (une agréable surprise, car je n’avais pas tellement aimé ses précédents singles).
  • Des valeurs sûres ; toujours les mêmes titres calmes que j’écoute pour travailler : Agnes Obel, Loreena McKennitt, Clannad, John Grant (l’album Queen of Denmark) & Taylor Swift (Folklore & Evermore).

8 décembre

Le weekend passé, j’ai écrit une nouvelle. Ce n’est pas grand-chose (à peine plus de 3 000 mots), mais cela reste le plus long écrit de fiction que je suis parvenu à produire depuis que j’ai achevé Pour l’honneur de Patte-de-Bouc, voici environ un an. Cet été, j’ai pourtant accumulé les notes en vue de suites. J’ai suffisamment de synopsis pour poursuivre la série un long moment, & néanmoins elle est au point mort.

Sans même aborder les questions éditoriales, ni tout ce qui se rapporte au « marché » de la littérature interactive, je vois deux raisons à cet arrêt.

La première est que, de plus en plus, je m’interroge sur certains choix posés dans les épisodes antérieurs. En particulier, je n’ai plus tellement envie de persister avec cet univers hyper masculin. Longtemps, pourtant, je disais : « Je ne sais pas écrire de bons personnages féminins, alors tant pis : mieux vaut aucun que des stéréotypes. » Je ne sais pas ce qui a changé mais, dans cette nouvelle, j’ai décrit une paire d’héroïnes, & cela a été tout seul. C’est absolument idiot à dire (même honteux), mais j’ai soudain découvert qu’il était possible de mettre en scène une femme sans préciser si elle est belle. Je n’ai pas dit un mot de leur physique—tout au plus qu’une porte des tatouages—mais, néanmoins, ce me semble des personnages entiers, avec une personnalité, des motivations, des attitudes. Rien que de très logique, en somme.

Pourtant, au long de ma série Mauvais Sorts, j’étais bien incapable de mettre en scène une femme sans sombrer dans le male gaze : les personnages de la Femme-Serpent (À la cour du roi des rats) & de la Hussarde verte sont simplement immondes, à cet égard, & je n’ai que très maladroitement corrigé le tir en introduisant ensuite Pippi, puis l’envoyée de la Sainte-Vehme. Quelle différence, hormis qu’elles sont plus âgées ? L’on reste dans la description trop minutieuse pour n’être pas suspecte.

Or, ce n’est pas la seule autocritique que je dois formuler. Quid des stéréotypes racistes dans les portraits du Malais, de Janin (caricature involontaire, car j’avais basé ce personnage sur le Maitre Gonin de La Main enchantée, mais caricature quand même), des personnages de voyageurs qui apparaissent dans À la cour du roi des rats & La Nuit du seum ? Quid du personnage d’Odon (que j’ai certes eu le bon sens de lâcher dès le tome 4) ? Peut-on considérer que la précarité & la maladie mentale sont de bons ressorts narratifs ? Quid de Gérard le Hagard : psychophobie, encore ? Quid de Patte-de-Bouc : validisme ? Sans oublier ces personnages d’alcooliques (Gérard, toujours), de gros fumeurs (Patte-de-Bouc)… Je ne crois pas que j’aie eu systématiquement tort de les créer, mais c’est à tout le moins du travail de fainéant. Sans mauvais jeu de mot, ce sont des béquilles ; il devrait être possible d’écrire de bons personnages sans trainer pareils chapelets de préjugés ou de lieux communs de roman noir.

Bien sûr, mon analyse est le reflet d’un contexte. Je n’aurais pas interrogé ces représentations de la même manière si, globalement, autour de moi, la culture n’était en train de changer & de se faire plus attentive à ces questions. D’aucuns jugeront que je réagis bien servilement ou que je m’offre peut-être en holocauste face à une ingérence de l’idéologie dans l’art. Que sais-je encore… En toute franchise, je ne crois pas que mes réflexions soient le fait d’une quelconque intimidation ou d’une pression sociale. Je n’ai pas l’impression de subir ce contexte. Simplement, j’ai toujours eu à cœur, dans mes écrits, de ne pas être un réactionnaire. Cela fait pour moi d’autant plus sens que je suis jeune : je ne voudrais pas que mes textes périment trop vite. C’est par exemple pour cela que j’écris selon l’orthographe rectifiée de 1990 ; il serait absurde que j’use de conventions antérieures à ma naissance & vouées à être de plus en plus vieilles. J’appréhende cette situation-ci de la même manière : je ne fuis pas devant une quelconque offensive—il n’est pas question d’avoir peur du changement—, j’observe simplement que la littérature présente des enjeux mouvants. Ce n’est pas faire de l’idéologie que de se remettre en question ; au contraire, le dogmatisme consisterait à prétendre ne rien changer. (Car notre époque n’est pas différente de toutes les époques antérieures, & toutes ont débouché sur du neuf. L’histoire dénie toute fixité, alors ne restons pas fixes. C’est une leçon que nous enseigne l’histoire littéraire.)

Bref, il n’est pas question ici de canceler quoi que ce soit. Simplement de réfléchir à de meilleures façons d’écrire, en phase avec notre temps & avec notre lectorat qui se transforme aussi chaque jour, de façon bien naturelle.

La seconde raison pour laquelle mes projets de livres-jeux sont à l’arrêt, c’est que je ne suis pas sûr d’avoir encore besoin de leurs mécaniques. En effet, j’ai commencé à en écrire car j’avais besoin que quelque chose force de l’action dans mes textes. Mais cette nécessité persiste-t-elle ?

J’ai repensé ces jours-ci à deux nouvelles que j’ai écrites à l’automne 2013 & qui sont emblématiques des difficultés rencontrées alors. Dans « Les Ficelles du métier » (parue dans Corbeau, hors-série n° 1), une sorcière rentre chez elle après sa journée de chasse au monstre & se déshabille pour prendre un bain. Manquant de place pour enfiler tous ses cristaux magiques sur un collier, elle les porte grâce à un shibari ; je consacre trois pages à décrire en détails cet astucieux équipement &, hormis que la baignoire se remplit, il ne se passe rien. Il n’y a de dénouement qu’au sens propre, pas au sens figuré. Dans « Bas les armes ! » (inédit—& heureusement), une loge (vous savez bien laquelle) organise une opération de rachat d’armes magiques, comme il en existe aux États-Unis pour limiter un peu le nombre d’armes à feu en circulation. Pendant quatre pages, un personnage d’expert passe donc en revue les artéfacts récoltés. Mais, à nouveau, il ne se passe rien.

Ce genre de texte a été formateur, car c’est ainsi que j’ai développé le lore sur lequel je m’appuie dans mes écrits des dernières années. C’étaient de bons brouillons mais, en guise de fictions, ils ne valent rien, tant ils s’empêtrent dans l’inventaire. C’est via le passage par le livre-jeu que j’ai commencé à raisonner en termes d’intrigue. Or, à présent, je me crois en mesure de dépasser ce stade : ma récente nouvelle suit une progression, elle présente des enjeux, etc. Le dénouement peut encore être travaillé mais, au moins, il existe. Ce n’est pas comme autrefois, quand je finissais quantité de textes par la pirouette « il/elle poussa un grand soupir ; demain était un autre jour & offrirait une nouvelle opportunité pour qu’il/elle fasse ses preuves » ! (Je n’exagère même pas : les deux dernières phrases des « Ficelles du métier » sont : « Ne dit-on pas “après l’effort, le réconfort” ? Quant au basilicoq, il ne perd rien pour attendre ! ») À cette époque, dans mes nouvelles, l’action était toujours dans le hors-texte, comme en coulisses. Rien de plus barbant & frustrant.

Dès lors, pour ces deux raisons, je ne sais pas si paraitra un jour un tome 6 des Mauvais Sorts. Peut-être vais-je plutôt continuer à piller les idées que je gardais sous le coude pour de prochaines aventures du « bizut » & écrire sur ces bases des nouvelles ou de courts romans moins ambitieux…

9 décembre

Je pense qu’il me faudrait ajouter un paragraphe à mes Directives pour un nouveau manifeste fantastique :

§6bis : La littérature impacte la vie. Comme la fantastiqueuse doit veiller à l’imaginaire politique de ses lectrices, il lui faut se garder de susciter ou d’entretenir le confusionnisme scientifique. Au long de leur histoire, les traditions magiques croisent le domaine paramédical. Or, le fantastique tel que je le conçois est ludique & doit divertir, mais ne peut fourvoyer. Explorer un fonds imaginaire pour l’invitation au rêve qu’il constitue est une chose ; entretenir des confusions propices à la pseudo-médecine & à l’esprit sectaire en est une autre ! L’autrice revêt une responsabilité à cet égard : la mise en scène de soins magiques est pertinente dans certains contextes, pas dans d’autres. Ce qui relève du trivial ou de l’extraordinaire s’y prête, mais tous les accidents intermédiaires appellent autrement à la prudence. On peut soulager le hoquet via élixir, la perte de connaissance induite par une possession se résout dans l’exorcisme, etc. En revanche, pour ce qui est des blessures & des maladies d’origine non surnaturelle, il ne faut pas miner l’autorité médicale, déjà mise à mal à l’époque contemporaine. Patte-de-Bouc le sorcier recommande l’iso-Betadine & le rappel tétanique (voir À la cour du roi des rats).

12 décembre

Je remarque que l’auteur Gauthier Wendling (alias Dagonides) a publié une longue critique de mon dernier livre sur La Taverne des Aventuriers & sur Rendez-vous au 1, les deux principaux forums francophones consacrés au livre dont vous êtes le héros. Cela me fait d’autant plus plaisir que cette parution est passée plutôt inaperçue.

Je n’ai pas vraiment envie de discuter son avis ; les quelques critiques qu’il émet sont honnêtes, & il a la gentillesse de pointer également des qualités. Son analyse se fait même assez fine par endroits. Ainsi, il relève que « le héros a l’air de devoir choisir entre lui [= le prêtre] et Patte-de-Bouc comme mentor » : c’est bien observé, car c’était en effet un angle que je poursuivais activement avant de le délaisser à partir du tome 4, lorsque l’arc narratif de la vengeance de Patte-de-Bouc a pris le gros de la place. Je ne pensais pas que l’idée se ressentait déjà dans le tome 2, auquel le personnage du Hibou (le fameux prêtre, pour celles & ceux qui ne liraient pas la série) n’a en fait été intégré qu’assez tard…

18 décembre

Mes velléités d’éditeur sont essentiellement derrière moi. Pour l’instant. N’empêche, je continue à rêvasser aux initiatives que j’aimerais mettre en place, aux moyens de fédérer un lectorat, de faire communauté… Une chose qui fait beaucoup tourner mon tambour à idées, ce sont les vieux livres Marabout Junior (1954-1971), en particulier leurs dernières pages consacrées à des quiz, à des informations géographiques sur tel décor que Bob Morane ou Doc Savage a exploré dans le roman… puis, bien sûr, aux bulletins & petites annonces du Club International des Chercheurs Marabout (« l’élite des jeunes d’aujourd’hui »).

J’aime particulièrement parcourir les annonces via lesquelles les adolescents du club se cherchent des correspondants (quand ils ne veulent pas plutôt échanger des timbres ou des bagues de cigare de leur collection). Ils listent alors des centres d’intérêt (le plus souvent, la conquête spatiale & les sciences dures) ou des langues qu’ils voudraient travailler, ainsi que l’âge—parfois aussi le genre—du correspondant souhaité. (Pensée émue pour tous ces garçons wallons qui ont exprimé le souhait de rencontrer une Japonaise de 14 à 16 ans intéressée par l’astrophysique. Ils durent être souvent déçus !)

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que ce genre d’annonce se payait non pas en argent liquide ou par chèques, mais via des bons spéciaux (il s’en trouvait un dans chaque livre de la collection). Les membres du club avaient de même la possibilité de se commander, par exemple, du papier à lettre à en-tête spéciale. N’est-ce pas là une idée merveilleuse ? On ne soupçonne guère la richesse que devaient représenter les échanges postaux, à l’ère pré-internet…

Bien sûr, les mœurs ont évolué, & je n’oserais plus proposer un tel service d’annonces (il faudrait de toute manière des ventes qui tutoient celles de Marabout, ce qui est aujourd’hui à peu près impossible). Je ne sais pas quelles précautions parviendraient à éviter des phénomènes de harcèlement, qu’ils soient le fait de personnes ayant reconnu un annonceur particulier ou de tiers malveillants plaçant une annonce indiquant l’adresse de quelqu’un à qui ils souhaitent nuire. L’éditeur ne peut quand même pas préconiser la location systématique de boites postales, ni se constituer en intermédiaire qui ferait suivre des enveloppes fermées !

Dès lors, l’idée qui m’est venue pour encourager la fidélité des lecteurs n’est pas un système d’annonces, mais l’offre suivante. Chaque numéro de la collection inclurait non seulement un bon, mais aussi des gardes couleurs à chaque fois différentes (les gardes couleurs sont les pages de papier à motif—souvent du papier dominoté—qui recouvrent à la fois les gardes blanches et les revers des plats du livre). J’imagine des motifs qui tiendraient à la fois de William Morris & d’un artiste comme Derek Quinlan. En appendice du texte figurerait une page indiquant à peu près ceci : « Vous souhaitez reproduire le motif de garde en papier peint pour tapisser votre chambre ? Renvoyez ce formulaire avec X bons pour recevoir un modèle taille réelle & toutes les instructions requises ».

Le motif serait en effet conçu pour pouvoir être agrandi & reproduit en linogravure sur du papier à tapisser vierge (cette vidéo de la chaine How To Renovate A Chateau montre un tel procédé). Le lecteur qui passerait commande via les bons qu’il a accumulés recevrait en contrepartie un modèle à la bonne taille (ou plusieurs, si l’impression nécessite le recours à plus d’une couleur, & donc à plus d’une plaque) ainsi que du papier carbone avec lequel reporter ce motif sur du lino. Le pli contiendrait également un tutoriel complet, les codes Pantone des couleurs à employer (voire plusieurs options de couleurs bien associées) & même un hashtag avec lequel partager des photos de ses pièces ainsi rafraichies. (On peut être sûr que des versions pirate de ces ressources se retrouveraient vite sur le web, mais ce ne serait pas si grave ; d’aucuns joueraient le jeu, c’est ce qui compte.)

Riche idée, n’est-ce pas ? Il n’y a pas si longtemps, je l’aurais jalousement gardée pour moi « dans l’espoir qu’un jour »… Toutefois, comme je l’écris en amorce de cette note, je ne me trouve plus guère animé par de telles ambitions. Je la couche donc dans ce journal—si quelqu’un veut s’en saisir, ma foi, grand bien lui fasse ! Mais vous l’aurez d’abord lue ici.

Journal #11

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11 aout

Je me rends compte—ou admets-je enfin ?—que j’adorerais écrire pour la presse lifestyle, voire pour une certaine presse féminine. (Pas sûr, cela dit, que j’en aie une juste image. Quand j’avais la vingtaine, j’aimais lire les Be de mes petites sœurs, mais ma connaissance du format s’arrête là—& elle commence à dater !) Oh, je n’écrirais rien de mainstream ; surtout des trucs de niche sur des pop stars de seconde zone & des accessoires…

Lorsque j’étais membre de la rédaction de Faunerie, avant la fermeture du webzine, j’avais dans mes tiroirs un projet d’article sur le groupe Von Grey ; papier qui, bien sûr, n’a jamais vu le jour. C’est surtout le clip de « 6AM » qui m’inspirait : son esthétique évoque la série Charmed, avec ces trois sœurs, les bougies… & puis, le symbole de la triple lune, qu’on y aperçoit, vaut bien le triquetra sur le Livre des Ombres des sœurs Halliwell.

Mais, si je devais écrire cet article aujourd’hui, j’y adjoindrais d’autres chansons dont le style s’en rapproche. D’abord « Bitchcraft » de Jax, qui a même le motif de la baignoire en commun. De là, un parallèle pourrait être fait avec Marina, dont deux chansons du dernier album font rimer « witch » et « bitch » (« Purge The Poison » : All my friends are witches / And we live in Hollywood / Mystical bitches / Making our own sisterhood ; « Man’s World » : Burnt me at the stake, you thought I was a witch / Centuries ago, now you just call me a bitch). Il n’y a peut-être pas de quoi faire de la grande critique, mais je ne cracherais pas sur l’opportunité d’approfondir la question.

Comme je l’écris plus haut, je me verrais aussi parler d’accessoires. Les mains de Hécate que fabrique Jul’ Maroh (j’aime beaucoup son travail, que j’ai découvert vers 2008 ou 2009 ; ses affiches ont même orné les murs de tous mes kots & mes premières chambres de coloc—je les ai encore), les grigris d’Ambroise/Anaïs Maurette de Castro… J’imagine que je parlerais de la YouTubeuse/couturière Bernadette Banner, qui réalise des chapeaux & des capes inspirés des looks de McGonagall. Peut-être aussi de Tarmasz, même si je ne crois pas qu’elle tatoue encore les espèces de formules de marabout qu’elle proposait en planches de flashs, voici quelques années…

Tant de choses captivent mon regard, ces derniers temps. Je pense que nous vivons une période intéressante. Cela bouillonne ; il y a tout un mouvement qui se met en place, à la croisée de l’écoféminisme façon Starhawk & des sorcières de TikTok… Certes, je ne suis ni qualifié, ni légitime pour en disserter. J’observe, je n’ai pas la prétention de tout comprendre, mais cela me fascine. Il y a également une part de frustration. Pour moi, cela vient trop tard ; c’est le genre de contexte que j’appelais de mes vœux entre 2011 & 2013, lorsque j’éditais le fanzine L’Orpheline aux yeux de feu follet (l’orientation de ce projet, j’en conviens, était très questionnable).

Bref. Je ne serai jamais employé par cette presse : comment diable pourrais-je entrer dans ses rédactions & qui donc, parmi le grand public, partagerait mon obsession étrange pour les ambiances de sorcellerie ? Ne me reste alors qu’à référencer mes trouvailles ici, pour au moins cesser de remâcher des papiers qui ne verront pas le jour.

19 aout

Choses lues :

  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales (1948). Voilà bien six ou sept ans que je possède une édition Folio jaunie de cette pièce. Je ne l’avais jamais ouverte ; tout au plus me souviens-je avoir lu un extrait dans le cadre d’un cours de Master. Aucun regret, cependant : je pense que je l’ai lue exactement au bon moment, quand son propos pouvait le mieux résonner avec mes propres préoccupations & réflexions. Voilà qui me décomplexe d’acheter des livres en brocante—livres sans valeur que je trimballe à chaque déménagement, alors que je trouverais les mêmes titres dans n’importe quelle bibliothèque. C’est qu’il est précieux de les avoir à portée de main pour l’occasion, même tardive, où je me sens inspiré de combler ces trous particuliers dans ma culture…
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray (1975) : une anthologie de 28 nouvelles sélectionnées par un fameux critique, dont j’avais apprécié, voici quelques années, le Panorama de la littérature fantastique de langue française. Parmi celles-ci, j’en connaissais déjà certaines : « Le Jardin malade » de Ghelderode, « Le Peuple nu » de Bours &, bien sûr, « Le Psautier de Mayence » de Ray. Guère de surprises, ici. En fantastique, je sais ce que j’aime : le local, le pittoresque, l’enraciné dans la foi populaire. Parmi mes 25 découvertes, les contes qui m’ont particulièrement plu sont les suivants : « La Sorcière » de Henry de Nimal, « La Danse macabre du pont de Lucerne » de Georges Eekhoud, « L’Homme qui faisait les cercueils trop grands » de Pierre Goemaere & « La Poule noire » d’Owen. Lorsqu’on passe au fantastique moderne, je trouve moins mes marques ; il y a là des ambigüités qui peuvent me frustrer. Cela dit, l’enchainement des nouvelles de Sternberg, Prévôt, Muno & Compère (qui ressortent nettement du lot) m’a fait passer un bon moment de lecture.
  • Franz Kafka, La Métamorphose (1915-1920) : une lecture que j’avais longtemps reportée par intuition qu’elle ne me plairait pas tant, & à raison. Il y a quelque chose de triste à se trouver blasé ou déçu par ce que d’aucuns considèrent comme une œuvre maitresse du XXe siècle mais, en vérité, je n’y ai rien trouvé de plus que ce que j’avais présagé en rencontrant pour la première fois son « pitch ». Rien n’a su me surprendre, c’est tout. J’ai lu ce récit dans une vieille édition Folio qui lui adjoint le recueil Un médecin de campagne, ainsi que la nouvelle « Le Verdict ». Or, à vrai dire, certains de ces textes (pour la plupart, ce sont des tableaux plutôt que des nouvelles) m’ont davantage plu, notamment « Chacals et Arabes » & « Le Souci du père de famille ».

& sur le web, quelque articles qui m’ont intéressé :

& dans les oreilles :

  • Dorothy, dont j’ai apprécié le dernier single « What’s Coming To Me ». Je suis curieux d’écouter l’album à venir.
  • Une découverte : Mew (& en particulier leur album Visuals).

23 aout

J’apprends au détour d’un article du Monde qu’en 52, Hélène Bessette (qui n’avait encore rien publié) s’est vu proposer par Queneau un contrat pour dix livres.

Dix livres. Chez Gallimard. Je trouve cela complètement dingue.

12 septembre

Choses lues :

  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices » (1981). C’est le premier tome de cette célébrissime anthologie que je lis, alors que j’en possède plusieurs depuis un lustre au moins. Globalement, j’ai trouvé les notices bio-bibliographiques de Stragliati très complètes & utiles, mais les introductions de Goimard assez pauvres. La préface est intéressante mais presque hors-sujet, car elle traite du thème dans un sens étroit (le maléfice façon « mauvais œil », tel qu’il est décrit par Favret-Saada), alors que la sélection de textes le traite dans un sens large ; les courtes présentations de chaque nouvelle m’ont quant à elles paru souvent obscures. Un seul exemple de fantastique belge : « Simple Alerte » de Marcel Thiry (que, du reste, je connaissais déjà—& qui ne correspond guère à mes gouts). Trois nouvelles ressortent du lot, à mes yeux : « Le Dialogue des chiens » de Léo Perutz, une histoire très amusante de sorcier malchanceux & maladroit, dont l’ambiance évoque Le Golem de Meyrink ; « Attachez vos chevelures » de Robert Aickman, une histoire tout en impressions & pleine de personnages secondaires pittoresques, qui ne se laisse pas facilement classer entre étrange et fantastique ; & « Louve d’argent en abîme passant » de Nathalie Henneberg, qui présente une intrigue classique (je crois me souvenir d’un lai de Marie de France qui y recourait déjà) mais parsemée d’éléments âpres & située dans un cadre original, imprégné de culture finlandaise (cette nouvelle m’a donné une furieuse envie de lire Kaputt, un roman de Malaparte dont elle serait inspirée). Citons enfin un récit qui ne m’a guère plu (à mon gout, il regarde trop vers la science-fiction), mais auquel l’actualité donne un drôle de relief : dans « La Jungle » (de Charles Beaumont), une maladie étrange décime les habitants d’une ville qui fut fondée en rasant une forêt primaire. On pourrait croire que son auteur avait anticipé le lien entre déforestation & zoonoses…
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques : un recueil que je souhaitais lire depuis des mois, mais que j’avais égaré lors de mon dernier déménagement. Je viens de le retrouver & l’ai dévoré en deux soirées. Je ne me lasse pas d’admirer la « patte » d’Erckmann-Chatrian : les descriptions d’auberges & de bourgades, les patronymes des personnages tous fumeurs de pipe, leurs portraits qui nous transportent chez David Teniers… Cet univers a beau être trop coloré pour être vraiment authentique, j’y trouve quelque chose de familier & d’agréable, qui m’incline aussitôt à la rêverie. S’il y a un auteur dont j’aimerais acquérir le style d’un coup de baguette magique, c’est peut-être celui-là. Outre le long récit liminaire, j’ai particulièrement aimé « Le Cabaliste Hans Weinland » & son personnage de magicien-duelliste.
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour (2006) : un livre trouvé par hasard dans la bibliothèque paternelle, parce qu’il était rangé à côté des Giono. Admirant Gorz pour ses écrits technocritiques & politiques, j’étais curieux de lire ce texte intime, dont j’avais entendu beaucoup de bien. Je l’ai évidemment trouvé très touchant. En plus de la déclaration d’amour, j’ai jugé un autre passage fort courageux : vers la fin (page 72 de l’édition Galilée), il dit son impression de n’avoir guère vécu sa vie & d’être pauvre en tant que personne. C’est un sentiment que je crois bien connaitre. Quelque part, il est bon que quelqu’un que j’admire l’aie aussi ressenti. Cela rassure…

Choses vues :

  • Le Mépris (1963). Je n’avais encore jamais vu de film de Godard (je l’ai déjà dit, je suis un piètre cinéphile), j’ai donc regardé celui-ci surtout pour combler un manque. Je crains de ne pas bien savoir parler des films d’auteur… J’ai apprécié le rythme doux, ralenti par les dialogues polyglottes forçant l’interprète à répéter en traduisant, mis au pas également par la musique—ce fameux « Thème de Camille » que j’ai souvent réécouté depuis. Le dénouement tragique ne me semblait pas nécessaire, mais je suppose qu’il fallait coller au roman original…
  • Le troisième débat de la primaire de l’écologie (le 10 septembre sur la chaine de Mediapart). Au fond, l’affaire me regarde assez peu, vu que je suis belge, mais j’étais curieux de mieux cerner ces cinq personnalités. (Je lis beaucoup la presse française, mais n’écoute pas la radio et ne regarde pas la télé ; pour moi, les candidats étaient donc jusque-là muets.) À mes yeux, le débat a été gagné par Batho & Jadot, nettement plus à l’aise dans cet exercice. Néanmoins, si je votais en France, ma voix irait à Rousseau, dont le programme est bien plus courageux. Grosse déception vis-à-vis de Piolle, qui m’apparaissait mieux sur le papier. L’homme était sur la défensive ou dans le registre exhortatoire, visiblement peu disposé à faire preuve de clarté sur les questions difficiles… (& ce ridicule accès de colère ! Je ne peux m’empêcher de penser que, si Batho ou Rousseau avaient osé faire de même, elles l’auraient payé dans les sondages, tandis que l’internet crierait à l’hystérie. Piquer des crises, pour sûr, est un privilège masculin.) Quant à Governatori, il ne manque pas d’audace non plus, à répéter dix fois « ainsi que je l’ai démontré », comme si le dire allait mettre d’aplomb une démonstration bancale—il est comique de penser que c’est Rousseau la « sorcière » écoféministe mais que, le seul qui se raccrochait à des formules magiques tout au long des trois heures de débat, c’était son concurrent niçois !

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes intéressantes : Softcult & Animals as Leaders.
  • Une nouveauté : Dark Matters, le premier album des Stranglers en pas loin de dix ans ; album que j’étais évidemment avide d’écouter.

13 septembre

J’ai achevé aujourd’hui mon 52e livre de l’année. Cap important, car c’est l’objectif (l’équivalent d’un par semaine) que je me fixe depuis sept ans maintenant que je comptabilise mes lectures. Jusqu’ici, je ne l’avais atteint qu’une seule fois—& tout juste—, en 2017.

Ma bonne performance actuelle (j’ai déjà lu deux fois plus que sur l’année passée entière) me laisse espérer atteindre les septante ou les quatre-vingt d’ici le réveillon. Comme quoi, avoir quitté les réseaux sociaux paie ; je m’occupe plus intelligemment. J’aimerais encore couper un peu dans mon visionnage de séries télévisées, mais me voilà sur la bonne voie…

Attention, instant puéril ; voici mes 52 premiers livres lus en 2021 :

  • Jean-Marie Andrieu, L’Incantation
  • Hannah Arendt, Nous autres réfugiés
  • Jean-Baptiste Baronian (dir.), La Belgique fantastique avant et après Jean Ray
  • Marie-Thérèse Bodart, Les Meubles
  • Mikhaïl Boulgakov, Diablerie ou Comment des jumeaux causèrent la perte d’un secrétaire
  • Jean Louis Bouquet, L’Ombre du vampire
  • Jean-Pierre Bours, Celui qui pourrissait
  • Comité invisible, À nos amis
  • Caroline De Mulder, Manger Bambi
  • Louis Derthal, Le Sorcier du Val-Noir
  • Roland Devresse, Au confinement des mondes
  • Aurélien Dony, Amour noir
  • Judith Duportail, L’Amour sous algorithme
  • Erckmann-Chatrian, Hugues-le-loup et autres récits fantastiques
  • Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux
  • Jean Giono, Le Chant du monde
  • Jacques Goimard & Roland Stragliati (dir.), La Grande Anthologie du fantastique, vol. IX : « Histoires de maléfices »
  • Françoise Gollain, André Gorz & l’écosocialisme
  • André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour
  • Paul Grégor, Journal d’un sorcier
  • Ernst Jünger, Premier Journal parisien
  • Franz Kafka, La Métamorphose
  • Jean-Marie Klinkenberg, Petites Mythologies belges
  • Guy Lemaire & Paulette Nandrin, Mes plus belles histoires
  • Frederic Livyns, Les Nouvelles Aventures de Carnacki. Saison 1 : L’Intégrale
  • Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste
  • Agnès Michaux, Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer
  • Henry Miller, Lire aux cabinets
  • Alfred Neumann, Le Diable
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 105 : « Vivre ses alternatives »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 125 : « Familles en transition »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 134 : « Crises existentielles, moteurs de changement ? »
  • Nouvelles Feuilles familiales, dossier n° 135 : « La Place des amis dans nos vies et celle de nos enfants »
  • Catherine d’Oultremont, Les Fruits de la solitude. Quatre Saisons à Port-Royal
  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques
  • Thomas Owen, La Porte oblique et autres secrets
  • Fernando Pessoa (Alvaro de Campos), Ultimatum
  • Gérard Prévot, Les Tambours de Binche
  • Pierre Rabhi, L’Agroécologie, une éthique de vie. Entretien avec Jacques Caplat
  • Jean Ray, Les Contes du whisky
  • Anne Richter, Le Fantastique féminin. Un art sauvage
  • Mélanie Sadler, Comment les grands de ce monde se promènent en bateau
  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales
  • Paul Sérant, Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être
  • Georges Simenon, Le Relais d’Alsace
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 7 : « Les Faiseurs de désert »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 33 : « La Couronne de Golconde »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 60 : « Opération Wolf »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 66 : « Les Joyaux du maharajah »
  • Henri Vernes, Bob Morane, n° 113 : « Krouic »
  • Evangeline Walton, La Maison des sorcières
  • José Luis Zárate, La Glace et le Sel

(Je le reconnais, il y a là beaucoup d’arbitraire : ne compter que les livres lus d’une couverture à l’autre, & non ceux longuement consultés ; compter de minces plaquettes, mais ni les bédés, ni les dizaines d’articles parfois bien longs que je consomme chaque semaine… Il faut bien se fixer un cadre. Du reste, c’est ma lecture de fictions, non d’articles en tous genres, que je souhaite surtout encourager.)

2 octobre

Choses lues :

  • Thomas Owen, Pitié pour les ombres et autres contes fantastiques (1961) : un recueil emprunté dans la bibliothèque de la Brasserie des Eaux Vives (merci à eux, qui prennent nombre de bonnes initiatives en faveur du livre) &—je pense—le cinquième que je lis de cet auteur. Ce qui m’a avant tout frappé, c’est la cohérence de celui-ci, comparé à d’autres présentant une unité de ton bien moindre. Ici, ce sont des histoires de hantise, davantage malicieuses qu’épouvantables—ce qui n’est pas pour me déplaire, loin de là ! Il faut saluer la qualité de l’ensemble, mais je veux quand même citer quelques contes très réussis : « Passage du Dr Babylon », « Les Vilaines de nuit », « L’Assassinat de Lady Rhodes », « Nocturne », & puis, bien sûr, la nouvelle liminaire, « Pitié pour les ombres ». J’ai toujours aimé le style aiguisé d’Owen, qui emprunte beaucoup au polar. J’ai noté quelques tournures savoureuses : « Une bouche à mordre dedans en pleine église » (p. 107 de l’édition Marabout), « Une maison lépreuse, pourrie, malodorante. À l’intérieur, cela devait sentir l’eau de vaisselle, la graisse froide et l’égout » (p. 151), « Le robinet donnait sa goutte. Il y avait trois vieilles allumettes gonflées d’eau, côte à côte, sur les trous de l’évier » (p. 155).
  • Rutger Bregman, Utopies réalistes (2016) : un essai que j’ai trouvé, à vrai dire, un peu décevant. Je crois que je l’ai lu trop tard. J’avais découvert Bregman via une conférence enregistrée & des interventions télévisuelles, voici un peu plus de deux ans, & son discours m’avait profondément marqué. Cependant, j’ai le sentiment que la lecture de son livre ne m’a pas appris grand-chose, & que celui-ci se montre même timide par endroits. Des théories que la première de couverture présente comme iconoclastes m’ont en quelque sorte paru refroidies. C’est à cela que je mesure l’évolution rapide de mes propres convictions…
  • Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie (1991) : un livre que j’ai trouvé dans la bibliothèque de mon ami Robin, celui qui m’a initié à Lovecraft (le Lovecraft des textes, & non seulement la version caricaturée des jeux de rôle dont j’avais déjà frôlé certaines inventions) & à Howard, quand nous avions dix-huit ans. Je connais bien l’œuvre romanesque de Houellebecq & j’ai une certaine connaissance de la vie de Lovecraft, pour avoir lu l’immense biographie de S. T. Joshi, mais je n’avais encore jamais ouvert cet essai, pourtant presque aussi vieux que moi & assez incontournable (qu’on en dise du bien ou du mal) dans les études lovecraftiennes. J’ai surtout été étonné de le trouver très lisible—& finalement assez peu savant, dans le sens où il ne respecte pas les codes de l’essai universitaire : il référence piètrement les passages d’œuvres cités, ne comporte strictement aucune note… Sur le fond, je n’ai pas grand-chose à en dire. À nouveau, j’ai dû le lire trop tard : la connaissance qu’on a de Lovecraft a explosé au cours des trente dernières années, de même que les ressources disponibles en français. Tant les repères biographiques que les thèses de l’auteur m’étaient donc déjà connus, que ce soit au travers de ma lecture du livre de Joshi, du Guide Lovecraft de Christophe Thill, ou au travers de ma longue présence sur Twitter, où il ne passait jamais un mois sans qu’un débat enragé n’oppose partisans & détracteurs de Lovecraft. Dès lors, c’est plutôt la forme de l’essai qui m’a intéressé. Moi qui ai tendance à aimer les textes critiques mais qui ne peux m’empêcher de recourir à une plume par trop précautionneuse & rasante lorsque je m’y frotte, je trouve dans ce livre un exemple intéressant.

& sur le web :

  • En septembre, j’ai lu les deux nouveaux articles que Frédéric Lordon a publié sur son blog, « France Inter comme les autres » & « Pleurnicher le Vivant ». J’avais découvert ce blog il y a un peu plus d’un an & demi, via un article intitulé « Quelle “violence légitime” ? », qui m’avait très fort—& fort positivement—impressionné. Je dois dire que ces deux nouveaux textes m’ont également assez plu, mais je n’ai pu passer à côté des nombreuses critiques que son propre camp adresse à Lordon : complexité gratuite, autosatisfaction, aigreur, purisme… Je ne sais vraiment comment me situer par rapport à cela ; je conçois qu’il manque par moments d’élégance mais, au fond, la liberté de ton n’est-elle pas également à saluer, lorsqu’on la met au service d’un projet politique potentiellement salvateur ? Il me semble en tout cas sincère, & j’avoue que j’aime le lire.

Chose vue :

  • J’ai assisté à la « véritable création » d’À-Vide, l’un des nouveaux spectacles d’Aurélien Dony. Je l’avais déjà vu à l’occasion d’une diffusion en direct dans le cadre du festival Trajectoires, mais cette performance sur la petite scène du théâtre Jardin Passion était plus intense à vivre.

& dans les oreilles :

  • Deux découvertes : le groupe Tuuletar, que j’ai beaucoup écouté en travaillant, & Meimuna (mes titres préférés sont « La Tristesse du diable » & sa reprise de « Voyage, voyage »—mes amis savent combien j’aime cette chanson).
  • Bizarrement, ces derniers jours, j’ai aussi beaucoup écouté les Casseurs Flowters (& notamment : « Inachevés », « Si facile », « J’essaye, j’essaye », « Fais les backs »…). Cela ne m’était plus arrivé depuis des années.

5 octobre

La semaine dernière a paru le dossier 137 de Couples et Familles. Il s’intitule « Sex, love & applis… L’amour au temps du numérique » & j’y signe six articles :

  • Les applis de rencontres, un phénomène post-moderne (article rédigé sur base d’une interview de Pierre-Yves Wauthier)
  • Les applications de rencontres dans d’autres cultures (coécrit avec Christine Hélin)
  • Les jeunes partagent leurs expériences
  • Applications : dérives d’un outil industriel
  • L’importance de la communication sexuelle (article rédigé sur base d’une interview de Caroline Styns)
  • Ados et sextos

J’ai également publié deux nouvelles analyses sur le site internet de cette association :